Dans une société du bruit, découvrir le Seigneur dans un climat d’intériorité
Deuxième dimanche de l’Avent, année C
Ba 5, 1-9 ; Ph 1, 4-6.8-11 ; Lc 3, 1-6
Nous avons commencé depuis le dimanche passé, le temps de l’Avent, un temps de veille et d’éveil, temps d’attente, d’attention à la parole de Dieu et aux autres, temps de vigilance et d’espérance. Dans ce temps fort de l’Eglise, il s’agit d’accepter d’attendre que le moment de Dieu se réalise dans notre vie, que la volonté de Dieu se réalise au moment voulu par Lui, sans contrainte ni précipitation de notre part. Dans un moment de crise de fondement, dans un monde en déficit des valeurs, le temps de l’Avent nous propose de garder notre attention éveillée, loin des distractions de ce monde, tout en sachant que Dieu vient bientôt pour nous sauver. L’Avent est un temps où nous attendons joyeusement l’arrivée du Messie dans notre vie. De ce fait, nous disposons nos cœurs à capter les différents signes de la manifestation de sa présence dans notre histoire tourmentée par l’orgueil, l’égoïsme et l’indifférence de l’homme.
Du désespoir à l’espérance
Dans la première lecture de ce 2e dimanche de l’Avent, le Prophète Baruch décrit la situation du peuple d’Israël qui a été déporté en Babylone, humilié et privé de toute liberté. Ce même peuple méprisé par les peuples voisins, va retrouver le bonheur et la liberté. C’est cet appel à la l’espérance que nous entendons : « Quitte ta robe de tristesse et de misère et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours ». L’exil qui pouvait être motif de scandale et d’abandon de la foi dans le Seigneur, va devenir une démonstration de la confiance et de la capacité du peuple à résister contre l’oppression. En effet, dans le livre de Baruch, l’homme n’est pas la somme de tous ses actes et donc de ses péchés. C’est surtout la justice et la fidélité de Dieu qui définissent ce qu’est l’homme : un pécheur pardonné par le Seigneur et donc, malgré ses égarements, il reste fils de Dieu. Le Prophète nous invite à ne plus nous focaliser sur le passé sombre du peuple de Dieu (3,5), mais à nous ouvrir à un futur que seul Dieu peut prévoir, un futur qui transcende les barrières de l’arrogance du peuple dominateur(babylonien). Cela ne doit pas faire oublier au peuple le fait que Dieu lui a infligé une juste punition à cause de ses péchés (4,6-9 . 12-13). Jérusalem devient un paradigme pour tous les peuples croyants. A son exemple, chaque croyant doit savoir qu’il n’est pas né pour être victime du péché. Nous avons été créés par Dieu(Dt 8,5 ; Is 1,2) et c’est en Lui que nous nous découvrons. C’est Lui qui « enlève notre robe de tristesse et de misère … pour nous envelopper du manteau de la justice de Dieu » (5,1-2). De la même manière que nous partons à « pieds malmenés par les ennemis », de la même manière, Dieu nous « ramène, portés en triomphe sur un trône royal »(5,7-8). Les ennemis d’Israël qui se sont réjouis de la destruction du peuple de Dieu, seront confondus ; ils passeront par la même souffrance. Jérusalem par contre, sera reconstruite et redeviendra resplendissante grâce à l’intervention Dieu seul (5,9). En ce temps de l’Avent, nous pouvons retenir que même si nous sommes au fond de l’abîme, nous ne devons pas désespérer, pensant que Dieu serait impuissant pour nous en sortir.
Attendre le jour du Seigneur
Dans la deuxième lecture, Saint Paul qui se trouve en prison, ne cache pas son admiration pour cette communauté des Philippiens fondée durant son deuxième voyage missionnaire, et dont il est fier. « A tout moment, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est avec joie que je le fais (…) »(1,4). Dans cette communauté, la profonde piété chrétienne, la générosité et l’amour se manifestent avec force. Le motif de sa joie est que, non seulement les philippiens ont accepté l’Evangile, mais aussi, ils ont collaboré avec Paul dans sa propagation, dès le commencement jusqu’au moment où Paul écrit(1,5). Dans cette épître Paul insiste sur le thème du « jour du Seigneur »(1,6). La force qui doit guider tous les actes et les pas des croyants c’est la foi dans le jour du Seigneur. C’est pourquoi ils doivent progresser dans « la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important».
