Temps Ordinaire
MINISTERE DE LA PRIERE ET UNION A DIEU
Le texte de Luc, en ce jour de la présentation au Temple conclut avec ces paroles qui nous indiquent un véritable itinéraire d’union à Dieu : « l’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui » (Lc 2,40). Ce sont des paroles à lire et à interpréter dans la logique de thèmes qui caractérisent et accompagnent le parcours entier du troisième évangéliste.
Un premier élément à prendre en considération est le thème du Temple : Jésus est présenté et offert au temple dès le jeune âge. Ce geste anticipe ainsi sa constante disponibilité et son don au Père, dans la recherche et la réalisation de sa volonté.
Un deuxième élément à considérer est la ville même de Jérusalem : Elle n’est pas à voir ici comme un lieu géographique, mais plutôt comme lieu du salut définitif, point d’arrivée du nouvel exode réalisé par Jésus.
En troisième lieu, nous devons considérer l’Esprit : Il est, dans l’évangile de Luc et dans les Actes, celui qui guide l’histoire du salut, le vrai protagoniste de chacun des moments de l’histoire, le vrai protagoniste des gestes et paroles de Siméon et d’Anne.
Enfin, pour compléter notre cadre, un élément à ne pas laisser de côté est justement la croix : l’enfant qui est présenté au temple est le même crucifié et ressuscité qui indique aux disciples et à Marie la voie de la croix, du sacrifice et du renoncement, pour entrer dans la vie qui jaillit de la Pâques.
Nous nous servons de ce cadre pour parler du ministère de la prière, que nous mettons, par la suite, en relation avec l’union à Dieu. Dans ce cadre nous sommes en présence de personnages et faits divers, mais la grande leçon nous semble celle du ministère de la prière, un travail long, dur et assidu. Si d’un côté Marie et Joseph se démontrent respectueux et dévots dans l’observation de la Loi ; Siméon et Anne sont, de l'autre, deux personnes avancées en âge et vouées à la prière et au jeûne. Nous pouvons logiquement déduire que c’est grâce à leur esprit fortement religieux qu’ils sont à mesure de reconnaitre le Messie et de proclamer les louanges de Dieu.
En ce sens, la présentation du Jésus au Temple est, entre autres, une journée pro orantibus, comme c’est le cas dans la présentation de Marie, à retenir comme jour d’action de grâce pour ceux qui se donnent à la prière, particulièrement pour ceux qui se consacrent dans la vie religieuse et contemplative. La prière et particulièrement la contemplation, en plus de la grande humilité qu’elle exige de tout celui qui entreprend l’itinéraire de grandir et de se fortifier dans la grâce de Dieu, suppose rejeter toutes les autres choses qui ne sont pas Dieu et s’engager sur le chemin des vertus, particulièrement de la charité. Celle- ci, elle n’est rien d’autre et ne doit signifier rien d’autre à notre entendement que l’amour de Dieu pour Lui-même par-dessus toutes créatures, et l’amour du prochain pour l’amour de Dieu même.[1]
Pour ce que nous pouvons observer chez Siméon et Anne, il est plus que clair que la prière et la contemplation ne sont jamais du temps perdu. De la même manière qu’elles ne peuvent pas être perçues comme une perte de temps, elles ne sont pas à concevoir comme un obstacle à la charité. Il y a du temps bien employé puisque passé en prière, en contemplation. Mais aussi, il n’existe pas de charité chrétienne qui ne soit pas fruit d’une solide vie intérieure. Celui qui prie et fait pénitence, comme c’est le cas chez Siméon et Anne, est ouvert au souffle de l’Esprit : il sera en mesure de reconnaître le Seigneur dans toutes les situations et circonstances de sa vie.
A la reconnaissance du Messie, leurs cœurs exultèrent de joie. La vie chrétienne et le même ministère de la prière n’ont pas d’autre finalité que celle de nous remplir de joie, dans une rencontre avec le Christ, qui commence ici sur terre, mais qui n’est pas encore définitive : il s’agit là du don et du mystère de notre union à Dieu. De Siméon et Anne à nous jours, nous pouvons dire que la vie chrétienne et l’union à Dieu ne peuvent se comprendre que mises ensemble dans une perspective de l’action de Dieu en nous. Dans le prolongement de nos sentiments et nos souhaits pro orantibus, nous n’avons pas de doute que les dynamiques de la vie chrétienne, à l’occurrence, les sacrements, les sacramentaux, les bonnes œuvres et l’engagement concrètes en société ne sont qu’une orientation vers la croissance dans l’union à Dieu. C’est en cela que consiste l’effort d’appliquer dans la vie concrète le mystère pascal du Christ,[2] partant du cadre que nous avons tracé au début et qui unifie l’ensemble de l’œuvre de l’évangéliste Luc.
