
Devenir des petits artisans de paix dans un monde en conflits
L’humanité fait face aujourd’hui à des terribles réalités : guerres violentes interminables presque dans tous les continents. On peut citer la guerre entre la Russie et l’Ukraine, Etats-Unis d’Amérique -Israël contre l’Iran, les conflits au Soudan, en République Démocratique du Congo, etc. Toutes ces réalités ne permettent pas un bel épanouissement de la personne humaine. Elles engendrent la souffrance. Peu importent les maux qui rongent le monde, toute personne humaine aspire à une vie heureuse et à la paix.
C’est pour cette raison qu’en date du 26 et 27 février 2026, s’est tenue une conférence online animée par le père Adriano Cunha Lima au bénéfice des novices et pré novices Xavériens de Bujumbura sur la résolution des conflits et la médiation. Selon le conférencier, à notre époque où le monde entier fait face aux différentes crises politico-militaires, économiques, climatiques, sociales telles que la pauvreté, la famine, etc, d’aucuns pourraient juger la paix comme une utopie. La paix ne semble rester qu’un slogan sur la bouche des dirigeants. Face aux tristes réalités de la violence et de la souffrance dont souffre l’humanité, nous ne pouvons que ressentir l’impuissance, la peur, la frustration, la perte d’espérance. Cependant, c’est là que nous sommes appelés à aspirer à la paix, montrer qu’il est possible de la construire sans la réduire seulement à l’absence de guerre mais l’étendre sur les différentes dimensions de la vie.
D’entrée de jeu, le père Adriano a distingué deux concepts de la paix, à savoir : l’artisanat de la paix de l’architecture de la paix. Le premier consiste en des petits gestes que nous posons chaque jour pour construire la paix alors que le second concerne beaucoup plus les grandes instances internationales qui agissent dans un univers plus vaste. A notre niveau, nous ne pouvons que nous situer dans l’artisanat de la paix. Le Christ, dans Matthieu 5, 9 nous y appelle en tant qu’une voie de béatitude.
- La paix, quid ?
La paix est définie, par le dictionnaire La rousse, comme étant un état de concorde, d’accord entre les pays, les nations ou groupes sociaux qui ne sont pas en guerre, c’est l’absence de guerre.
En nous référant aux papes, François et Léon XIV, la paix pourrait être définie comme un don. Elle n’est pas un but, mais plutôt un chemin. C’est un chemin humble, qui demande patience et courage, écoute et action. Nous sommes appelés à nous lancer sur ce chemin de la paix, à être des faiseurs, artisans de paix. Certes, nous ne pouvons pas atteindre le sommet de la paix sur terre, mais nous devons travailler quotidiennement pour contribuer à la paix ici-bas, avant de parvenir à la paix éternelle au Paradis Céleste.
En analysant en profondeur les différentes conceptions de la paix, nous distinguons la paix positive de la paix négative. La paix négative s’accentue seulement sur l’absence de guerre, alors que la paix positive englobe toutes les dimensions de la vie humaine et ne se limite pas seulement à l’absence de guerre. Dans son encyclique Pacem in terris, pour définir la paix, le Saint Pape Jean XXIII présente ses quatre fruits : la vérité, la justice, la charité et la liberté. Où manque un de ces éléments, il n’y a pas de paix, un chemin s’ouvre à la violence qui peux être tant visible qu’invisible.
- Les Formes de violence
L’absence de paix s’extériorise souvent à travers deux types principaux de violence : la violence visible et la violence invisible : La violence visible se laisse percevoir ouvertement : elle est physique, verbale, sexuelle, etc. La violence invisible ne s’aperçoit pas directement bien qu’elle touche l’homme et la société dans son intériorité. Cette violence est à la fois structurelle et culturelle. La violence structurelle se cache dans les systèmes établis notamment la répression, l’exploitation, l’esclavage, le mauvais paiement. La violence culturelle s’observe à travers nos pratiques et coutumes que l’on pense normales : la discrimination de la femme, le sort des veuves, les sanctions, les tabous, mariage forcé, etc.
- La gestion des conflits
Le conflit mal géré conduit à la guerre. En effet, le conflit est une réalité omniprésente dans la vie humaine. Dès la naissance, le nouveau-né entre en conflit avec le monde, il découvre un nouvel univers différent de son confort habituel et en réaction à cela, il pleure. Les conflits ne sont ni positifs ni négatifs, c’est notre façon de les gérer qui peut les rendre destructeurs ou constructeurs. Pour construire la paix, nous devons éviter la violence, nous devons apprendre à gérer nos conflits sans recourir à la violence.
Face à un conflit, quatre issues sont possibles : la victoire ou la défaite, le compromis, le renoncement et la transcendance. La transcendance vise à chercher un moyen de changer la dynamique du conflit. Pour transcender un conflit, trois niveaux s’avèrent utiles. Le premier est celui des positions ou demandes : il s’agit d’écouter les accusations réciproques de deux parties en conflit. Le second se focalise sur les intérêts : savoir les raisons profondes du conflit, les intérêts blessés de chaque partie. Le dernier concerne les besoins réels, une étape qui permet d’interroger ce qui est vraiment important pour chaque partie, connaitre les besoins réels de chacune qui doivent être reconnus et respectés. Seul un dialogue sincère peut offrir la possibilité d’atteindre cet objectif. D’où le rôle de la médiation.
- La médiation efficace
Face à un conflit, la médiation est une tâche noble mais difficile. Elle demande la neutralité et l’impartialité, peu importent les circonstances. La médiation n’est pas un arbitrage, un jugement légal ni une négociation. Son processus doit être libre, volontaire, défini et ouvert. Ainsi, le rôle du médiateur doit être légitimé, accepté par toutes les parties prenantes.
Pour que la médiation aboutisse à un succès, quatre phases principales sont à respecter : Tout d’abord les préliminaires qui consistent à fixer le lieu du dialogue (endroit neutre), fixer les règles, écouter les premières demandes des parties. Ensuite, l’approfondissement des aspects : intérêts, besoins, pistes de solution. Par après, trouver une solution : identifier les points critiques et développer les aspects pouvant permettre de trouver une solution, et enfin, se focaliser sur les points critiques : trouver ce qui est vraiment important pour tous, se demander ce qui arriverait si les deux parties ne font pas la paix, en tirer les conséquences et dialoguer.
Dans ce processus de médiation, le père Adriano souligne que le médiateur doit identifier les points positifs chez toutes les parties et les aider à se projeter dans le futur. Le médiateur évitera de manipuler les contentieux, d’être trop moralisateur, de juger, d’exiger des engagements, de faire la publicité ni la propagande, de prendre des décisions à la place des parties en conflit. Il ne peut que les écouter avec empathie, les aider à dialoguer, à transcender leur conflit et à trouver ce qui a valeur aujourd’hui, ce qui vaut vraiment la peine.
En définitive, bien que la paix soit un don de Dieu, chacun est appelé à apporter sa pierre au chantier de ce grand édifice. Poser un geste de paix, si minime soit-il, c’est une occasion de refuser de recourir à la violence avec toutes ses ramifications. Toi et moi sommes appelés à être des médiateurs, des personnes capables d’unir les parties en conflit, pour avancer sur le chemin de la paix, et ainsi, contribuer à l’avènement de la vraie Paix pour faire du monde une seule famille dans le Christ.



