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Temps Ordinaire

Dimanche - Année

LES FAUSSES VICTOIRES DU MONDE.

33ème Dimanche du Temps Ordinaire (C).

« Prenez garde à ne pas vous laisser égarer… »

Nous nous approchons vers la conclusion de l’année liturgique et l’Eglise nous présente volontiers les pages du type apocalyptique ou discours eschatologique, faisant références aux événements qui mettent fin à la scène de ce monde qui « passe ». C’est clairement une page « difficile » mais, comme je l’ai déjà dit dans une autre réflexion, rappelons-nous que l’apocalypse ne marque pas la fin, elle marque plutôt le début d’un monde nouveau et donc une nouvelle humanité, une nouvelle création. Voilà le sentiment qui doit nous animer à l’égard de tout ce qui « passe ».

Les persécutions qui nous sont présentées dans ces textes apocalyptiques, comme c’est le cas en ce dimanche 33ème du Temps Ordinaire, ont – entre autres - l’objectif de décrire « les temps de l’Eglise ». En effet, les persécutions et les souffrances apparaissent souvent comme une caractéristique, je dirais même « nécessaire », de la nature de l’Eglise. Elles sont des composantes qui révèlent l’authenticité de son message.[1] Quand on médite par exemple le livre des Actes des Apôtres, on a l’impression que les tribulations, les souffrances et les persécutions sont des éléments qui accompagnent la joie de la victoire. L’Apôtre se présente sûr et certain de lui-même car il se sent envahi par l’action victorieuse de l’Esprit du Christ qui le rempli et lui communique son élan. Voilà pourquoi Paul, d’une manière singulière, se présente comme modèle idéal d’apôtre. Et les pages où il fait allusion à ses souffrances, nous le savons, sont d’une éloquence sans pareil.

Évidemment, ces sentiments de l’Apôtre sont de l’ordre « divin ». C’est cela que nous pouvons aussi lire dans ses paroles de l’épitre aux Philippiens : « Je déborde de joie même dans mes tribulations car je sais que je peux tout en Celui que me rend fort » (4,13). Aujourd’hui encore dans l’Eglise qui est Corps du Christ, souffle la présence et la force de l’Esprit du Christ que lui-même a promis : Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps (Mt 28,20).  Avec ces paroles, le Christ a mis l’homme en tant qu’homme devant sa précarité, devant ses limites. Dans cette condition, l’homme est appelé à contempler l’assistance de Dieu et à savoir toujours se retourner vers lui pour arriver à une vraie victoire. En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde (Jn 16,33).

Tout compte fait, nous nous rendons compte que Jésus voulait dire, en d’autres termes, que les victoires de ce monde ne sont que des « apparences ». Elles ne sont pas définitives, ce sont des victoires du « moment », seulement « d’un temps », « momentanées et fausses ». Parfois nous avons l’impression que le mal l’emporte sur le bien, mais cela n’est pas vrai. Le bien vaut et le mal ne vaut pas. Le bien évangélique par ailleurs, est tellement héroïque et divin que nous avons besoin de nous armer, pas seulement du courage, mais aussi de l’humilité pour en recevoir les grâces nécessaires.

Fort de cette conviction, je pense aux personnes qui, sans vivre dans l’anonymat, et parfois aussi dans leur anonymat, acceptent avec joie et humilité les souffrances du quotidien tout en y trouvant un sens. Elles sont responsables de famille, ouvriers toujours à la recherche, malades dans des hôpitaux ou tout simplement à domicile ; des personnes parfois âgées et qui, dans leur humilité, édifient énormément et sans murmurer. Je me sens dans le devoir de dire qu’il y en a vraiment qui devraient être considérés martyrs ou saints bien qu’ils ne soient pas publiquement canonisés.

Dans nos tribulations, prenons garde à ne pas nous laisser égarer. Faisons confiance en la parole de celui qui prend notre défense. Même quand nous serons haïs de tous à cause de son nom, pas même un cheveu de notre tête sera perdu. En lui nous avons la vie. Lui il est Vie, une Vie toujours nouvelle.

 

[1] Un exemple assez clair est celui de l’Eglise des premiers siècles dans son insertion au sein de la culture gréco-latine (cf. https://afrique.xaveriens.org/blog/centre-etudes-africaines/item/perturbateurs-de-l-ordre-social-et-politique)

Père Mbula Gilbert est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il a fait ses études de théologie au Mexique. Après une expérience missionnaire dans son pays d'origine-RDC-, il a poursuit ses études à Rome et actuellement est Recteur du théologat international de Yaoundé.