Temps de l’Avent
LA PSYCHOLOGIE DE L’ATTENTE.
Veillez pour être prêts.
Nous sommes arrivés à la période de l’Avent, période dite – tout comme le Carême – « temps fort » car ce sont deux moments qui nous préparent à vivre deux événements fondamentaux de notre histoire du salut : la naissance de Jésus-Christ (pour ce qui est de l’Avent), et la résurrection du Christ (pour le Carême).
Au cours de 4 dimanches qui précèdent Noël, la liturgie nous propose deux réflexions fondamentales :
- La préparation à la « venue » ou Avent du Christ – au terme de notre pèlerinage sur terre ;
- La préparation à la naissance de Jésus-Christ en ce temps présent.
Au premier dimanche nous sommes invités à réfléchir sur l’Avent – la venue – et la rencontre avec le Christ, au moment où il viendra nous prendre avec lui, à l’heure de notre mort. C’est en effet, un événement important et décisif. Voilà pourquoi Matthieu nous exhorte à une attente et une attention vigilante.
Le chrétien, par définition – au moins dans une perspective biblique – est « celui qui est en attente ». Il est en attente du « jour du Seigneur » ou du « retour glorieux du Christ ».
Nous devons bien comprendre la profondeur de ce terme « attente ». Comprendre la psychologie de celui qui est en attente – naturellement l’objet d’attente doit être un évènement fondamental et décisif. La charge psychologique et la tension deviennent alors intenses. Que ce soit la mémoire, l’intelligence, la volonté ; tous trois gravitent autour de l’objet d’attente. Imaginons-nous l’attitude d’une mère qui est concentrée sur l’analyse du radiologue qui doit lui donner une sentence de mort ou de vie – ou encore un condamné à mort qui attend impatiemment la possibilité de recevoir une grâce.
Si l’intensité et la tension de l’attente – selon Amato Dagnino – sont spasmodiques s’agissant des événements qui naissent-et-durent-à-peine-un-instant-et-passent, à l’instar d’une séquence cinématographique ; nous ne pouvons pas nous imaginer l’intensité et la tension que doit avoir l’attente du retour du Christ (puisqu’elles dépassent toute mesure).[1] Si l’attention et les préparatifs de l’arrivée d’un ami ou d’un invité de marque nous mettent en mouvement, combien devrions-nous l’être encore pour la préparation de l’avènement de la rencontre avec le Christ !
Veillez ! Nous dit Jésus. Si le maître avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé. Même ici, l’intensité de la vigilance peut être indiquée avec l’image d’une mère qui « veille » sur le sort de ses enfants, de sa famille : ce sont eux le centre de gravité, son unique et constante préoccupation, sa pensée dominante. Notre tension en veille doit être maximale, totale et constante. On n’expose jamais au risque les personnes ni les biens auxquels on tient beaucoup. La mère n’expose jamais ses fils au risque.
D’où vient alors le fait que nous y succombons continuellement ? Nous osons répondre avec les sentiments de qui a fait la résolution de suivre le Christ de façon totale et parfaite – dans la vie active[2] et jusqu’à arriver au somment de la vie contemplative[3]– par la grâce de Dieu : Nous sommes souvent portés à négliger, à oublier ou à nous fatiguer parce que, très probablement, nous n’avons pas encore fait le pas de taire en nous les événements visibles et sensibles. Ceux-ci sont plus faciles et immédiats, constants à nos yeux et plus impressionnants – voire même agressifs – plus que ceux invisibles. Nous devons, et faisant nôtres les paroles de l’auteur de « Le nuage de l’inconnaissance », regarder de l’avant et oublier ce que nous avons laissé derrière nous. Chercher avec humilité ce qui nous manque et pas ce que nous avons déjà (…) Dieu est toujours prêt et est toujours à notre attente. C’est à nous de montrer nos dispositions.[4] Eh oui ! La répétition est la mère de la science – aussi de la science de l’amour – et c’est pourquoi quelqu’un doit nous répéter continuellement le refrain de Dieu à son peuple : Rappelle-toi Israël ! Chaque fois que nous sommes victimes de l’avoir-pouvoir-plaisir, rappelons-nous qu’il y a un vrai amour qui est en attente.
[1] Cfr. A. Dagnino, Le mie parole sono spirito e vita, Parma, MS, 2013, 11-12.
[2] La doctrine spirituelle parle de vie active en deux manières : a) pour indiquer la vie dédiée à la réalisation d’œuvres extérieures (travail, responsabilités familiales et sociales, œuvres de miséricordes et d’apostolat). b) pour indiquer le travail intérieur de purification et perfectionnement morale – et qui conduit à la contemplation à travers la pratique des vertus (ascèse) et la prière.
[3] La contemplation par contre – dans le langage de la mystique – se réfère à la grâce spéciale du mariage spirituelle qui est don de Dieu. Il est question de se livrer complètement à l’action de Dieu.
[4] Cfr. Anonimo del XIV Secolo, La nube della non-conoscenza, Milano, Ancora, 2003, 119-120.

Mbula Gilbert sx
Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.
