Jeudi saint: On ne mange pas l’amour !
Le Jeudi Saint nous célébrons la synthèse, le résumé de notre Salut. C'est le mémorial, l'actualisation (pas un simple rappel ) du passé et l'anticipation de l'avenir. Dans l'Eucharistie nous célébrons "le déjà là et le pas encore" du salut apporté par le Christ. Lui qui nous a appris que celui qui veut être le premier doit être le serviteur de tous, Le voici donner l'exemple en premier lieu. Oui, l'homme d'aujourd'hui écoute plus volontiers le témoin que le maître, et s'il écoute le maître, c'est parce que ce maître est d'abord témoin.
👉L'amour de Dieu qui s'est fait chair se résume dans l'Eucharistie où le Christ se donne en chair, nourriture pour la vie éternelle.
👉Le Christ qui nous a appris à aimer nos ennemis, se résume en partageant le repas d'intimité avec Judas le traître.
Il sait tout ce qui va lui arriver dans quelques heures, surtout demain vendredi, mais Il prend courage. Il sait que Pierre va le renier mais il lui pardonne à l'avance en mangeant avec lui.
Lui qui a enseigné qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, le voici le jeudi saint se donner en nourriture et breuvage par amour pour nous.
Lui qui nous a appris à collaborer, à compter les uns sur les autres, à associer les autres, en choisissant un groupe de 12, maintenant il leur donne la confiance totale en leur demandant de continuer à faire ce que Lui-même a fait.
À travers le prêtre, c'est le Christ Lui-même qui continue à travailler pour le salut des hommes. l'Eucharistie que nous célébrons aujourd'hui est la même que Jésus a célébrée il y a 2000 ans où il se donne, à travers son corps et son sang, à nous, pour le pardon des péchés et la vie éternelle.
Le don de lui-même, le sacrifice de soi-même pour payer nos fautes qui va s'opérer demain sur la croix, se réalise par anticipation, aujourd'hui dans le sacrement de l'eucharistie. La vie nouvelle que nous procure sa résurrection se trouve dans l'Eucharistie. La communion en Dieu à laquelle nous aspirons est anticipée dans l'Eucharistie qui est le gage de la vie éternelle.
Nous célébrons un autre sacrement que Jésus-Christ lui-même avait institué ce jeudi, au cours du dernier repas qu'il partagea avec ses disciples. C'est le sacrement de l'ordre pour continuer ce que Lui-même a fait. C'est le moment de prier pour nos prêtres afin qu'ils soient fidèles à leurs engagements sacerdotaux, qu'ils soient des prêtres serviteurs et humbles. C'est le moment de leur souhaiter bonne fête, dire merci au Seigneur qui les a choisis et nous les a envoyés pour servir en sa présence.
Le geste que Jésus a fait, le lavement des pieds, nous rappelle deux autres sacrements de l'Eglise: les eaux baptismales dans lesquelles seront plongés nos catéchumènes le samedi saint, purifient les baptisés du péché originel. Le lavement des pieds est donc l'anticipation du baptême. Jésus en demandant de continuer à perpétrer ce geste, nous demande, implicitement, de continuer la pratique du baptême qui lave nos péchés.
Le lavement des pieds nous rappelle une autre purification des cœurs à laquelle nous invitait le carême : le lavement des cœurs par la pénitence, la confession, la conversion pour devenir des hommes nouveaux dans le Christ.
Le refus de Pierre à être lavé résume sa lenteur à croire, sa réticence à croire en un messie souffrant, humble et serviteur, un messie du vendredi saint.
Le lavement des pieds est le passage de l'esclavage à la liberté des enfants de Dieu qu'évoque la Pâques juive. C'est Jésus Lui-même qui est cet agneau Pascal partagé en Église famille de Dieu. C'est lui-même le grand prêtre qui s'offre. Comme le sang des agneaux a protégé la vie des Hébreux, c'est son sang qui nous purifie et nous donne la vie éternelle.
Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous rappelle d'accomplir le commandement du Seigneur: faites ceci en mémoire de moi. La Pâque du Seigneur est la victoire de la vie sur la mort, de notre état peccamineux à la sainteté, de la peur du coronavirus qui accable l'humanité aujourd'hui à l'espérance de la guérison, d'une vie nouvelle, à la confiance en Dieu. Soyons les instruments de Dieu pour la libération de son peuple.
Quelques attitudes devront caractériser ceux qui communient au même pain: "comme je vous aimés, aimez-vous les uns les autres. C'est l'amour, la charité fraternelle, l'attention à l'autre, la promotion fraternelle, le pardon mutuel, la réconciliation fraternelle qui est notre vrai livret de baptême. "C'est l'amour que vous aurez les uns envers les autres qui montrera aux gens que vous êtes mes disciples.
"On ne mange pas l'amour" !Cet amour doit devenir un service humble, créatif, discret, se préoccupant du salut de l'autre, de son bien-être, de sa réussite, de son progrès, recherche du bonheur de l'autre et de l'Eglise-famille.
Cet amour doit devenir un service continu: l'Évangile ne nous dit pas que Jésus a enlevé la ceinture après le lavement des pieds. Nous ses disciples nous devons continuer à servir tout au long de notre vie. Beaucoup de choses ne marchent pas bien dans nos pays, notre Église, nos communautés parce que ( après la campagne et l'élection, une fois "arrivé"), nous ne gardons pas cette constance dans le service.
Demandons la grâce d'adorer avec foi Jésus présent dans le Saint Sacrement de l'autel, de le recevoir avec foi, de devenir ce que nous recevons, Corps du Christ, Eucharistie, que notre vie elle-même devienne une action de grâce à Dieu, Amen.