A ses amis Philippiens, Paul souhaite que « le jour du Seigneur »(1,10) les rencontre irréprochables et « comblés des fruits de justice qui s’obtient par Jésus Christ »(1,11). Les Philippiens doivent imiter l’humilité et le service du Christ. C’est cette imitation qui est le remède spirituel efficace contre le risque du légalisme, les divisions et les rixes qu’on trouve chez certains dirigeants de la communauté, qui sont à la recherche du pouvoir.
Préparer le chemin du Seigneur
Luc met au-devant de la scène tous les personnages politiques et religieux du moment : l’empereur romain Tibère, son représentant en Judée Ponce Pilate, Hérode prince de Galilée et d’autres petits rois. Il cite également les autorités religieuses, Anne et Caïphe. Face à ces personnages prestigieux, nous avons un homme tout simple ; il s’appelle Jean ; il ne vit pas dans le palais ni dans le temple mais dans le désert. C’est dans le désert que la parole de Dieu fut adressée à Jean comme pour nous dire que nous devons créer un désert en nous pendant ce temps de l’Avent. Dieu nous adresse une invitation à aller au désert pour entendre ce qu’il a à nous dire.
Dans une société de brouhaha où le bruit nous envahit jusque dans nos chambres à coucher, le Seigneur nous rappelle qu’il se laisse découvrir dans un climat d’intériorité. C’est sûr que nous vivons déjà dans des conditions désertiques. Nous faisons face au désert terrible de la guerre au Moyen Orient et en Afrique, le désert de la maladie çà et là, le désert de la solitude chez les personnes âgées et chez certains célibataires, le désert de l’échec et du chômage chez beaucoup de jeunes. Le Seigneur nous demande de traverser tous ces déserts avec une attitude d’intériorité et de profondeur, seule capable d’entrevoir un horizon radieux. De ce qui précède, il nous faut préparer le chemin du Seigneur, en rendant droits ses sentiers en menant une vie engagée.
Les ravins doivent être comblés. Un ravin représente un déficit, un manque, une diminution de quelque chose. Le manque de charité, la diminution de la joie en famille, le déficit de l’espérance, etc. tout cela crée un ravin qui doit être comblé en ce temps de l’Avent. Les montagnes et les collines seront abaissées. Ces deux dernières représentent un excès, un débordement, une déformation par rapport à ce qui est normal. L’excès d’orgueil, de jalousie, la vantardise, la rancune, les sentiments de vengeance, etc. tout cela constitue des montagnes et des collines à abattre en ce temps de l’Avent. Les passages tortueux et rocailleux doivent être rectifiés et aplanis. Qu’est-ce qui nous fait marcher en zigzaguant, qu’est-ce qui crée des courbures et des escarpements dans notre vie ? C’est l’hypocrisie, la ruse, la roublardise, la tricherie, le fait de mener une vie double, vivre en véritable cachotier.
Ils sont nombreux partout, ceux et celles qui se préparent à fêter Noël. Mais beaucoup risquent de vivre ce jour en oubliant Jésus qui devrait être au centre de cette fête. Préparer le jour du Seigneur, c’est d’abord accueillir Jésus qui vient, c’est se mettre à l’écoute de son Esprit Saint, c’est aller au désert pour mieux entendre son appel. Par l’Eucharistie qui nous rassemble chaque dimanche, il vient nous éclairer et nous rendre la vie. Invoquons-le afin qu’il fasse grandir en nous sa vie divine

Barthélemy Minani sx
Barthelemy Minani est un prêtre missionnaire xavérien de la RDC, ordonné en 2013. Il est detenteur d'un Master en Philosophie obtenue à l'Institut Catholique de Paris en 2015. Il est l'Auteur de: Habiter le monde fragile (L’Harmattan 2016), Pardonner à tout prix ? (L’Harmattan 2016) et Entrer en Philosophie antique, (L'Harmattan 2019). Il a été missionnaire au Mozambique. Actuellement, il est responsable de l'aumonerie catholique de l'Institut Supérieur Pédagogique à Bukavu/ RDC et Recteur de l'Institut de Philosophie Isidore Bakanja dans la même ville.
