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Mieux vaut risquer de se tromper que rester immobile

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Mieux vaut risquer de se tromper que rester immobile

L’histoire des talents se situe dans le prolongement de l’appel à veiller (Mt 25, 13), à ce que l'huile ne manque pas dans nos lampes. Elle continue à nous dire comment faire pour éviter de s'entendre donner la même réponse que l'époux donne aux jeunes insensées dans la péricope précédente. La même qui est donnée au troisième serviteur ici, jeté dehors dans le noir ou il y a des pleurs et les grincements de dents des jeunes filles insensées. Qu'est ce qui a cloché dans son attitude?

"Appela ses serviteurs et leur confia ses biens... À chacun selon ses capacités" (Mt 25, 14.15).

Pourtant, il n'a rien fait de mal ! « Il n'a pas tué, il n'a pas volé », mais il n'a non plus rien fait de bien; il rend à son maître exactement la somme confiée... mais justement voilà le mot : c'était une somme « confiée ». Le maître lui fait confiance, et lui, en retour, il a peur de ce maître. Tout se joue sur ce malentendu, la confiance d'un côté, la méfiance, de l'autre. Il est intéressant de noter combien de fois revient le mot « confier ».

Le talent est l'équivalent de 17 années de travail. Le bien confié est donc une vie entière, celui qui en reçoit 5 et celui qui en reçoit 2 reçoivent bien au-delà de ce qu'on peut imaginer. Chacun d'eux reçoit la vie, dans une dimension qui respecte ce qu'ils sont, leurs capacités. Ils reçoivent celui est juste comme les ouvriers de la onzième heure. Juste par ce que cela correspond à leur capacité. Cette attitude du Maitre qui connait bien ses serviteurs n'est pas un acte de discrimination, mais bien de justice. Il ne met pas sur notre dos un fardeau inutile. Nous aurions donné à tous les trois la même quantité de talents, mais nous n'aurions probablement pas respecté la capacité de chacun et nous aurions demandé à d'autres ce qu'ils étaient incapables de faire. La preuve de cette justice est que ils reçoivent la même récompense.

Parfois, nous nous accrochons à une image d'un Dieu qui est distant, peu engagé dans notre vie. Mais c'est une image floue et déformée. Dieu connaît chacun de nous. Il sait ce que vous aimez et ce que vous n'aimez pas. Il sait ce que vous avez au fond de vous. Il sait comment vous allez réagir aux choses qu'il va vous donner de faire.

Dieu donne à chacun différentes possibilités de service, différentes responsabilités, différentes capacités et dons parce qu'il nous connaît. Cela veut dire que nous n'avons pas besoin de nous comparer entre nous. Je suis qui je suis, avec mes possibilités de service, mes responsabilités et mes capacités parce que Dieu me les a données. Vous n'êtes pas moi et je ne suis pas vous. Vous n'êtes pas mieux que moi et je ne suis pas mieux que vous. Dieu s'attend à quelque chose d'autre de votre part en fonction de vos possibilités de service, vos responsabilités et vos capacités. Personne ne peut tout faire, mais chacun peut faire ce que le Seigneur lui donne à faire.

Dieu ne nous compare pas les uns avec les autres. Il demande seulement que nous fassions de notre mieux avec ce qu'il nous a donné.

Leur maitre revient et il leur demande des comptes l'habitude a été prise de comprendre Dieu comme un maître qui met en gérance, provisoirement ses biens, puis qui vient régler ses comptes avec ses serviteurs. Dans ce cas, le troisième a vraiment raison de dire de lui qu'il est dur et exigeant.

Mais si l'on accepte de bien faire attention aux mots employés par Matthieu pour rapporter cette parabole, nous pouvons comprendre autrement. Il est dit que le maître donne; mais il n'est pas dit qu'il reprend. Quand aux deux premiers serviteurs, ils présentent deux autres talents; ils ne rendent ni les talents qu'ils ont reçus, ni les autres talents qu'ils ont produits. 

Le maître attend que ses serviteurs prennent des initiatives, des risques même, pendant son absence.

C'est bien ce qu'ont fait les deux premiers serviteurs : s'ils ont pu doubler la somme, c'est qu'ils ont osé risquer de perdre. Tandis que le troisième ne risquait pas de perdre quoi que ce soit ; c'est lui qui a été prudent, pas les autres ; et ce sont les autres qui sont félicités. Face à cette confiance du maître, il y a deux attitudes : la première consiste à reconnaître la confiance qui est faite et s'employer à la mériter. C'est l'attitude des deux premiers : le même schéma se répète deux fois ; le maître confie, le serviteur en rendant ses comptes dit « tu m'as confié, voilà ce que j'ai fait » ; le maître félicite et dit « je t'en confierai encore » : on pourrait appeler cela « la spirale de la confiance ».

