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Dimanche - Année

Dimanche des missions: Allez et invitez tout le monde à la noce

Tout au long de son ministère et de sa vie publique, notre Seigneur Jésus Christ acceptait toujours volontiers les invitations (Jn 2, 1-11; Lc 7, 36-50), il se faisait inviter (Lc 10, 38-42 ; Lc 19, 1-10) et a même organisé une réception pour ses amis (Mt 26,17-19; Mc 14,12-42 ; Lc 22, 7-20 ; Jn 13, 1-38). Et même si on a accusé de glouton, d'ami de publicains et de pécheurs (Mt 11, 19), pour Jésus, l'invitation n'était pas une occasion pour manger et boire ; mais pour lui, prendre le repas c'était un moment de kairos pour « mandok hata » et pour « ijambo » comme disent le peuple Batak du Nord Sumatra en Indonésie et les Burundais, c'est-à-dire placer un mot, placer une parole qui édifie, construit ; révèle et relève. En effet, Jésus savait qu’autour de la table il y a toujours quelque chose d’important, mieux encore quelqu'un d'important. Ce thème d'invitation est au cœur du message du Pape François que nous écoutons en ce Dimanche des missions.

Ce message que nous lisons en cette 98e journée mondiale des missions nous montre d’un côté un Dieu qui convie tout le monde à la fête, et de l’autre côté les invités qui refusent de répondre à l’invitation. Entre les deux, il y a les envoyés que, comme baptisés, vous et moi nous sommes.

Nous sommes envoyés pour inviter tout le monde à la noce (Mt 22,9) même au risque de nous faire rejeter. Si l’on peut comprendre l’attitude des invités qui refusent l’invitation, on ne peut comprendre le fait que les envoyés refusent de partir pour convier les autres à la noce. Et c’est le grand danger qui nous guette aujourd’hui : celui de rester dans la salle de fête parce qu’on a goûté aux viandes succulentes et aux vins décantés, parce qu’il est beau de siéger à gauche et à droite dans la gloire, parce qu’on cherche à s’asseoir sur la table A (la table d’honneur dans nos salles de fête) et se faire servir le premier.  Le Pape nous rappelle, en effet, que « la mission est une sortie inlassable vers toute l’humanité pour l’inviter à la rencontre et à la communion avec Dieu....une sortie vers tout homme pour l’appeler au bonheur... malgré l’indifférence ou le refus ».

Si nous l’avons déjà oublié, la fête ce n'est pas pour les serviteurs, les envoyés mais  c’est pour les invités. Ainsi, le refus de partir en mission c'est priver un frère, une sœur, des communautés entières quelque part dans le monde d'écouter et de répondre à l'invitation de Dieu. Que le Seigneur nous garde de la tentation de rester là où la table est déjà bien dressée avec « des viandes succulentes et des vins décantés », et ainsi finir par « être une Église [...] qui ne laisse pas le Seigneur sortir, qui le tient comme sa “chose propre” alors qu’Il est venu pour la mission et nous veut missionnaires » (Discours aux participants au Congrès organisé par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, 18 février 2023).

En effet, ils sont encore nombreux ceux et celles qui cherchent de s'approcher de nos salles de fêtes même s'ils n'ont pas d'habits de noce. Ça me rappelle quand j'étais en mission au Nord Sumatra en Indonésie. Dans ce pays majoritairement musulman, il n’était pas rare et c’était très beau de recevoir des envoyés des communautés de travailleurs immigrés internes qui venaient nous chercher. En travaillant ensemble dans des plantations, les gens se rendaient compte qu’ils  partageaient la même foi (souvent grâce aux chants à la Vierge Marie qu’ils chantaient en travaillant) et progressivement ils commençaient à se rassembler dans leurs maisons pour la prière du rosaire, l’écoute et le partage de la parole de Dieu et ce n’est qu’après qu’ils venaient chercher, inviter, les missionnaires.

Dieu nous appelle et nous envoie convier nos frères et sœurs à sa joie. Dans la joie, nous sommes appelés à accepter cette invitation tout d’abord pour nous-mêmes. C’est cela même le sens d’être un serviteur de Dieu. Isaïe nous le montre dans la première lecture de ce Dimanche: le serviteur de Dieu reçoit la mission pour réparer, pour faire réussir ce qui plait à Dieu et justifier les multitudes (Is 53, 10-11). Il le fait en se faisant broyer, en sacrifiant sa vie, en passant par des tourments, en se chargeant des fautes des autres. Le Christ fera la même chose.
En effet, alors que les disciples se disputent au tour des places d’honneur et de commodité, le Christ lui nous montre l’exemple du service et du sacrifice : « il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10, 45). Chacun de nous peut se demander ce qu’il a déjà sacrifié, ce qu’il est en train de sacrifier et ce qu’il doit encore sacrifier pour coopérer à la réalisation de l’œuvre de Dieu dans ce monde. Peut-être ce sera prier encore plus pour les vocations missionnaires dans l’Eglise, peut-être soutenir l’œuvre missionnaire au tour de toi à travers des moyens matériels et financiers, peut-être ce sera te faire beaucoup plus disponible en acceptant dans la joie la mission que ta famille religieuse ou ta communauté locale te confie, etc.

Nous vivons à l'époque des salles de fête avec leur lot d’invitation et de code vestimentaire sélectif et discriminatoire. Si dans la vie courante on n'est pas obligé à répondre à toutes les invitations et être de toutes les salles de fête,  l'invitation de Dieu, elle, on ne n'accepte pas de n'importe quelle manière ; l’invitation de Dieu, on ne la refuse pas sans conséquences. Que chacun à sa façon et selon l’appel reçu, réponde à la mission lui confiée d’annoncer l’évangile et d’inviter tout le monde à la noce. Que l’Esprit de Dieu qui est toujours à l’œuvre au sein de notre monde hostile et déchiré nous donne nous de nous dépenser sans relâche au service de l'Evangile annonçant fidèlement à nos frères et sœurs la Bonne Nouvelle du salut et progresser ainsi avec eux sur le chemin du Royaume (cf. Prière eucharistique pour des circonstances particulières III, Jésus, chemin vers le Père) et qu’il rallume en nous tous le désir, le zèle, la passion et l’enthousiasme pour la mission.

« Avançons-nous donc avec assurance » (He 4, 16) en invitant tous au banquet de Dieu auquel nous sommes heureux d’être nous-mêmes invités aujourd’hui et tournons-nous encore vers Celui qui nous envoie en disant : « Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi ! » (Ps 32, 22)

Bon Dimanche des Missions à tous!

Le père Valentin Shukuru est missionnaire xavérien de nationalité Congolaise (RDC). Il a fait ses études à Manila aux Philippines et a été missionnaire en Indonesie pendant 8 ans. Depuis 2021, il est maître des novices à Bujumbura/Burundi.