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Temps Ordinaire

Dimanche - Année

CELUI QUI NE PRIE PAS SANS CESSE, IL NE PRIE JAMAIS

« Rends-moi justice contre mon adversaire » (Lc 18,3).

29ème Dimanche du Temps Ordinaire (C):

L’évangéliste Luc, dans son effort d’interpréter la pensée de Jésus, nous dit que la parabole de ce dimanche a pour objet la nécessité de toujours prier sans se décourager. Nous retenons cette recommandation, et notre commentaire veut porter sur celle-ci, car elle nous semble plus claire que tout le reste du texte. Pas parce que le reste n’a pas d’importance, mais nous ne pouvons pas prétendre que tout soit clair. Notre foi, comme nous le savons, doit aussi accepter volontiers l’aspect de l’obscurité dans la marche vers Dieu, dans la progressive perception de sa présence mystérieuse.

Pour bien comprendre le précepte de « toujours » prier, il faut savoir faire une distinction entre la prière et les prières. Il existe un « esprit de prière » et la prière même : tous deux sont des valeurs, mais bien divers l’un de l’autre. Dire esprit de prière, c’est dire prière « continue », c’est dire « union-avec-Dieu ». Dans la tradition spirituelle quand on parle de la prière « diffuse », on peut la comprendre dans le sens du sang qui se diffuse dans l’organisme et qui est présent dans tout le corps, dans toutes ses parties. Ainsi Dieu doit se « diffuser » continuellement en nous pendant toute la journée, dans notre intégralité, dans notre mémoire, notre intelligence et dans notre volonté. L’esprit de prière doit nous porter à agir toujours et partout dans ce monde où les habitants crient continuellement justice. La création entière crie justice. Il nous revient de tendre l’oreille et de nous engager avec Dieu pour dénoncer le mal, enseigner la paix et la fraternité, témoigner de son espérance. C’est notre mission.

Plutôt que nous enfermer dans la prière qui serait l’équivalent des « exercices de piété » ou prière discontinue, nous sommes appelés à nous laisser façonner et développer en nous « l’esprit de prière ». L’esprit de prière est la finalité de toute vie chrétienne, c’est la valeur la plus importante. Notre effort et notre nostalgie devra consister à rechercher et à réaliser en nous l’identité d’une personne qui a comme « attitude continue » l’union-avec-Dieu. L’homme vaut dans la mesure où il prie « toujours » : on peut être une personne aux prières multiples, mais de peu de prière. Il est question ici d’une attitude « constante », « continue » qui ne s’exprime pas par la quantité de prières faites, mais plutôt par l’esprit en Dieu, à l’instar de l’itinerarium mentis in Deum de Saint Bonaventure. Voilà pourquoi nous avons affirmé que « celui qui ne prie pas sans cesse, ne prie jamais ». A cet’ axiome nous ajoutons cet’ autre, cher à Amato Dagnino : « celui qui ne prie pas quand il ne prie pas, il ne prie non plus quand il prie ».[1] Avec celle-ci, il voulait signifier que celui qui ne se forge pas « l’habitude » de se recueillir, d’intérioriser et de réfléchir, il aura de difficulté même pour prier de façon formelle, il aura de difficulté même pour réaliser les formules de prière toutes faites.

[1] A. DAGNINO, Le mie parole sono spirito e vita, 264.

Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.