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Temps Ordinaire

Dimanche - Année

CONTEMPLER EST UN DON DE DIEU

31ème Dimanche du Temps Ordinaire (C)

« Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ».

Comme Missionnaires Xavériens nous avons hérité de notre Saint Fondateur, Guido Maria Conforti, un précieux Testament. Au numéro 10 de ce texte qui accompagnera nos prochaines célébrations, il désire ardemment que les membres présents et à venir de notre famille missionnaire se caractérisent par un esprit de foi vive qui nous entraîne à voir Dieu, à chercher Dieu et à aimer Dieu dans toute chose. Ces trois actions, voir, chercher et aimer sont dons de Dieu. Saint Conforti en était conscient et voilà pourquoi il poursuit en disant : ce vœu, je le confie au cœur adorable de Jésus en le suppliant de l’accomplir par sa grâce. Et si nous tous, nous coopérons à la réalisation de ce vœu et chacun pour sa part, de la manière la meilleure possible, nous apporterons notre contribution, si modeste soit-elle, à l’édification du Corps Mystique du Christ (LT, 10).

L’Evangile de ce dimanche nous présente un homme à la recherche de Jésus. Du moins il a l’intention, ou la curiosité si nous voulons, de voir Jésus. Par ailleurs la tradition spirituelle nous enseigne que Dieu se donne et se donne librement, sans passer par des voies intermédiaires. Zachée prétend voir Jésus, mais c’est Jésus qui l’a vu le premier. Pas parce qu’il a des mérites, mais par pur amour, par pure miséricorde. Il n’y a pas à s’étonner : la conversion est toujours et avant tout œuvre de Dieu, qui réalise de par sa volonté tout ce qu’il désire chez les personnes de son choix, sans tenir compte de leurs mérites. Ainsi, sa curiosité de voir se transforme en contemplation. Une contemplation qui est clairement fruit de la gratuité de Jésus, un don de Dieu.

            L’expérience qui est au fond du désir de Zachée, le fait de chercher à voir qui est Jésus, est elle-même un don de Dieu et pas œuvre humaine. Richard de Saint-Victor dans Beniamin Maior précisait que : soit Dieu, soit l’homme, tous deux sont à l’œuvre dans l’expérience contemplative. Mais le travail de l’homme consiste en une pleine disponibilité à laisser Dieu, et Dieu seul, travailler en soi (cf. Beniamin Maior, 5, 15). Laisse que ce soit lui à œuvrer, et toi à subir son action, poursuivait l’auteur.

            Sans l’appui de Dieu, il n’y aurait même pas un ange ou un saint qui pourrait progresser dans le désir d’aller vers Dieu, de voir Dieu, avec enthousiasme comme celui que nous voyons aujourd’hui en la personne de Zachée. Je crois que Dieu est prêt à réaliser cet œuvre et souvent, chez les plus grands pécheurs, plutôt que chez les personnes qui ne l’ont jamais offensé. Si Dieu agit de la sorte, c’est pour que nous puissions reconnaitre sa miséricorde infinie et sa toute-puissance : il travaille comme il veut, où il veut et quand il veut.

            Le Dimanche passé on s’était invité à faire attention à l’orgueil. Le même discours vaut encore aujourd’hui. L’œuvre que Dieu réalise en Zachée, il l’accorde librement, sans tenir compte des mérites. Ceci fait que la personne se dispose à le « posséder » - aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison – et à « jouir » de sa présence en renonçant à tout ce qui est superflu – voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens – une modeste contribution ! Nous pouvons dire que ce n’est plus la volonté de Zachée, mais « quelque chose » d’insondable qui le pousse à vouloir et à désirer ce qu’il ne connaissait pas : le salut arrivé à toute la maison et qui ne dépend pas de l’abondance matérielle,

            Laisse donc que ce « quelque chose d’’insondable»[1] agisse en toi selon sa volonté et te conduise là où lui-même voudra. Tu dois être le bois et lui l’artisan ; tu dois être la maison et lui le patron qui y habite, sans chercher à vouloir comprendre le pourquoi et le comment : une telle compréhension, disent les maîtres de la spiritualité, pourrait devenir un obstacle plutôt qu’une aide.

 

[1] Nous pensons aux cantiques entre l’âme et l’époux de Saint Jean de la Croix quand il dit : « Outre la plaie que me font ces créatures en les mille grâces qu’elles donnent à entendre de toi, il y a un je ne sais quoi tel qu’on sent rester à dire, et une chose que l’on ne connaît pas qui reste à découvrir, et une sublime trace de Dieu qui se découvre à l’âme qui reste à exploiter, et une très haute connaissance de Dieu qui ne saurait se dire (que pour cela elle appelle je ne sais quoi), tellement que, si l’autre que j’entends me blesse et me fait une plaie d’amour, celui-ci que je n’achève pas d’entendre et que je perçois si haut, me fait mourir… Cela je crois n’arrivera pas bien à le comprendre celui qui ne l’aura pas expérimenté ; mais l’âme qui l’expérimente, comme elle voit que lui reste à entendre ce qu’elle sent si hautement, elle l’appelle un je ne sais quoi ; parce que comme on ne l’entend pas, ainsi on ne sait non plus le dire, bien qu’elle sache le sentir » (cf. Cantique Spirituel, 7,9-10).

Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.