Temps Ordinaire
SPLENDEUR ET SAVEUR !
Le juste s’est levé dans les ténèbres.
Le passage antérieur à celui qui nous est proposé dans l’Evangile d’aujourd’hui nous a prouvé que le riche n’est pas celui qui jouit du plaisir, pouvoir et possession ; mais plutôt celui qui, jouissant de la foi, l’espérance et la charité, sait se confier, partager et collaborer. Dans ce sens, nous pouvons encore une fois affirmer que sont heureux ceux qui, sans compter sur leur propre intelligence ni sur leurs propres capacités, acceptent la vie avec ses hauts et ses bas et s’engagent avec sérénité à aller de l’avant, à lutter avec et pour le Christ, pour un monde meilleur : le même Christ nous invite à être « sel de la terre et lumière du monde ». Deux images qu’il utilise pour décrire la mission de ses disciples.
La lumière est l’une des images les plus utilisées dans la littérature du Nouveau Testament. Le Christ se présente comme lumière du monde, lumière qui resplendit dans les ténèbres, lumière qui éclaire tout celui qui vient en ce monde. Dans son enseignement et avec ses actes concrets, il le dit clairement et nous invite à faire trésors là où ni les mites ni les vers ne font de ravages, où les voleurs ne percent ni ne dérobent (cfr. Mt 6,20). C’est en cela aussi que consiste sa recommandation à chercher d’abord le Règne de Dieu et sa justice (cfr. Mt 6,33).
Le Christ ne se limite pas à nous faire des recommandations. Avec sa vie, il se fait lui-même lumière : il est né pauvre et a vécu toujours en se confiant ; il a dû se sauver en échappant ; il a vécu avec les siens faisant chemin avec eux et partageant la fatigue du travail au quotidien ; il a mangé et a bu avec eux ; il a expérimenté la fatigue et le poids du soleil et s’est dirigé au puits de la samaritaine pour se désaltérer ; il a eu compassion des misères humaines et s’en est fait charge avec la sensibilité d’une mère. Il a pris l’initiative de laver les pieds de ses disciples et les a invités à faire de même, leur ouvrant ainsi un vrai chemin de béatitude.
A la suite du Christ, tout chrétien est transformé par l’Esprit, du fait même du don et du mystère de son appel. Le Chrétien est celui qui, par définition, est avec le Christ, il apprend tout du Christ, ce qu’il doit dire et ce qu’il doit faire. Techniquement, il est aussi appelé « fidèle » parce que fidèle au Christ. Il doit ainsi s’assumer comme tel, s’identifier à la personne du Christ et assimiler le comportement, les goûts, les points de vue du Christ. Il doit devenir reflet de la lumière du Christ, le sel de la terre et la lumière du monde : un autre Christ dans le monde.[1] Elles sont nombreuses les fonctions de la lumière comme celles du sel. Jésus, ne se réfère pas à certaines en particulier, mais à toutes et les présentent comme une nécessité absolue.
Nous ne devons cependant pas perdre de vue que devenir sel de la terre et lumière du monde, est œuvre de Dieu, œuvre de sa grâce. Seul Dieu, dans sa volonté, l’accomplit chez les personnes et indépendamment de leurs mérites. Sans cela, il n’est ni saint ni ange pour pouvoir penser même à le désirer. Il agit en ce mode faisant ainsi voir sa miséricorde infinie à l’égard de chacun de nous. Attention donc à l’orgueil et soyons humble pour pouvoir savourer davantage l’action de Dieu en nous. Laissons-le agir en nous et nous conduire où il lui plait. Il s’agit, comme le dit l’auteur du nuage d’inconnaissance, de se faire aveugle et de rejeter tout désir et toute ambition de connaissance, lesquels bien plus nous font obstacles et ne nous aident pas dans la progression intérieure. Pour être véritablement sel de la terre et lumière du monde, il est plus que suffisant nous sentir mus et poussés par cette chose que nous ne savons pas quoi et dont nous ne savons rien. Nous devenons sel de la terre et lumière du monde dans la mesure où nous ne sommes pas occupés et sollicités par toutes les choses au-dessous de Dieu, et dans la mesure où cet élan soit directement dirigé vers Dieu. Etre sel de la terre, lumière du monde, c’est avoir ferme confiance en Dieu et Dieu seul ; laisser que ce soit lui à donner le ton à notre volonté et à nos désirs, pleinement par soi-même et non par des voies intermédiaires.[2]
On ne peut pas vivre sans lumière, de la même manière que l’on ne peut pas vivre sans sel. Comme pour toutes les choses précieuses de la vie, le sel et la lumière restent cachés, ne se font pas ressentir dans les apparences. Quand je dois décrire un panorama, je parle de ce que je vois, du profil des maisons et des montagnes, des arbres et des routes, mais sans jamais mentionner la lumière. Et pourtant c’est elle qui fait à ce que je puisse apercevoir toute chose. De même, quand nous décrivons une recette de cuisine, nous nous préoccupons de mentionner tous les ingrédients, mais souvent sans jamais faire mention du sel. Dans les métaphores du sel et de la lumière, nous nous rendons compte que ce sont deux réalités essentielles, mais en même temps cachées. Elles sont ainsi exposées à la tentation d’être oubliées et considérées comme sans importance. Ainsi la vie spirituelle. Elle est essentielle, mais exige une grande humilité. Souvent d’ailleurs, nous n’y accordons pas l’importance juste et nous nous perdons dans d’autres détails qui ne donnent pas la vraie saveur ni la vraie splendeur à notre vie. Bien que nous avons souligné qu’être sel de la terre et être lumière du monde ne dépendent pas de nous, nous les sommes par l’action de Dieu en nous ; nous sommes en même temps appelés à les devenir chaque jour par notre adhésion personnelle et notre fidélité dans les dynamiques de l’histoire.
[1] Cfr. Amato Dagnino, Le mie parole sono spirito e vita, Parma, MS, 2013, 33-34.
[2] Cfr. Anonimo del XIV Secolo, La nube della non-conoscenza, Milano, Ancora, 1997, 181-184.

Mbula Gilbert sx
Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.
