Le salut vient de plus petits
IVe Dimanche de l’Avent – Année liturgique C
Mi 5, 1-4a; Ps 79 (80), 2a.c.3bc, 15-16a, 18-19; He 10, 5-10; Lc 1,39-45
: « Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. »
Le temps liturgique de l’Avent est sur le point de s’achever. Aujourd’hui, c’est le dernier dimanche de ce temps fort de préparation à la nativité du Messie. La liturgie du dimanche dernier nous invitait à la joie dans le Seigneur. Ce dimanche, la liturgie se présente comme une veillée de Noël plus sobre, avant la célébration solennelle au cours de laquelle résonnera le joyeux chant de la Gloire.
La première lecture d’aujourd’hui, tirée du livre de Michée a annoncé l’arrivée du Messie promis. Il annonça que jusqu’à l’arrivée du Messie qui libérerait Israël de ses oppresseurs, le peuple juif resterait sous la domination d’autres nations. Michée poursuit en disant qu’Israël restera soumis à ces nations jusqu’à ce que la femme enceinte accouche. Il annonce la naissance, à Bethléem Ephrata, d’un roi pacifique qui sera le berger du troupeau. Alors, le peuple de Dieu sera libéré et uni.
Le prophète Michée a exercé son activité prophétique en Juda à la même époque qu’Ésaïe. C’est une époque difficile, caractérisée par la corruption du pouvoir, par l’idolâtrie qui trouve son point d’appui dans les « prophètes de cour », et par l’appauvrissement croissant du peuple. À cette époque, Jérusalem, capitale et siège du pouvoir, est sur le point d’être prise par ses ennemis. La chapitre 5 du livre de Michée est un classique de la théologie messianique. En effet, le passage parle d’un souverain qui règne à partir des pauvres, en rupture avec l’idéologie du palais central. Il est possible d’y voir un texte qui critique et annule le type de pouvoir qui s’est installé à Jérusalem, un pouvoir qui a trahi les objectifs de la royauté davidique. L’oracle d’aujourd’hui commence par désigner Bethléem, un village méprisé par la cour de Jérusalem. Ce village, petit parmi les villages de Juda, sera la patrie de celui qui gouvernera Israël. Le salut ne vient donc pas de la capitale et du pouvoir qui y est installé, il vient de la campagne, comme au début de la monarchie en Israël, lorsque Dieu a choisi David, un jeune berger, pour organiser et sauver son peuple. En effet, Bethléem est le lieu de naissance de David. Dieu reste donc fidèle à la promesse davidique en maintenant un descendant sur le trône, mais il change complètement le mode d’exercice du pouvoir : ce sera un pouvoir autour duquel s’uniront les insatisfaits et les exploités du pouvoir absolu.
Le prophète parle ensuite de la restauration du peuple. Mais il n’indique pas quand cela aura lieu. Il se contente d’indiquer deux signes : la femme qui accouchera et le retour des exilés. Les deux signes parlent d’une nouvelle vie et d’une nouvelle société : la femme qui enfante et le retour des exilés marqueront des temps nouveaux pour le peuple de Dieu. Cela se fera grâce au souverain qui règne à partir des pauvres, instaurant un nouveau mode d’exercice du pouvoir. C’est un pouvoir au service du bien et de la sécurité du peuple. De cette manière, l’idéal de la royauté en Israël est retrouvé : la défense des intérêts du peuple par la préservation des frontières du pays et par l’exercice de la justice pour les pauvres et les opprimés. Les rois tyranniques de Juda (mais aussi ceux d’Israël) se sont maintenus au pouvoir grâce à la violence et à l’idéologie des faux prophètes. Le nouveau souverain disposera d’un autre type de soutien : la puissance de Yahvé et le nom glorieux du Seigneur Dieu. Le Dieu libérateur maintiendra sur le trône le pouvoir qui défend les intérêts et les revendications des masses appauvries. Le règne de ce roi sera total et le peuple vivra en sécurité.
Célébrer l’Eucharistie, c’est sentir que le salut vient des plus petits. C’est dans les petits, les oubliés, les exclus de notre société, que Jésus s’incarne aujourd’hui, en leur donnant l’espérance. La communauté chrétienne se réunit pour célébrer l’événement libérateur : la naissance, la mort et la résurrection de Jésus qui, dans son corps, nous sanctifie et nous libère en pardonnant nos péchés. La meilleure réponse que nous puissions donner au Seigneur en ce temps de l’Avent est : « Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté » (He 10,7). La communauté rassemblée et le pain partagé sont les signes visibles du début d’un monde nouveau pour ceux qui sont engagés dans le Royaume de Dieu. Dans la célébration eucharistique, nous réalisons que la royauté du Christ s’exprime dans le partage de son être avec les défavorisés, créant ainsi la paix. Comme Élisabeth, nous nous étonnons : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1,43). La proximité du Dieu qui se fait nourriture et parole de vie nous conduit à nous réjouir comme Jean Baptiste dans le sein de sa mère. Dieu est venu vivre parmi les pauvres. Il s’est incarné en eux pour les sauver. En bref, les pauvres proclament la miséricorde du Dieu qui se souvient d’eux et qui vient vivre avec eux parce qu’il les aime, en leur apportant la plénitude du salut. Les premiers chrétiens étaient très enthousiasmés par le fait que le salut venait des pauvres.
