Temps Ordinaire
CRISE D’IDENTITE !
Pour vous, qui suis-je ?
La foi est responsabilité, c’est-à-dire, capacité de donner une réponse au Seigneur quand il nous interpelle. C’est avec grande humilité que Jésus pose à ses disciples la question qui ouvre notre réflexion. En réalité, son intention est de les introduire dans son mystère. Il ne traverse en tout cas pas une crise d’identité. C’est plutôt l’identité des disciples qui est en jeu. Dans la question de Jésus nous pouvons observer et affirmer que « être reconnu est le désir fondamental de l’amour qui se révèle ». Etre disciple, en effet, consiste à donner une réponse personnelle à cette question de Jésus. Il ne s’agit pas de s’aligner derrière une idéologie ni une doctrine morale ; il s’agit de « mon » rapport personnel avec Jésus, « mon » Seigneur que j’aime comme lui-même m’aime (cf. Ga 2,20).
Si Jésus cherche d’abord à savoir ce que disent les gens à son sujet, et puis par la suite ce que disent les disciples, c’est une façon de dire que leur réponse ne doit pas être comme celle des autres. On ne peut pas être à la suite de Jésus et se contenter de ce que les autres racontent sur lui. Nous devons faire une expérience personnelle, expérimenter la présence de Jésus et son action dans notre existence. Nous ouvrir à ses appels et lui donner une réponse toujours nouvelles et renouvelées. Il s’agit bien d’une expérience profonde de foi qui nous ouvre aussi à la compréhension qui ne peut venir ni de la chair ni du sang, mais seul du Père qui révèle qui est le Fils.
Nous sommes à un tournant décisif de l’Evangile : finalement Pierre et ceux qui sont avec lui peuvent reconnaître en Jésus le Messie, le Fils de Dieu. A partir de ce moment, ils entrent dans la nuée de l’inconnaissance et peuvent faire véritablement une expérience d’amour. Dans cette expérience, ils peuvent aussi jouir d’une identité partant de l’acte de reconnaissance qui vient de se produire. C’est important souligner qu’il n’est pas question d’une connaissance, mais bien plus d’une reconnaissance.
De l’incompréhension à la reconnaissance
Reconnaître en Jésus le Christ et Fils de Dieu est au centre de la profession de Pierre. Mais du coup, cette reconnaissance produit ce qu’elle suppose : Pierre devient la pierre sur laquelle s’édifie la communauté de foi. A l’incompréhension précédemment expérimentée entre Jésus et ses disciples, il s’en suit une reconnaissance et donc une transformation aussi de la part des disciples. Ils doivent pourtant continuer à mûrir leurs convictions et leur expérience jusqu’au point de les transmettre aux autres. De la réponse de Pierre surgit un nouvel homme ; un homme qui participe au secret de Dieu. Il devra pourtant par la suite comprendre que le Christ n’est pas exactement celui dont il s’imagine en lui, c’est un Christ auquel il ne s’entend pas : le Christ ne peut pas se réduire ni à la chair ni au sang. Le Christ doit aller jusqu’au bout de sa mission en assumant toutes les contrariétés sur sa route.
Sortir de l’anonymat !
Les questions de Jésus nous invite à sortir de l’anonymat et à formuler clairement les réponses de notre foi. Ce sont les autres qui s’interrogeaient sur Jésus, et maintenant c’est lui qui interroge. La foi commence là où nous cessons de mettre Jésus en question, et acceptons que ce soit lui à nous mettre en question. Le vrai problème sur notre parcours n’est donc pas s’interroger sur Dieu ou interroger Dieu, mais nous laisser interroger par lui. En même temps que nous nous laissons interroger par Dieu, mettons-nous à l’œuvre pour lui donner une réponse créative et qui ne soit pas fruit d’une répétition mécanique.

Mbula Gilbert sx
Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.
