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LE MARIAGE CHEZ LES BASHI DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO


Les Bashi c’est un peuple agropastoral de l’Est de la République Démocratique du Congo. Ils sont au Sud-Kivu où ils occupent deux territoires : Le territoire de Kabare et celui de Ngweshe. Le mot « bushi » exprime tous les éléments qui entrent en jeu dans la coutume des Bashi. De ces éléments nous parlons du mariage.

 Chez les Bashi, le mariage est compris comme une union entre deux personnes de sexe différents : un homme et une femme, dans le but d’accroître la famille. C’est-à-dire le premier résultat attendu du mariage c’est la procréation. Il faut engendrer puisque l’enfant est une richesse familiale au bushi.

Le mariage est une valeur sociétale au bushi, en ce sens qu’il est un acte d’unité. Il génère l’amitié et une alliance forte entre deux familles, deux clans ou deux tribus. C’est aussi un moyen incontournable et très efficace dans la réconciliation sociale, non seulement au bushi mais aussi dans toutes les sociétés africaines.

Les éléments de grande valeur dans le mariage des Bashi :

Abahya c’est-à-dire l’époux-épouse

Bàmânina c’est-à-dire les deux belles familles

E ngulo : La dot qui est un élément charnière de toutes les célébrations culturelles dans le mariage des Bashi et qui suscite beaucoup de questions suite à la terminologie qui l’identifie et la conception culturelle de sa valeur.

Jetons un regard rétrospectif sur l’évolution du mariage au Bushi.

Dans le Bushi traditionnel un peu plus reculé, le choix du conjoint ou de la conjointe n’était pas à sa libre guise. Cela a toujours été considéré comme responsabilité des parents, surtout le père du jeune nubile. Conçu comme signe très fort d’une alliance durable, deux parents pouvaient se mettre d’accord de marier leurs enfants pour renforcer leur amitié ou dans un cadre de réconciliation. Les jeunes devraient l’accepter comme devoir social à accomplir ; le libre choix étant limité.

Le changement est intervenu au fil du temps. Progressivement les démarches appelées « bushebanyi » (du verbe kusheba signifiant courtiser ou faire la cour), ont été laissées à l’initiative des jeunes nubiles. Dès lors, il y a une ouverture matrimoniale des Bashi à d’autres cultures voisines comme les Barega, les Bafulero, les Banyarwanda du Rwanda, etc. Un mushi peut marier une muregakazi ou femme lega, une mushikazi ou femme mushi peut se marier à un mufulero, un muhunde, etc. Tout cela dans le respect de la culture de l’un et de l’autre.

La dot au bushi

Chez les Bashi la dot est appelée ngulo. Ce nom dérive du verbe kugula signifiant acheter. Peut-on dire que la dot est un achat de la femme au bushi ?

Loin de toute dépravation de son sens et de sa valeur, le ngulo n’a pas une connotation commerciale puisqu’il ne signifie pas citwiro qui veut dire « prix à payer ». Le ngulo est avant tout un éminent cadeau à la belle-famille. Un proverbe illustre cela : « Ehirhenga ebukwi erhi nangulo ». Il veut dire littéralement que tout don provenant de la belle-famille serait une dot.

En plus, la discussion d’une dot au bushi ne s’appelle pas kugereka qui signifie « marchander ou discuter un prix ». Elle s’appelle plutôt kutw’engulo qui veut dire préciser la dot.

Cependant, il arrive que le mariage n’ait pas lieu puisqu’il n’y a pas eu d’accord lors de la discussion de la dot. La cause peut être soit une sensibilité subjective familiale ou éthique ou encore une dot jugée minimale. Cela voudrait tout simplement dire que la dot proposée ne traduit pas l’estimable respect prétendu entre les deux familles.

La discussion de la dot

Après une période estimable appelée « kushebana » c’est-à-dire parcours d’amitié et de séduction durant laquelle les deux jeunes apprennent à se connaître, ils peuvent prendre la décision de vivre ensemble et de former une famille. Ainsi, le jeune garçon mettra ses parents au courant pour aller négocier et préciser la dot chez la fille. Cette cérémonie se passe au domicile de la fille. Après que celle-ci ait présenté son fiancé à ses parents, le jeune garçon enverra les « bashamuka » ou responsables estimés de la famille pour discuter, négocier et préciser la dot.

