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Les voies qui mènent à l'humilité chrétienne

Les voies qui mènent à l'humilité chrétienne

Parler d’humilité n’est pas chose intéressante pour les citoyens de notre siècle ; car les tendances actuelles se résument en 3V (Voiture, Villa, Virement). Ces ‘v’ semblent contraster avec un autre grand ‘V’ que nous avons nommé ‘Vertu’. Son piston principal c’est l’humilité. Elle est un remède contre l’égoïsme, l’esprit d’indépendance et la trop estime de soi.[1] Voilà pourquoi, « les maîtres de soupçons » qui ont propulsé et assaisonné la sécularisation religieuse ont voulu la mettre en cause avec des arguments éphémère.

Pour Nietzche, « l’humilité est le grand mensonge des faibles qui transforment ainsi astucieusement leur lâcheté en apparente vertu. Pour Freud, elle est une variante masochiste du complexe de culpabilité. Pour Adler, elle est voisine avec le sentiment d’infériorité. » Derrière toutes ces pensées, se cache l’orgueil innée en tout homme et un égocentrisme déguisé. Nous avons tenu à faire cette introduction qui parait épouser la méthode philosophique, pour essayer de comprendre les souches de la pensée mondaine à ce sujet. Car l’homme est aussi le fruit de son époque. Faisons à présent intervenir la dimension ‘foi’ dans notre effort de compréhension et de recherche sur les voies qui mènent à la vertu des vertus (l’humilité). Ceci dit, comment l’appréhender et dans quelle optique l’approcher ?

Etymologiquement, le mot humilité a la même racine que le mot « humus » qui veut dire terre, poussière. Les pères du désert en n’ont fait la pierre angulaire d’une« spiritualité d’en bas ». Saint Basile qui est un représentant de cette spiritualité commente la maxime « quiconque s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé », en disant que la descente dans nos passions nous élèvent et nous conduisent à Dieu. Pour saint Bernard, « l’humilité est une vertu par laquelle l’homme se reconnaissant véritablement lui-même, devient vil à ses propres yeux. Il ne désire pas être considéré comme tel, mais comme digne de mépris. »[2]Ainsi, pour saint Bernard, l’humilité est un antidote contre la surestimation de soi,l’indépendance et l’orgueil. Par ailleurs, « L’aveuglement des hommes écrit Rochefaucould dans ses réflexions morales, est le plus dangereux effet de leur orgueil : il sert à la nourrir et à l’augmenter ;il nous ôte la connaissance des remèdes qui pourraient soulager nos misères et nous guérir de nos défauts. »[3] Comment sortir de cet aveuglement et parvenir à la véritable humilité ? C’est à cette nouvelle question que nous essayerons de répondre maintenant.

Avant de continuer, signalons que, quelques soi nos efforts de comprehension, l’humilité est une vertu plus qu’humaine ; elle est une propriété divine qui trouve sa source dans le mystère Kerygmatique du Christ Jésus. Il nous a donné des exemples d’exercices d’humilité dans le service et le don de soi jusqu’à sa mort pour le salut des hommes. (ph2, 6-11).C’est avec cette conviction que François d’Assisse nous propose trois voies pour se configurer au modèle de notre style de vie : la considération de Dieu, le souvenir de Jésus-Christ et sa propre considération en tant qu’être humain.[4] Explicitons davantage un tout petit peu !

Par la voie de la considération de Dieu (1), François fait allusion à l’infiniment petit qu’est l’homme ; comparativement à l’ensemble de l’univers. Lorsque, l’homme se rend compte qu’il existe grâce à Dieu créateur du ciel et de la terre, il ne peut que faire une relecture de sa vie pour la configurer à celle que Dieu impulse en chacun de nous. Ce flux sentimental à double sens (Dieu-homme et Homme-Dieu) donne également sensà la définition étymologique du concept de‘religion’ (religare et religere). Avec le souvenir de Jésus-Christ(2), qui est notre model archétype d’humilité jusqu’au don de sa vie, l’on comprend que le disciple ne peut être au-dessus de son maître :« Combien est abominable l’homme consacré à Dieu qui se couvre d’un habit d’humilité et conserve un cœur superbe (…) le Dieu immense s’est fait petit et l’homme, une vile poussière, un ver misérable, entreprend de s’exalter ! »[5] Aussi, une réflexion d’ensemble sur le mystère de la vie (de la conception à la mort) ne peut que déboucher sur une auto appropriation du psaume qui dit : «  peut-on vivre vivre indéfiniment sans jamais voir la fausse ? Aussi longtemps qu’elle durer puisse durer, toute vie finira…; on voit le pauvre et le riche mourir… »

