Temps Ordinaire
AVOIR COMPASSION ET TOUJOURS PARDONNER
Toujours pardonner ? Cette question nous projette vers la possibilité de pardonner et surtout pardonner promptement-facilement-joyeusement, au point même d’oublier. Le fondement de mon rapport avec l’autre est imitation du rapport de l’AUTRE avec moi. Tout ce que le Seigneur fait pour moi est principe et inspiration de ce que je dois faire vis-à-vis de mon frère. Jésus en effet nous demande de nous aimer les uns les autres comme lui-même nous a aimés (Jn 13,34) ; et le même saint Paul nous exhorte à être bons les uns envers les autres, compatissants et à nous pardonner comme Dieu nous a pardonné dans le Christ (cf. Eph 4,32).
La justice de Jésus n’est pas en fonction de la parité, de l’équité à appliquer à tous : à l’adversaire il réserve la réconciliation, au petit l’accueil. A l’égaré il consacre du temps pour aller à sa recherche et au coupable il applique la correction, au débiteur il remet la dette. C’est bien là la disparité de la justice divine, qui est miséricorde, don, pardon. Face à la justice qui condamne et tue, Jésus propose celle de l’Esprit qui donne vie. En tant que fils et à imitation de Jésus, je suis appelé à avoir et à manifester envers les frères les mêmes sentiments.
Les offenses des autres à mon égard me permettent de pardonner comme moi-même je suis pardonné : elles me rendent ainsi fils suivant le modèle du Père (cf. Mt 5,43-48). Le mal que je fais est en quelque sorte une occasion qui, en me faisant sentir pardonné, me fait aimer plus le Seigneur ; et le mal que je subis est à son tour une opportunité pour pardonner et aimer davantage les frères, devenant ainsi semblable au Seigneur. Mon mal à moi suscite le pardon de Dieu, celui de mon frère suscite mon pardon, suivant l’exemple de Dieu lui-même. Le pardon que je reçois, et j’accorde à mon tour, est le souffle de Dieu, l’Esprit Saint qui devient ma vie. Le pardon est le cœur même de la vie chrétienne : il fait de moi fils du Père et frère de mes semblables, en communion avec Dieu et avec les hommes. Le pardon ne nie pas la réalité du mal. Avec le pardon on célèbre plutôt la victoire de l’amour gratuit et sans condition. Un amour qui ne pardonne pas n’en est pas un !
Du dialogue entre Pierre et Jésus sur le pardon et la nécessité de toujours pardonner ressort encore une fois la grandeur du Seigneur, le cœur compatissant du Seigneur. Ce dialogue et la parabole qui suit ne nous invitent pas seulement à la tolérance, mais nous ramène à la source même de la capacité de pardonner. Notons que le texte est situé à la conclusion du discours sur la communauté (dans l’Evangile de Matthieu) et est donc une exhortation à fonder la communauté et toutes les relations chrétiennes sur le pardon. Entre ensemble, vivre ensemble en chrétiens ne signifie pas ne plus se tromper ni s’offenser, mais aller de l’avant et grandir parce qu’on se pardonne constamment. Le mal divise et isole, le pardon unit et consolide les relations en communauté.
N’oublions pas, par ailleurs, qu’il est possible d’accorder le pardon à l’autre dans la mesure où on sait aussi se pardonner soi-même. Et on se pardonne soi-même dans la mesure où on accepte d’être pardonné par Dieu.

Mbula Gilbert sx
Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.
