Temps Ordinaire
CONTRE L’ORGUEIL SPIRITUEL
L' humilité: lieu privilégié de la prière.
30ème Dimanche du Temps Ordinaire (C).
Nous voici face à la fameuse parabole du Pharisien et du Publicain : deux personnages connus de tous et souvent cités même parmi les non-croyants. L’Evangéliste Luc introduit cette péricope, comme d’ailleurs celle du dimanche dernier, avec un énoncé qui explicite le thème : « à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit cette parabole… ». Plus clair que cela, Jésus ne pouvait pas l’être. Nous le voyons souvent exposer son enseignement, pas avec des théories abstraites, mais avec des exemples concrets de la vie quotidienne. Il est sincère et attentif à la vie ordinaire.
Le Pharisien parle bien, il croit qu’il est parfait ! Il remercie Dieu, mais n’a pas besoin de son aide. Le Publicain, c’est tout le contraire, il n’ose pas beaucoup parler. Il travaille avec les Romains, il trompe tout le monde avec les taxes, c’est un voleur, un pécheur !
Nous nous inspirons de ce texte de Luc pour formuler ce langage technique que nous appelons « Orgueil Spirituel ». Si nous ne faisons pas attention, en effet, notre démarche spirituelle peut s’infecter d’orgueil, parfois même avec des bonnes intentions d’une décoration mystique. Pensons tout simplement à certaines manières de prier : prières « trop prolongées », adorations « nocturnes », une série d’expressions gestuelles en public, … Il s’agit là d’un orgueil assez venimeux qui s’introduit progressivement en nous sans que nous nous en rendions compte. Une fois que nous y prenons goût, nous avons du mal à faire marche en arrière et le risque d’en arriver à la ruine est désormais plus qu’imminent. Une des raisons pour lesquelles nous ne nous rendons pas compte de nos exagérations c’est le fait que nous sommes parfois animés du désir de devenir « mystiques », et nous oublions que cela est aussi don de Dieu. Saint Ignace au moment où il a supprimé la prière chorale, a dû faire face à une forte pression, mais il n’a jamais voulu tomber dans les pièges de certains nostalgiques qui se lamentaient du fait que l’on priait « très peu ». Rien de négatif dans leur argumentation, car ils défendaient la valeur de la prière. Pour nous ici, il est question de prendre conscience du danger de la prière du Pharisien. Nous nous référons à l’égoïsme qui, quand il se cache et réussit à s’installer sous l’habit de la piété devient invincible, insurmontable.
Les saints de tous les temps ont dû prendre conscience du danger de l’orgueil spirituelle. Pour nous en rendre compte, il suffit de jeter un regard sur la prière de sainte Thérèse d’Avila, de saint Jean de la Croix, de saint François de Sales, de saint Ignace de Loyola, de sainte Thérèse de Lisieux, … pour ne citer que certains.
La prière de Saint Guido Maria Conforti, loin d’être infectée d’orgueil, elle se fonde aussi sur la base de l’humilité. Elle consiste avant tout en un regard. Un regard qui, le long de la journée, inspirait le reste de ses actions.
Nous avons voulu faire l’éloge du Publicain et détester l’orgueil triomphal du Pharisien. L’éloge du Publicain est aussi éloge de toutes les personnes simples et humbles qui, menant une vie cachée, elles se démontrent des personnes de plus de valeur et qui contribuent au fait que nos sociétés tiennent encore débout.
« Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ; mais dis seulement une parole e je serai guéri ».

Mbula Gilbert sx
Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.