Pour François, ces trois voies conduisent certes à l’humilité, mais non pas comme point d’achèvement de tout effort spirituel. Au contraire comme préparation à une ouverture aux autres et aux exigences d’une vie commune. Il le martèle en disant qu’elle : « prépare un lieu à la charité, elle débarrasse l’âme de la vanité. C’est pourquoi saint Augustin s’écrie : plus nous sommes vides de l’enflure de l’orgueil, plus nous sommes remplis d’amour. (…) Soyez humbles de façon à avoir la patience pour témoin de votre humilité. La vertu d’humilité se perfectionne par la patience, et elle ne saurait être réelle si celle-ci ne lui est unie. »[6] C’est avec ces quelques conseils et enseignements que le missionnaire des pauvres explicite et encourage Philothée (sa fille spirituelle) à faire de l’humilité le centre (le pivot) de sa dévotion véritable.

La conception franciscaine de l’humilité ci-dessus exposée peut être jugé paralysante et favorable à un orgueil masochiste (comme le pense Freud) si elle est mal interprétée. Il convient donc de lever l’équivoque qui s’y dissimule. D’où la nécessité d’une mise en garde pour réduire tout amalgame de mécompréhension.

Mise en garde contre la fausse humilité

A vouloir trop descendre, écrivait Bernanos[7], on risque de passer la mesure. Or en humilité comme en tout, la démesure engendre l’orgueil et cet orgueil-là est mille fois plus subtil et plus dangereux que celui du monde, qui n’est le plus souvent qu’une vaine gloriole. Donc un désir de médiété (juste milieu) est nécessaire dans la quête ou l’exercice de cette vertu des vertus qu’est l’HUMILITE. Essayons de comprendre le pourquoi de cette déclaration.

L’humble chrétien n’est pas le soi-disant modeste qui se nie jusqu’aux plus évidentes qualités de sa personne, mais celui qui ne s’en attribue jamais la source. L’apôtre Paul par exemple se loue très souvent de telle ou telle qualité au point de demander aux autres de le prendre pour modèle sans que cela ne puisse être considéré comme de l’orgueil proprement dit. Parce qu’il sait aussi reconnaitre et louer Dieu qui en est l’origine et le destinataire dans le prochain. L’humain est un être ontologiquement orgueilleux, vantard ; son créateur le sait. Cependant, son Fils Jésus est venu nous apprendre à Lui remettre tout notre  être y compris l’orgueil qui fait aussi partie de cet être là. Donc si quelqu’un veut se vanter, qu’il « se vante du Seigneur » nous dit l’apôtre Paul.(1co 1,31)

Saint Basile semble lui aussi corroborer à cette approche : « sans doute, vas-tu te glorifier d’avoir reçu des honneurs, et la miséricorde dont on a usé à ton égard va telle devenir une source d’orgueil ? Connais-toi toi-même, sache qui tu es, comme Adam qui se cache au paradis terrestre, comme Saoul délaissé par l’Esprit de Dieu, comme Israël coupé de ses racines saintes : ‘’toi, c’est par la foi que tu tiens (et dois continuer à tenir) ne t’enorgueillis pas, crains plutôt’’ »[8] et ouvre-toi aux autres. Sois prompt à valoriser les actions positives qu’ils posent. En existant aussi pour les proches, il est donc nécessaire de conjuguer l’estime de soi et le souci pour l’autre. Autrement dit, c’est dans la mise en pratique « de l’amour de Dieu et du prochain comme soi-même » (Lc 10,27) que la véritable humilité trouve sa raison d’être.


[1] Pascal IDE, les 7 péchés capitaux ou ce mal qui nous tient tête, MAME-EDIFA, p.44.

[2]Saint Bernard, le combat spirituel ; les péchés capitaux

[3]Réflexions morales, suppl, 13, in œuvres de Rochefaucould, Tours-cottier, 1875, p. 112.

[4] François d’Assisse, Introduction à la dévotion, chap. II : de l’humilité et par quels degrés on n’y arrive.

[5] François d’Assisse, Ibid.

[6] François d’Assisse, Ibid.

[7] Georges Bernanos, dialogues des carmélites, II, 1, Gallimard, 1961, p. 1583.

[8] Saint Basile de Césarée, Homélie sur l’humilité, op. cit.

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