D'autre part, la traduction courante, pour parler du retour du maître, c'est d'écrire qu'il demande des comptes. or, il semblerait plus juste d'écrire qu'ils s'expliquent sur la gestion... Et c'est plus qu'une nuance. Ils ne rendent ni leurs comptes, ni leur tablier... comme les partenaires gestionnaires d'une affaire, ils font un tour d'horizon sur leurs affaires... voilà ce que çà a produit!

Les deux premiers serviteurs expliquent donc leur gestion, comment usant du bien qui leur est donné, ils ont produit du nouveau bien. Et ils présentent le fruit de leur propre travail (il ne le restituent pas: "Vois!" disent-ils). Ils montrent qu'ils ont su être, comme le maître créateur de biens.

J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre.

Le troisième serviteur n'a pas reçu sa part comme un don, mais comme un objet dont il a la garde. 

Il s'est considéré comme serviteur, chargé de "veiller sur lui", rien de plus,  et de le restituer  tel quel, en serviteur honnête, mais ce faisant, il n'est pas devenu comme le maître, créateur à son image et ressemblance.

Il ne peut donc partager la joie de son maître, lui qui l'avait invité à quitte son habit de serviteur pour prendre celui de fils.

Le maître confie, mais le serviteur ne voit pas que c'est de la confiance ; il ne l'interprète pas comme cela puisqu'il a peur de ce maître qu'il considère comme exigeant. Il croit avoir tout compris, il a jaugé son patron et décidé qu'il ne méritait pas d'être servi. Or la méfiance de ce troisième serviteur est d'autant plus injuste que le maître a bien pris soin de proportionner l'effort demandé à chacun « selon ses capacités ». Et il rêvait de pouvoir dire à chacun : « Entre dans la joie de ton maître ».

Désormais le troisième des serviteurs ne se rend pas compte que les talents reçus sont les siens, sont sa vie et pour sa vie. Les faire fructifier ne serait qu'à son avantage, le patron n'en a plus rien à faire. Mais il s'assure que la gestion soit bonne.

La parabole des talents nous exhorte avec empressement à avoir plus peur de rester inertes et immobiles , come le troisième serviteur, que de se tromper (Evangleii Gaudium 49). La peur fait de nous des perdants dans la vie: combien de fois avons-nous renoncer à la victoire simplement par peur d'être vaincus!

La pédagogie de l'évangile nous accompagne afin que nous accomplissions trois pas fondamentaux pour la croissance humaine: Ne pas avoir peur, ne pas faire peur, libérer de la peur. Surtout de la peur de Dieu, qui est la mère de toutes les autres peurs.

Conformément à notre capacité

Nous sommes bien d'accord pour dire que sous les traits de l'homme qui part (nul part il n'est question de maître), il faut y voir les traits de Dieu. Le Dieu créateur, qui donne à l'homme ce qu'il a de mieux, à savoir l'œuvre de la création. Il le lui donne, pour que l'homme devienne à son tour à son image et ressemblance. 

Celui qui présente dix talents n'est pas meilleur que celui qui en présente quatre. Il n'y a pas une somme idéale qu'il faut donner: il faut seulement être fidèle à soi-même, à ce que tu as reçu, a ce que tu sais faire, la où la vie t'a placée.

Derrière l'image des talents il n'y a pas que les dons de l'intelligence, du cœur, du caractère, de mes capacités. Il y a notre mère la terre, et toutes les créatures mises sur ma route sont des dons du ciel pour moi. Chacun est un talent de Dieu donné aux autres.

A cet effet, la formule de mariage du nouveau rite est claire: "Je t'accueille, comme mon talent, come le plus beau cadeau que Dieu m'ait fait". L'époux peut le dire à l'épouse , l'ami(e) à l'ami (e): Tu es mon talent! Et je m'engage à prendre soin de toi, à t'aider à fleurir dans le temps et dans l'éternité.

"l'essence de l'amour n'est pas dans ce qui est commun, elle réside dans le fait d'obliger l'autre à devenir quelque chose, à devenir infiniment plus, à devenir le mieux de ce qu'il peut devenir" (R.M. Rilke).

Faire fructifier ses talents signifie donc à la fin prendre le risque d'être le mieux de ce que tu es. En peu de paroles, comme disait M.L.King, Quoi que vous fassiez dans la vie faites-le bien. Un homme devrait accomplir sa tâche si bien que ni les vivants ni les morts, ni ceux qui ne sont pas encore nés, ne puissent le faire mieux que lui. Si la destinée a voulu que vous soyez balayeurs de rues, alors balayez comme Michelange peignait ses tableaux, comme Shakespeare écrivait sa poésie, comme Beethoven composait sa musique. Balayez les rues si bien que même longtemps après vous, les hôtes du ciel et de la terre devront s’arrêter pour dire: « ici a vécu un grand balayeur des rues, qui faisait bien son boulot. »

Nous sommes une famille

au service de l’évangélisation