
GRATITUDE: magnificat de François-Xavier
Xavier et les Xavériens équivalent, disons-nous, à deux itinéraires missionnaires qui se sont entrecroisés dans la rencontre fulgurante que vécut saint Guido M. Conforti avec la figure et le témoignage du Patron des Missions. Déjà fondateur, Conforti a orienté sa Famille missionnaire vers une ressemblance avec Xavier en vue de forger le profil apostolique de ses missionnaires.
Quand nous parlons de Xavier, nous ne parlons pas de l’itinéraire d’un apôtre qui a voyagé pour le Christ, mais de l’itinéraire d’un apôtre qui a été conquis par Dieu. C’est ainsi que Xavier interprétait lui-même les étapes de sa vie. Sur cet itinéraire, aujourd’hui, je vous propose de contempler sa capacité de reconnaître les dons reçus et de savoir dire merci.
Dans la première grande lettre que Xavier envoie, du Japon, aux confrères résidents à Goa, nous trouvons un signe évident de son esprit "eucharistique", c’est-à-dire, son attitude de louange simple et sincère à Dieu pour les dons reçus.
A la fin de la lettre, il demande humblement aux confrères de lui venir en aide pour toujours remercier Dieu pour tant de grâces que, "par Sa miséricorde, nous accorde et nous fait connaître".
Il n’est donc pas étonnant que la vie et l’activité apostolique de Xavier aient leur racine dans l’attitude de gratitude. Il n’a jamais, même pour un moment, oublié ce que Dieu a fait pour lui dans le Christ, et sa reconnaissance s’est toujours concrétisée en une louange explicite à Dieu et en une attitude existentielle de savoir, avant tout autre chose, remercier et exalter Dieu pour les dons reçus.
Nous sommes en train de parler d’une attitude à la fois morale et spirituelle. Et il me semble que cet aspect moral et spirituel de la personnalité Xavier - c’est-à-dire combien et comment "l’esprit eucharistique" a influé sur sa vie tout entière - est très rarement mentionné.
Je suis convaincu que la grandeur de Xavier est d’avoir su faire de la gratitude non seulement la "mémoire du cœur", mais aussi, et spécialement, "le sang vivifiant" de sa relation avec Dieu et avec les hommes.
Nous pouvons donc affirmer que le parcours existentiel et spirituel de François Xavier a été un Magnificat.
Face aux nombreux dons matériels et spirituels reçus du Seigneur, Xavier ne peut que dire avec le Psalmiste : "De tout mon cœur, mon Dieu et mon Seigneur, je chanterai des cantiques de louange à la gloire de ton nom pour toujours".
Le Magnificat est donc le secret de son existence. Plusieurs fois, nous lisons dans ses lettres sa sincérité et son humilité quand il dit Merci :
Merci à Dieu,
Merci au père Ignace,
Merci aux confrères qui sont à Rome,
Merci à l’Evêque de Goa,
Merci à l’ambassadeur résident à Malacca,
Merci aux natifs de Goa.
Nous ne pouvons, nous ne devons, ni minimiser ni oublier un tel héritage. Il souligne que notre gratitude à Dieu attire de nouvelles grâces, de nouveaux dons.
Il est donc nécessaire que prévale en nous le goût de la gratitude, d’autant plus qu’aujourd’hui, en raison de l’égoïsme individuel et collectif et de l’arrogance du narcissisme et de la recherche de l’exaltation, nous sommes face au fait que la dureté du cœur, l’insolence et la jalousie sont devenues le nouveau mode de vie.
Nous devons être capables de nous regarder dans les yeux et de nous dire avec un beau sourire : "Merci ! Pas pour ce que vous faites, mais vous signifiez et vous êtes pour moi".