La visite de Marie à Élisabeth est, dans une certaine mesure, un événement commun et, en même temps, singulier. Après s’être déclarée servante du Seigneur, Marie conçoit Jésus et, en signe de service, se rend en hâte chez Zacharie pour y rencontrer Elisabeth (cf. Lc 1,39). La visite de Marie à sa cousine Elisabeth est donc un prolongement de la scène précédente de l’annonciation (cf. Lc 1,26-38). La scène montre la rencontre de deux mères qui ont reçu le don de la fécondité et de la vie. Le passage montre également la rencontre de deux enfants, le Précurseur et le Sauveur, sous le dynamisme de l’Esprit Saint. Elisabeth perçoit l’agitation de la nouvelle vie quelle porte dans son sein comme une proclamation prophétique de la joie messianique par celui qui sera consacré par l’Esprit dès le ventre de sa mère (cf. Lc 1,15). L’expression de joie d’Élisabeth en accueillant Marie rappelle le sentiment de peur de David en accueillant l’arche : « Comment l’arche du Seigneur pourrait-elle entrer chez moi ? » (2 Sam 6,9). Marie est désormais l’arche qui porte la présence salvatrice du Seigneur au milieu de son peuple. Elle est saluée par Élisabeth comme la plus bénie des femmes, car l’enfant qui est en elle est le Seigneur. Enfin, Elisabeth, « remplie de l’Esprit Saint » (Lc 1,41), proclame la béatitude de Marie, ce qui donne un sens profond à sa maternité : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » (Lc 1,45). Marie est celle qui a cru à l’efficacité de la parole de Dieu. Dans la tradition biblique, on bénit quand on découvre la présence du Dieu qui sauve. Marie est un motif de bénédiction parce qu’elle est devenue le lieu privilégié où les gens font l’expérience de Dieu.
L’exultation de Jean dans le sein d’Élisabeth est la joie du peuple de Dieu à la venue du Messie. Par cet événement, Luc a voulu rendre compte de l’accomplissement des attentes messianiques : la miséricorde de Dieu se révèle maintenant en Jésus qui vient nous sauver. L’éloge de Marie par Élisabeth va au-delà de la maternité physique. La béatitude de Marie est d’avoir cru à l’accomplissement des paroles du Seigneur.
En ce dernier dimanche de l’Avent, les lectures nous ont montré comment s’est déroulé la venue du Messie et le mystère de rédemption que cette venue contient. La réponse de Marie est la voie choisie par Dieu pour visiter son peuple et apporter le salut à tous. Marie est la voie privilégiée du temps de l’Avent. La raison de sa visite à la cousine Élisabeth est décrite dans le message de l’ange (cf. Lc 1, 36). Elle se rendit en hâte en Judée, car la grâce reçus par sa cousine Élisabeth, sur le point de devenir mère, l’avait remplie de joie. Sa salutation a eu un effet formidable sur Élisabeth et sur l’enfant : tous deux ont été remplis de l’Esprit Saint. Tous deux furent remplis de l’Esprit Saint. Élisabeth a senti l’enfant bondir en elle. De l’enfant, l’action de l’Esprit s’est également transmise à Élisabeth, la conduisant à reconnaître Marie comme la Mère de son Seigneur. Sous l’impulsion de l’Esprit, elle connaît le mystère du message de l’ange à sa cousine Marie et la reconnaît comme « bienheureuse » en raison de la foi avec laquelle elle a accueilli ce message.
L’Église ne manque jamais de nous rappeler qu’il y aura bien un accomplissement, que toutes les promesses de Dieu se réaliseront, de manière invisible mais vraie, au cœur de notre histoire, au cœur de notre monde, au cœur même de l’existence de chacun d’entre nous. Car le Christ vient toujours à nous par son Esprit Saint, par sa Parole annoncée et vécue ; il vient à nous par son corps et son sang, nourriture pour la vie du monde ; il vient à nous à travers notre prochain. En nous, le Christ ne cessera jamais d’accomplir son œuvre de rédemption.

Père Serge KABALAMA SX
Originiare de la RDCongo, Serge Kabalama est missionnaire xavérien. Il es detenteur d'un Master en missiologie obtenue à l'Université Gregorienne à Rome en Italie. Il est actuellement en mission au Mozambique.
