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Temps Ordinaire

Dimanche - Année

Passer à l’action et manger ensemble.

Manger est un acte anthropologique, mais manger ensemble est un art et un vrai humanisme. Les animaux, en effet, sont conduits aux pâturages pour brouter, l’homme mange ; mais seul l’homme intelligent sait manger (cf. Anthelme Brillat-Savarin). Les interpellations de l’Evangile viennent ajouter un plus à l’humanisme et à l’art de manger ensemble. La provocation de Jésus de ce dimanche est une invitation à passer des paroles aux faits en vue d’organiser la vie quotidienne selon les valeurs du Règne et sa justice : « donnez-leur vous-même à manger » ! Nous sommes en présence d’une situation concrète, suivi d’un dialogue pour pouvoir porter des solutions à la situation en question et, enfin, un geste concret de compassion et de solidarité : le miracle.

Situation

Jésus est en danger de mort, après qu’Hérode a tué le Baptiste, et pour se soustraire du danger il se retire dans un lieu désert. Là, il trouve une grande foule, affamée de la nourriture de l’esprit et aussi du corps, pour laquelle il éprouve une « compassion viscérale », c’est-à-dire profondément impliquée, comme envers celles qui lui étaient apparues auparavant « fatiguées et épuisées, comme brebis sans berger » (Mt 9,36). Précédemment, il avait apporté une solution en formant le groupe des douze apôtres, collaborateurs de son œuvre. Maintenant, il guérit les malades et se fait aider à trouver de la nourriture matérielle. Dans cette vive participation de Jésus, Matthieu voit les attitudes du Messie libérateur de l’oppression et des déportations (Mt 4,14-16), qui se charge de nos misères de toute sorte (Mt 8,17), pour les guérir à la manière miséricordieuse et délicate du Serviteur de JHWH (Mt 12,17-21). Les paroles ne suffisent pas, il faut passer à l’action.

Dialogue

Le dialogue des versets 15-18 affronte ouvertement le besoin de la nourriture matérielle. Il se focalise sur le but même du miracle et est la clé d’interprétation pour comprendre la signification et les développements ultérieurs. Les disciples proposent pratiquement à Jésus le désengagement : « Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ». Jésus, au contraire, leur demande aussi un engagement à première vue impossible : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Ils n’ont que cinq pains et deux poissons. Mais, précisément parce qu’ils sont ses disciples ils ont quelque chose de fondamental à donner à cette foule et au monde, dans le geste de leur procurer la nourriture : la confiance en Dieu le Père et le sens du partage en son nom. Dans ses paroles d’ordre : « Apportez-les-moi ici », Jésus demande les pains et les poissons, mais en même temps leur présence et leur participation. Il n’a pas l’intention d’apporter une solution facile et miraculeuse, comme qui dirait : laissez-moi faire ! Au contraire, il suscite le partage, la solidarité, la collaboration, la participation, …

Miracle : compassion et solidarité de Jésus

A la suite du dialogue en effet, Jésus accompagne ses paroles avec une invitation et une demande de collaboration adressée à tous, dans la plus profonde confiance en Dieu. Aux disciples qui ont pris conscience des ressources disponibles, il demande de se mettre particulièrement au travail et de collaborer avec lui pour servir les gens. Il ordonne à la foule de s’asseoir sur l’herbe, « en groupes » - précise Marc (Mc 6, 39) - car personne ne doit rester passif et sans relation avec les autres. De cette manière, Jésus donne à tout le monde la possibilité de contempler ce que lui-même fait et de se rendre aussi compte du besoin des personnes qui sont proches, pour passer à l’action et vivre une vraie solidarité. En assurant convenablement la nourriture et les besoins matériels, il faut d’abord et toujours sortir de la confusion et de nos replis égoïstes. 

Nous avons là un bon début pour nous mettre à la suite de Jésus dans tous ses gestes qui sont aussi des gestes de l’Eucharistie : levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Solidarité, partage, et action de grâce sont des éléments du miracle et conduisent à celui permanent de l’Eucharistie, par lequel les chrétiens sont appelés à contribuer pour rendre toujours possible la présence de Jésus pour un développement intégral de l’homme et pour la paix dans le monde.

Le message est, une fois encore un message de gratuité – comme souligné aussi dans la première lecture – et s’oppose au désengagement des disciples qui prétendent renvoyer la foule. Manger est un art qui nous rend plus humain et nous ne pouvons pas le dissocier, si nous voulons bien vivre notre vie chrétienne, des engagements de tous les jours. Je ne me réfère pas au simple fait de manger, mais au fait de s’asseoir, se regarder en face, de se porter les uns les autres avec nos préoccupations et manger ensemble dans la joie et dans l’action de grâce pour le don reçu du créateur. La vraie nourriture n’est pas celle constituée de « grasses viandes et vins succulents » (Is 25, 6), mais celle des relations humaines.

Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.