Temps Ordinaire
Le pain des enfants !
« Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux » ! Telle est l’exclamation de Jésus en présence d’une femme païenne, qui obtient le « pain des enfants ». C’est un épisode qui va à l’encontre de l’arrogance des pharisiens et scribes, à l’encontre du manque de foi des habitants de Nazareth et même à l’encontre de l’attitude de peu de foi des disciples. Le don de Dieu en effet est pour tout celui qui le demande avec confiance, et pas pour celui qui le prétend ou qui, au lieu de faire confiance, exige des signes.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires…
C’est suite au manque de foi que Jésus décide d’abandonner les régions de Tyr et de Sidon, et voilà que c’est aussi la foi qui fait sortir cette femme païenne de ces mêmes régions pour aller à sa rencontre. A en croire l’auteur, sa prière était d’une grande force, la force d’un cri, mais elle était aussi une prière pleine de sagesse et des paroles précises. Fondamentalement, elle implore la grâce et n’exige rien : Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Elle ne prétend rien, elle ne brandit aucun droit. Tout simplement elle demande un don à celui qui est tout, en reconnaissant en lui le Seigneur et le Messie.
Voici que nous pouvons dire avec cette femme de l’Evangile que seule la foi permet d’accéder au « pains des enfants ». Par la foi, la mission de Jésus ne se limites plus au seul peuple d’Israël, mais elle est destinée à tous. Dans ce dialogue entre Jésus et la femme cananéenne, avec quelques interventions des disciples ; la foi ouvre le chemin à l’intervention de Dieu au-delà de toute barrière culturelle. C’est une réalité que nous devons aussi intégrer dans notre situation actuelle faite de pluralisme culturel et religieux. C’est Dieu lui-même qui est intervenu pour surmonter la résistance de l’église primitive à l’égard des païens et c’est lui-même qui nous invite à faire le même pas encore aujourd’hui.
Nous sommes encore en face d’une réaction typique de la part des disciples, donnant ainsi à Jésus l’occasion de transmettre un nouvel enseignement. Dans ce dialogue, ceux-ci interviennent en disant : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris » ! Jésus profite donc de l’occasion pour stimuler la « jalousie » de ces fils qui n’ont pas encore reçu le pain qui leur est destiné et que les petits chiens par contre, et de par leur foi, désirent ardemment. Avant de se lancer dans le discours Jésus observe un moment de silence qui provoquera la réaction de ses disciples. Et même quand il commence à répondre, il choisit avec précision ses paroles. Tout cela pour faire participer les disciples à sa mission. C’est un devoir pour tout ce qui ont déjà reçu le don de le transmettre aux autres. Dieu parle au cœur de tous les hommes, mais il compte sur notre apport pour pouvoir atteindre l’intégralité de l’humanité avec un langage humain. C’est en cela que consiste aussi le scandale de l’incarnation qui est au centre de notre foi.
Renvoie-la !
La tentation de confisquer le Seigneur et de le garder pour nous-même est constante. Elle est aussi constante la tentation de l’exclusion. En présence des paroles et de l’action de Jésus, reconnaissons que la distinction entre petits chiens et fils est éliminée par la foi. Le même Abraham, père d’Israël, était païen, et devint héritier de la promesse et patriarche du nouveau peuple de Dieu par sa foi. En Jésus nous avons le messie promis et envoyé à Israël. Et à partir d’Israël il est accueilli comme lumière qui surgit pour éclairer toutes les nations. Il envoie ses disciples au monde entier. Sa mission de messie à l’égard de ses disciples est la même que ceux-ci doivent proposer à tous les peuples.
Jésus est venu pour faire la volonté de cette femme, qui coïncide aussi avec la volonté du Père des cieux : donner du pain à tous ses enfants. Le sens de notre vie, à partir de la mission de Jésus, ne consiste en rien d’autre qu’en la recherche de la volonté de Dieu. Avec toi et moi, la mission continue !

Mbula Gilbert sx
Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.
