Temps de l’Avent
FOI ET SILENCE
À vous qui êtes appelés à être saints...
C’est avec des expressions claires et essentielles que Matthieu nous raconte – dans la simplicité – la naissance de Jésus-Christ. Humilité, pauvreté et détachement sont sans doute au rendez-vous de toute la période de Noël – et sont des orientations pour la concrétisation d’une vie authentiquement chrétienne, de façon totale et radicale, dans le quotidien.
Nous voulons cependant, en plus du climat de simplicité qui accompagnent le récit qui nous annonce la naissance du Christ, mettre en évidence « la foi et le silence » de Joseph : Le silence de Joseph est un signe de force, de travail intérieur, de maîtrise de soi et des situations. Son silence est signe de foi. L’annonce de la venue du Seigneur qui domine la période de l’Avent, devient, en ces jours, annonce de l’incarnation, de la venue du Seigneur dans notre humanité – annonce faite dans la prophétie d’Isaïe et dans l’annonce angélique à Joseph : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus » (Mt 1, 20-21).
L’annonce de l’ange à Joseph est une annonce qui exige de lui foi et obéissance. Joseph a cru et a obéi : dans son attitude, nous pouvons établir un rapport particulier entre foi et obéissance. Nous pouvons même dire qu’en lui : « la foi n’est rien d’autre qu’obéir et obéir équivaut à croire ». La foi et l’obéissance de Joseph laissent transparaître une force, un travail intérieur et une maîtrise qui se traduisent en un silence : c’est un silence qui perce pour trouver la lumière dans l’obscurité. Voilà pourquoi Joseph ne peut pas reculer ou succomber face à la crise. En effet, la grossesse de Marie met en crise tout le projet qu’il venait de concevoir avec elle. Cependant, il va de l’avant, après le moment de doute qui se dissipe avec l’annonce de l’ange. Il se laisse transformer, il laisse transformer l’obscurité de son cœur par la lumière qui vient éclairer le monde : le salut de Dieu. Le texte biblique nous rassure ainsi qu’il n’y a pas de situation humaine – pour plus douloureuse qu’elle soit – qui ne puisse pas devenir une ouverture au salut, une occasion pour se sanctifier.
Joseph n’abandonne pas Marie, il ne l’expose pas publiquement ; il choisit plutôt une autre voie de solution : la voie de la justice. « Il prit chez lui son épouse ». Son silence devient un silence du « juste » : un silence qui honore l’image de Dieu qui est en l’homme – créancier ou débiteur, saint ou pécheur.
Dans la foi et le silence, le scandale devient révélation, la contradiction devient occasion d’obéissance à Dieu et de la réalisation de son œuvre du salut. La foi et le silence ne repoussent ni ne chassent personne, la foi et le silence ne condamne personne. Au contraire, elles accueillent, prennent en charge et offrent la compréhension.
La foi e le silence… voilà là un chemin intérieur, sur les pas de Joseph, pour une Noël incarnée, chacun dans la situation qui est la sienne. Je fais souvent référence à ces paroles de Saint Augustin, et aujourd’hui elles peuvent nous être encore de grande utilité : « Tu nous a créés pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi ».[1] La foi et le silence auxquelles nous avons fait allusion ne sont pas au-dehors de notre être humain. Elles y habitent, car l’Esprit Saint qui est en chacun de nous, nous inspire et nous projette vers ces attitudes nécessaires pour nos itinéraires spirituels – itinéraires vers Dieu. Reposer en lui, n’est pas le résultat de quelques heures, d’un jour ou d’un mois. C’est le résultat d’un travail constant et habituel :
- D’une confiance en lui et une persévérance ;
- D’une découverte de la simplicité et de l’humilité ;
- D’une découverte de sa propre pauvreté et besoin d’un autre (notre créaturalité) ;
- D’une purification (prière et ascèse).
- D’un courage dans l’action (notre imperfection ne doit pas constituer pour nous un obstacle pour agir, lutter et changer la situation tout autour de nous).
« A ma pauvre fontaine, s’approchent des hommes de toutes races. Mon rôle est celui de donner l’eau à tous » (Jean XXIII, pape).
[1] Saint Augustin, Confessions, 1, 1, 1.

Mbula Gilbert sx
Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.
