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Temps Ordinaire

Dimanche - Année

Vers la fin de la nuit…

La parole de Dieu de ce dimanche nous propose des multiples images qui peuvent nous aider à méditer sur la réalité quotidienne de notre vie : la nuit, la quatrième heure (la fin de la nuit), la montagne, les eaux, le vent, … En ce temps de la pandémie, la nuit retient mon attention et me fait penser aux difficultés et moments de lutte que traversent des nombreuses personnes. La nôtre ne sera jamais une nuit de solitude, mais une nuit comblée d’une présence qui nous éclaire et nous sauve, d’une présence qui nous interprète les signes de temps et nous indique le chemin d’un vrai engagement.

La nuit est un moment de repos, un moment aux multiples préoccupations, … mais je crois que les préoccupations les plus troublant, sont celles du début d’une journée pour laquelle nous ne savons pas comment se passeront les choses, d’une journée qui s’annonce avec le vent contraire. C’était à la quatrième heure. La bonne nouvelle c’est que au milieu de nos luttes, nous ne sommes pas seuls. Il est là, Jésus. C’est lui qui nous inspire l’attitude à prendre et nous invite à devenir maîtres de nos propres vies, dans l’écoute confiante de sa parole. Dans la nuit ou dans les nuits de notre existence, nous sommes appelés à dépasser nos peurs et à lui faire confiance.

Entre peur et confiance !

Nous ne pouvons pas prétendre vivre une vie facile et sans aucun effort. Notre identité chrétienne nous invite à être réalistes et toujours attentifs pour ne pas sombrer et vivre d’illusions. Avec le geste que Jésus a posé précédemment en donnant à manger à plus de 5000 personne, il invitait ses disciples à ne pas se désengager face aux obstacles de la vie, face à la tentation de s’enfermer dans une attitude égoïste et exclusive. Le danger de reculer et de s’enfermer dans la peur n’est cependant pas loin de nous. Disons que la peur que les disciples manifestent face au vent contraire et à l’approche de Jésus a une raison d’être et est fondée. Ce qui n’est pas plutôt fondé, après avoir contemplé la manifestation du soir antérieur, c’est le manque de confiance.

Face au vent contraire, face aux préoccupations de la quatrième heure, face aux préoccupations de la fin de la nuit, nous pouvons avoir donc peur, mais sans sombrer et sans perdre confiance. Il est difficile de concilier la peur et la confiance. Sans faire tort à ce texte de l’Evangile, nous pouvons considérer que tout celui qui a peur c’est une personne fermée à la relation avec Dieu et avec les autres. Celui qui a peur, c’est une personne incapable de demander de l’aider, c’est une personne qui n’est sûr que d’elle-même.  Au contraire, la confiance à laquelle nous invite le texte, est une ouverture à la relation avec Dieu et avec les autres ; est une invitation à sortir de ses propres modes de voir et de concevoir les choses pour accepter la nouveauté qui nous vient de l’extérieur ; est une invitation à reconnaître ses limites et accepter que nul ne se sauve, mais que c’est Dieu qui nous sauve ; c’est une invitation à la collaboration et à la fraternité nouvelle.

Vers la fin de la nuit… Je nous invite à considérer aussi la rencontre et le renouvellement dans la foi jusqu’à l’union avec Dieu que nous propose Jean de la croix dans ses cantiques. Dans La nuit, il nous montre en effet comment une personne pourra se disposer pour arriver promptement à la divine union. Il nous marque le sentier pour savoir nous débarrasser de tout le temporel et demeurer en souveraine nudité et liberté d’esprit requise pour la divine union. L’évangéliste ne souligne pas une fin, mais un début d’une journée nouvelle. La nuit n’est donc pas une fin, c’est le moyen de parvenir à l’union. Dans la nuit, nous sommes invités à nous purger de tout ce qui nous embarrasse pour pouvoir nous remplir de Dieu.

Pour conclure, l’image de la nuit nous invite à un détachement et à une purification. Ce sont deux exercices qui nous invitent à revoir la qualité de nos relations, de notre entendement et de nos sentiments si nous voulons progresser. Ce détachement et cette purification ne pourront se réaliser que grâce à un amour meilleur et plus fort, celui de Dieu qui permet de vaincre les tentations en un acte d’amour, en un acte de confiance.

Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.