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Temps de l’Avent

Dimanche - Année

PROPHETE HUMBLE ET INVISIBLE

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11,2)

Jean-Baptiste nous est présenté dans l’Evangile selon Matthieu comme « le » prophète – idéal du prophète. Il est reconnu comme tel, pas pour la prédiction du futur, mais plutôt en tant qu’il « parle au nom de Dieu » et « envoyé par Dieu ». La vocation de Jean-Baptiste était celle de préparer l’arrivée du Christ ; et c’est le même Christ qui le qualifie de prophète : « Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète ».

Tous les chrétiens avons, pas seulement le droit mais aussi le devoir d’être « prophète », parler de Dieu, puisqu’envoyés par lui-même. A travers les sacrements de l’initiation chrétienne nous participons pleinement à la triple mission du Christ – prêtre, prophète et roi. Tout baptisé, nous enseigne le Concile Vatican II, en vertu de dons reçus dans les sacrements du baptême-communion-confirmation, devient témoin et instrument efficace de la mission même de l’Eglise.[1]

La transformation (concept et réalité déjà expliqué dans un autre de nos textes) qui découle de la vive participation au sacrement de l’Eucharistie fait du chrétien un témoin et un apôtre. Nous ne pouvons pas proclamer en bonne et due forme : « je crois ! » sans pour autant l’associer à un « nous croyons ». C’est en ce terme que nous voulons mettre en exergue la responsabilité sociale des nos actes : Il n’existe pas, en effet, une bonne action ou mauvaise action qui soit bonne ou mauvaise « seulement » pour qui la pose et qui ne le soit pas aussi pour le prochain.

Cette façon de voir les choses découle d’une vérité de foi : celle du Corps mystique du Christ – que nous formons – la communion des Saints. Au sein de ce corps, il n’y a pas d’action ou de prière, même faite en privé, qui ne soit pas ressentie par « tout » le corps. Aux côtés les uns des autres, les chrétiens ne sont pas comme des vases hermétiques et étanches, mais plutôt des vases communicants. Nous n’allons pas vers Dieu dans une marche solitaire. Notre Dieu, ne nous reçoit pas sans nos frères. C’est lui, nous marchons tous ensemble, pris main dans la main avec nos frères, mystérieusement, invisiblement et puissamment. Avec ces trois concepts, nous mettons encore un accent sur l’action de Dieu en nous, son assistance et son illumination dans nos efforts de chaque jour, même les plus humbles.

Dans la responsabilité – prophétique et fraternelle – que nous avons à réaliser au quotidien, il important donc nous soutenir, nous encourager et nous réconforter mutuellement. Il s’agit là d’une invitation à être chaque jour attentif – en famille, à l’école, au travail, au sport, sur la route, … – aux gestes des innombrables personnes, à mon avis, que se dépense dans l’anonymat pour un service noble et en faveur de leurs frères. Personne ne devrait considérer sa vie comme inutile ou insignifiante – tout simplement parce qu’il réalise un service humble – mais tous devons savoir que c’est cela aussi une manière de contribuer et d’exercer notre responsabilité sociale.

L’action de Jean-Baptiste, sans trop de visibilité, fait de lui le plus grand parmi les hommes, parmi ceux qui sont nés d’une femme. Notre connaissance de Dieu – dans la vie spirituelle – est toujours dynamique, ne l’oublions pas. Elle ne sera jamais objective ou subjective, mais toujours relationnelle. Quelle prophétie, quel prophète ? Pendant que nous contemplons la figure de Jean Baptiste, je vous laisser avec la saveur des noces spirituelles – parole du grand mystique Rusbroek – pour un engagement dans notre monde : « L’homme veut parvenir à l’union de Dieu à Dieu, doit s’exercer, non seulement à une bonne conduite de vie, mais aussi alla justice ».[2] Le chrétien, au-delà des vertus théologales de foi, espérance et charité, est exhorté à imiter le maître dans l’humilité et une vie juste, dans la piété, l’honnêteté et la lutte contre tout ce qui avilit l’humain.

 

[1] Cfr. Concile Vatican II, Lumen Gentium, 34-36.

[2] Cfr. Giovanni Ruusbroec, Le nozze spirituali, libro I.

Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.