Temps Ordinaire
L’UNIVERS ET SES BEAUTES (…)
Solennité du Christ Roi de l’Univers (C).
« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ».
Nous voici arrivés au dernier dimanche de l’année liturgique, à la grande solennité de Jésus-Christ, Roi de l’Univers. Tout de suite saute aux yeux la spécificité de sa royauté : il est en croix. Lui le dominateur absolu, lui le vainqueur sur toute recherche du pouvoir, de l’avoir et du plaisir. Sans doute il n’est pas comme les rois selon l’échelle des valeurs des hommes qui eux, même quand ils se considèrent vainqueurs, sont des vrais esclaves.
L’idée de l’univers est aussi une invitation à contempler l’immensité de notre être, la beauté et la profondeur de la vie, la complexité du réel, l’origine et la finalité mystique de nos parcours, de nos rencontres. De tout cela, il est le « Roi ». Le Christ n’est pas seulement Roi de l’homme, mais de tout le cosmos. Il n’a pas, en effet, sauvé seulement l’homme, mais la réalité toute entière. Il est le sommet et est au sommet de tout ce qui existe. C’est celle-là l’idée de l’appellation « Roi de l’Univers ». Avec son Evangile, il doit donc régner sur l’activité tout entière de l’homme : la famille, l’école, le travail, l’organisation politique, le tourisme et même le temps libre. Il est « la » valeur absolue.
Le Pape Paul VI (Saint), au soir de sa mort, quand il pressent que la fin arrive, il salue l’Eglise et le monde en ces termes que nous proposons seulement en partie :
« (…) Ces considérations évidentes sur le caractère précaire de la vie temporelle et sur la venue inévitable et toujours plus proche de sa fin s'imposent. Il ne serait pas sage de s'aveugler devant ce destin inéluctable devant la ruine désastreuse qu'il entraîne avec lui, devant la mystérieuse métamorphose qui ne va pas tarder à s'accomplir dans mon être, devant ce qui se prépare.
Je vois que la considération qui prévaut devient extrêmement personnelle : moi, qui suis-je ? que reste-t-il de moi ? où vais-je ? et, de ce fait, extrêmement morale : que dois-je faire ? quelles sont mes responsabilités ? et je vois aussi que par rapport à la vie présente, il est absolument vain d'avoir des espérances ; par rapport à elle, on a des devoirs et des expectatives fonctionnelles et momentanées ; les espérances sont pour l'au-delà.
Voici : il me plairait, sur la fin, d'être dans la lumière. D'habitude lorsqu'elle n'est pas assombrie par des infirmités, la fin de la vie possède sa propre clarté un peu voilée, celle des souvenirs, si beaux, si attirants, si nostalgiques et si clairs désormais pour révéler leur passé irrécupérable et pour railler leur rappel désespéré. Il y a la lumière qui dévoile la désillusion d'une vie fondée sur des biens éphémères et sur de trompeuses espérances. Il y a celle d'obscurs et désormais inefficaces remords. Il y a celle de la sagesse qui finalement entrevoit la vanité des choses et la valeur des vertus qui doivent caractériser le cours de la vie : "vanitas vanitantum". Vanité de la vanité. Quant à moi, j'aimerais avoir finalement une notion récapitulative et sage du monde et de la vie : je pense qu'une telle notion devrait s'exprimer en reconnaissance : tout était don, tout était grâce ; et comme il était beau le panorama par lequel on a passé ; trop beau, tellement qu'on s'en est laissé attirer et charmer, alors qu'il devait paraître comme un signe et une invitation.
(…) malgré ses tourments, ses obscurs mystères, ses souffrances, ses faiblesses, la vie terrestre est un fait merveilleux, un prodige toujours original et émouvant un événement digne d'être chanté, un hymne de joie et de gloire : la vie, la vie de l'homme ! N'est pas moins digne d'exaltation et d'heureux étonnement le cadre qui environne la vie de l'homme : ce monde immense, mystérieux, magnifique, cet univers aux mille forces, aux mille lois, aux mille beautés, aux mille profondeurs. C'est un panorama enchanteur. On dirait de la prodigalité sans mesure. Et ce regard quasi rétrospectif fait naître le regret de ne pas l'avoir assez admiré ce tableau, de ne pas avoir admiré, comme elles le méritaient, les merveilles de la nature, les surprenantes richesses du macrocosme et du microcosme. Pourquoi ne pas avoir suffisamment étudié exploré, admiré le cadre dans lequel la vie s'est déroulée ? Quelle impardonnable distraction, quelle regrettable superficialité ! On doit toutefois reconnaître, au moins in extremis, que ce monde "qui per lpsum factum est", qui a été fait par Lui, est merveilleux. Je te salue et te célèbre au moment ultime, oui, avec une immense admiration ; et comme je le disais, avec gratitude : tout est don ; derrière la vie, derrière la nature, l'univers, se trouve la Sagesse ; et puis, je le dirai dans ce lumineux adieu (Tu nous l’as révélé, ô Christ Seigneur) il y a l'Amour ! La scène du monde est un dessein — encore incompréhensible aujourd'hui dans sa plus grande partie — d'un Dieu Créateur, qui s'appelle notre Père qui est dans les cieux ! Merci, ô Dieu, merci et gloire à Toi, ô Père ! Je me rends compte, sous ce dernier regard, que cette scène fascinante et mystérieuse est une réverbération, un reflet de la première et unique Lumière ; elle est une révélation naturelle d'une richesse et d'une beauté extraordinaires qui devraient être une initiation, un prélude, une participation préalable à la vision de l'invisible soleil que personne n'a jamais vu (cf. Jn 1, 18) : le Fils unique qui est dans le sein du Père, Lui l'a révélé. Ainsi soit-il, ainsi soit-il ».[1]
Ce texte de Saint Paul VI auquel je viens de faire allusion nous aide à comprendre pourquoi le Christ doit être le Roi de l’Univers. C’est avec cette mentalité que nous devons aimer, considérer et faire usage de réalités terrestres et ainsi vivre le caractère mystique de notre être chrétien.
[1] Le texte entier de la Pensée sur la mort de Paul VI est disponible sur la page: https://w2.vatican.va/content/paul-vi/fr/speeches/1978/august/documents/hf_p-vi_spe_19780806_meditazione-morte.html

Mbula Gilbert sx
Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.