L’union à Dieu, est l’horizon auquel nous sommes tous appelés, en tant que Chrétien. En relation avec la croissance ou le mystère pascal, elle comporte deux moments dynamiques. Un premier moment positif par lequel Jésus lui-même agit en nous pour nous porter à la vie d’union : « je suis venu pour que vous ayez la vie, et que vous l’ayez en abondance » (Jn 10,10) ; « demeurer en moi e moi en vous… Celui qui demeure en moi et moi en lui, porte beaucoup de fruits » (Jn 15,4-5). Un deuxième moment, dynamique-négatif, est de l’ordre de la purification et peut être déterminé par ces expressions bibliques : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu'il me suive » (Mt 16,24) ; « …quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut être mon disciple » (Lc 14,33) ; il faut « vous dépouiller du vieil homme qui se corrompt sous l'effet des convoitises trompeuses » (Eph 4,22). C’est à ce moment dynamique que nous nous référons pour parler du « travail long, dur et assidu de l’ascèse et de la purification ».[3] Le travail de purification en vue de l’union à Dieu, c’est comme précisément planter un arbre. L’arbre, en effet, on ne peut pas le construire. On ne peut que le planter, le soigner et attendre patiemment qu’il arrive à la maturité. On peut tout au plus faire en sorte qu’il grandisse un peu plus rapidement : la progressive croissance dans le capital de la grâce et de l’amour est directement proportionnelle au détachement à soi et aux créatures.[4]
De ce long et assidu travail de purification parle le Concile Vatican II, pour qualifier la vie chrétienne et le chemin vers l’union à Dieu :
À travers les formes diverses de vie et les charges différentes, il n’y a qu’une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble et chargé de sa croix, pour mériter de devenir participants de sa gloire. Chacun doit inlassablement avancer, selon ses propres dons et fonctions, par la voie d’une foi vivante, génératrice d’espérance et ouvrière de charité.[5]
Et encore :
Un dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l’histoire des hommes ; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l’a dit jusqu’au dernier jour. Engagé dans cette bataille, l’homme doit sans cesse combattre pour s’attacher au bien ; et ce n’est qu’au prix de grands efforts, avec la grâce de Dieu, qu’il parvient à réaliser son unité intérieure.[6]
La pratique de l’ascèse et la recherche de la purification font sortir l’homme de soi-même et des passions désordonnées à l’égard des créatures. En vue donc de l’union à Dieu, le chrétien s’engage à vivre le détachement de biens et proclame ainsi Dieu comme son unique bien. Seul qui trouve cet unique bien peut dire avec Siméon « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël ». Tout programme de vie chrétienne doit être centré sur le mystère pascal du Christ, spécialement sur le mystère eucharistique du corps consacré et du sang versé pour la vie. Il s’agit d’une tentative, sans aucune prétention, de vivre une vie simple, claire, sans ambigüité et sûre (parce que non fondée sur les fausses victoires de ce monde, comme nous l’avons dit ailleurs).
Fort de la conviction que sa vie est Christ (cf. Phil 1,21) et que ce n’est plus lui qui vit, mais le Christ qui vit en lui (cf. Gal 2,20), le chrétien fait l’effort de participer à l’Eucharistie comme action présente d’union : posant le même geste de Jésus, et mettant de côté son égoïsme pour mettre sa vie à la disposition des autres. Conscient de la transformation qui découle de toute eucharistie, vécue dans l’authenticité, il fait l’effort de grandir dans la communion avec les frères, actualisant les gestes de Jésus dans le concret de la vie et selon les exigences spatio-temporelles. Tout en grandissant dans la grâce, il fait tout pour ne rien laisser de côté qui puisse entraver la cohérence eucharistique, à travers un travail continu de purification.
Les chrétiens vivent dans le monde, mais ne doivent pas se conformer au monde. L’effort de purification, en vue de l’union à Dieu, est un élément qui nous aide à comprendre ce que signifie exactement vivre dans ce monde comme dans une terre d’exil. La purification chrétienne se concrétisent dans une conversion continue et une lutte pour se surmonter en soi-même les limites, le règne du péché (cf. Rm 6,12). La fin de tout, nous dit Saint Jean de la Croix, est l’amour.[7] Dans cette célébration du ministère de la prière, nous accueillons le Seigneur Jésus comme Lumière qui éclaire en profondeur toutes nos situations d’ambiguïté et d’obscurité, et rend possible notre union à Dieu.
[1] Cf. Le Nuage d’inconnaissance, Chap. 24.
[2] Cf. Amato Dagnino, La vita cristiana, Milano, Paoline, 1968, 761.
[3] Dagnino, La vita cristiana, 760.
[4] Cf. Dagnino, La vita cristiana, 760.
[5] Concile Vatican II, Lumen gentium, 41.
[6] Concile Vatican II, Gaudium et spes, 41
[7] Saint Jean de la Croix, Cantique, 38.

Mbula Gilbert sx
Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.
