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Temps de l’Avent

Dimanche - Année

CONVERTISSEZ-VOUS…

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3, 1-12).

Le texte liturgique de ce deuxième dimanche de l’Avent nous propose la prédication de Jean Baptiste. Son discours – assez osé – peut se résumer en un mot-clé : « convertissez-vous… ». Nous connaissons bien le sens du mot conversion – surtout dans la réalité culturelle du publique auquel a à faire Jean Baptiste. C’est au fond une transformation radicale, qui implique un changement du cœur, un changement intérieur – dans la manière de penser, de juger et de percevoir – et qui va jusqu’à une adhésion de foi.

Se convertir implique un changement de mentalité, une profonde transformation – intérieure comme extérieure. Nous pensons, jugeons, et faisons des choix toujours en fonction d’une certaine mentalité. En fonction de cette mentalité déterminée, nous nous faisons aussi des habitudes en matière de sport, politique, famille, affaires, art, … D’une manière ou d’une autre, nous nous faisons des références et nous maintenons tout sous contrôle. Une fois que nous nous sommes formés une mentalité, difficilement nous sommes disposés à changer. Nous avons peur, nous ne voulons pas perdre le contrôle, face au changement.

Le changement, en effet, fait peur – produit une insécurité – puisqu’il agit sur nous parfois, avec agressivité. La conversion dont il est question dans la prédication de Jean Baptiste, n’est pas seulement question de changement. Il s’agit aussi d’un abandon dans les mains de quelqu’un d’autre : il s’agit d’une transformation, d’un abandon à Dieu comme nouveau centre de gravité, nouvelle référence pour mes pensées, mes jugements et mes choix. Nous n’avons plus à nous centrer, de manière égoïste, sur nous-mêmes ; mais laisser que Dieu agisse en nous.

Sans perdre de vue sur la perspective du changement, notre conversion – avec un regard intérieur – je vous invite à l’expérimenter comme une transformation[1] : l’invitation est celle d’entrer dans la logique de l’illogique, du paradoxale et de non-évidence aux yeux de l’homme, dans la logique de la folie aux yeux du monde – dans la logique de la connaissance par amour que nous avons présenté ailleurs avec les guides et maîtres de la spiritualité.[2] Si le changement produit de l’insécurité et comporte un élément d’agressivité, contrairement à celle-ci, la transformation assure une tendresse et une discrétion. La transformation équivaut à dire : je m’apprécie comme je suis, mais je suis conscient que je ne suis pas encore arrivé à être celui que je dois être – par nature – ou je ne suis pas encore arrivé où je suis appelé à arriver. Dans la transformation, pendant que je reste ouvert à l’action de Dieu, je deviens pleinement moi-même, toujours meilleur – par rapport et en fonction de mon être unique et irrépétible. Vivre la conversion dans la perspective de la transformation, implique s’ouvrir à une spiritualité qui ne prétend pas avoir sous contrôle toutes les défaillances et les faiblesses humaines, au point d’éviter la moindre chute. Par contre, elle alimente en nous une confiance en Dieu qui veut agir en nous et nous transformer, de sorte que sa lumière et sa gloire puissent se manifester au mieux dans nos vies.

La toute première voie de transformation consiste à s’abandonner à Dieu, mais elle est œuvre de Dieu et ne peut s’opérer qu’en tant qu’irruption de Dieu dans ma réalité. Ceci n’exclut donc pas, de ma part, un effort – une disponibilité – comme on venait de le dire et voilà pourquoi : je dois faire deux mille pas avec celui qui m’en exige deux cents, je dois aussi la tunique à celui qui me demande le manteau ; voilà pourquoi ma droite ne dois pas savoir ce que fait ma gauche ; voilà pourquoi je dois saluer aussi celui qui ne me salue pas, aimer celui qui ne m’estime pas, … En un mot : je dois être parfait comme le Père qui est dans les cieux est parfait – lui qui fait pleuvoir sur les bons et sur les méchants.  

Il n’est pas donc facile de se convertir ! Mais c’est juste en ce moment précis, quand l’homme n’a plus d’autre choix que de s’abandonner, qu’entre en action l’Esprit du Christ pour arracher le « cœur de pierre » et le remplacer par un « cœur en chair ». L’effort de la conversion peut sembler au-delà de nos capacités, mais l’Esprit nous vient toujours en aide : la conversion est don. Elle est une grâce de l’Esprit, c’est lui qui nous convertit.

 

[1] Pour le concept de transformation, nous nous référons à : Anselm Grun, Trasformazione. La vita cristiana per cambiare se stessi, Milano, San Poalo, 2018.

[2] Au sujet de la connaissance par amour, nous pouvons encore faire référence au p. Dagnino disait : « … c’est un horizon assez difficile à atteindre : il a pour objet des biens et des valeurs invisibles. Tant qu’il s’agit de contempler un couché du soleil, d’écouter une symphonie ou de déguster un repas, il n’y a pas de problème… » (Cf. Amato Dagnino, Ditelo nella luce. Spiritualità dell’apostolo, Milano, Edizioni Paoline, 1987, 25).

Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.