Le dialogue ou « ijambo » est très imagé et le décodage est réservé aux initiés. Par exemple après la salutation et l’accueil « rhwamalamusa hano mwa fulani » : (Nous saluons ici chez tel) ; le discours commence souvent par :

La famille du garçon : « Rhuishire duhula oku muliro hanola » (Nous venons retirer un peu de votre feu ici)

La famille de la fille : « Omuliro gurhadahulwa buzira bukere » (On ne retire pas du feu sans paille). Cela veut dire que la famille du garçon doit maintenant annoncer en qualité et en quantité la dot à offrir. Notons que les Bashi étant un peuple agropastoral, la dot se discute en vaches. Une ou deux selon l’accord. Après un commun accord entre les deux familles, tout le monde acclame à l’unanimité avec des cris de joie et la fille peut maintenant venir se présenter et saluer sa future belle-famille.

Quelques règles à suivre :

La famille du garçon ne se rend pas à la belle-famille « ebukwi » sans vin traditionnel «manvu, kasigisi »

Les jeunes fiancés ne doivent pas être présents au moment de la discussion de la dot

La fille ne doit pas se laisser voir avant l’accord de deux familles, jusqu’à ce qu’on l’appelle

S’il n’y a pas accord, les invités ne mangent pas et partent sans dire au revoir espérant une possibilité d’être rappelés

Les invités ne doivent manger ni boire avant de voir la jeune fille

La remise de la dot

Comme indiqué ci-haut, la dot au bushi doit être une vache pas un bœuf. Par ailleurs, suite à beaucoup de facteurs qui «dépastoralisent» petit à petit le peuple Bashi comme par exemple le manque de pâturage, la dot ou les vaches à donner peuvent s’estimer en somme d’argent.

La cérémonie :

Si la dot est une vache en nature, c’est-à-dire non estimée en argent, on allume le feu dans la cour, on l’accueille aux sons de la trompette et des cris de joie. On doit ensuite la frapper un peu pour qu’elle meugle deux à trois fois. Tout cela exprime la communion avec les esprits des ancêtres.

Dans cette rencontre les deux jeunes fiancés sont présents : Ils tiennent un van sur lequel les parents du garçon déposent une corde, symbole de la vache, la fille apporte cet ensemble à ces parents. Ceux-ci ensuite tiennent la main de leur fille et la passent aux parents du garçon qui à leur tour donnent la fille à leur fils en disant : « tu nous as affirmé que tu es déjà capable de te bâtir un foyer et nous as envoyés te chercher une femme chez tel ( en citant le nom du papa de la fille), voici nous t’apportons la femme ». A la fin font suivre les paroles de bénédictions : « Mwana wama shamuka, mujage omumwinyu muburhe karhabana, muburhe kanyere, muyololoke munaberwe »

Après ce temps l’assemblée peut acclamer, pousser des cris de joie, danser et boire de la bière.

A ce stade, le mariage proprement traditionnel est conclu le couple peut être accompagné en chansons et en danses dans leur foyer. Cependant, les Bashi étant un peuple foncièrement religieux, vu leur accueil réservé au christianisme, ils ne s’arrêtent pas au niveau du mariage coutumier. Les jeunes époux, après l’inscription du mariage à l’Etat civil, passent à la bénédiction religieuse du mariage avant de cohabiter.2

Les éléments qui doivent accompagner la dot :

Trois chèvres dénommées «eya nakasha»: Chèvre du père, «ey’embali» chèvre pour la mère et «nakangere» chèvre ou brebis qui accompagne la vache au pâturage.

Le pagne appelé «iyora» pour les deux mamans et dans certains cas une veste pour le papa

Deux houes qu’on donne aux tantes de la fille

Une poule que la famille de la fille donne comme cadeau au berger qui gardait la vache

Enfin, comme nous l’avons exposé ci-haut, la dot au bushi est un cadeau, un symbole d’alliance entre les deux belles-familles. Cela dit, dans le cas où une fille a été dotée d’une vache en nature, le beau-père devrait donner le deuxième veau de cette vache à son gendre. N’est-ce pas là une bonne manière de consolider les relations interfamiliales et matrimoniales?

En définitive, nous venons de présenter brièvement dans cet article les étapes essentielles du déroulement du mariage dans la culture des Bashi de l’Est de la République Démocratique du Congo. Les valeurs et les pratiques mises en exergue constituent encore aujourd’hui une contribution à la vie matrimoniale mondiale qui traverse plusieurs crises (divorces précipitées, familles monoparentales, mariage à durée déterminée, etc.). Que ces pratiques culturelles matrimoniales chez les Bashi aident alors à affermir la vie en famille, socle de toute société.