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Le calvaire


Une corbeille dans le destin de l’Eglise Catholique

Au siècle où la prêtrise est la plus mise en question à la suite des abus sexuels Calvary, un film de John Michael McDonough, nous  propose un regard plus au moins objectif sur le sujet.

La prêtrise aux yeux de ce réalisateur irlandais, est incontournable dans le destin de l’église catholique. Concernant le cas de pédophilie commise par certains prêtres, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. C’est l’eau salle qu’il faut jeter. Comment sauver l’image de la prêtrise c’est l’intérêt du réalisateur.

Attachée à un individu qui reçoit une vocation particulière et y répond librement, la prêtrise n’est pourtant pas un individu. Elle couvre une communauté de foi. Sortir du débat sur l’innocence et la culpabilité, ce film nous mène à la valeur la plus élevée qui définit ce que c’est l’église et c’est que c’est la prêtrise.  C’est le pardon qui fait l’église. Ce film s’ouvre par une conversation dans le confessionnal entre le Père Jacques et un paroissien. Ce dernier, dan sa confession, raconte l’abus sexuel dont il souffre d’un certain prêtre. Le père Jacques ne peut faire rien d’autre qu’écouter et s’y emphatiser. Son silence, d’après ce pénitent, est pareil à celui de l’Eglise. Il jure donc de tuer le Père James, non parce qu’il en est coupable, mais parce qu’il en est innocent. C’est la justice la plus raisonnable qu’il faut faire aux victimes d’abus sexuel. Ensuite, le pénitent se donne rendez-vous avec le Père James le dimanche prochain. Le dimanche est le meilleur temps pour tuer un bon prêtre. Cela affecte donc sa vie quotidienne qu’il voie maintenant comme un chemin de croix. 

La peur s’installe autant que des questions sur l’identité mystérieuse du paroissien. Il se rende à un autre paroissien, un gendarme, pour partager sa peur sans bien évidemment révéler le secret de la confession. De lui, le Père, reçoit un revolver et puis s’en va. Malgré la peur, ses quotidienne ne sont pas interrompues. Il continue à rendre visite des familles. Il apprend que Jack Bruno, un autre paroissien, se bagarre avec Véronique sa femme. Il part voir Jack mais ce dernier nie le problème. Veronica, quant à elle, lorsque le Père James vient la voir, s’en fiche pas mal du sujet. Le Père James part chez Simon l’Ivoirien, le nouvel amant de Véronique. Se sent gêné, Simon sache le Père James. Malgré un tel rejet, sa passion de côtoyer ses paroissiens ne se diminue point. Il accueil Milo, un jeune homme frustré et partagé entre rester dans l’armé ou l’abandonner. Il ne manque pas de visiter Michael Fritzgerald, le millionnaire solitaire. Ce dernier reconnait que son argent provient des sources illégaux, mais il veut quand même, comme une compensation de « ses pêchés », en faire la donation à l’Eglise. Le souhaite n’a pas été accueilli. Mécontent, Fritzgerald urine « l’ambassadeur », un tableau très cher devant les yeux du père James. 

Un autre jour lors d’une fête du village, il danse avec Fionna sa fille. C’est ici que certains de ces paroissiens apprennent qu’avant de venir prêtre, James était un père de famille. Après la mort de sa femme, il est parti au séminaire. Cette décision a blessé le rapport avec Fiona qui se sent abandonnée complètement. Ce soir là est un des plus beaux moments pour James de convaincre que maintenant par sa vocation il n’appartient plus à elle mais à tout le monde. Il ne l’abandonne pas du tout. Entre temps, son confrère, un autre prêtre, se voit se disputer avec le gendarme et finit par être tapé. Et ce même soir, pendant qu’ils festoient que son église est en train de se brûler. C’est trop tard pour venir à son secours.

Il perd presque tout. D’abord une vie calme lui est arrachée depuis la menace d’assassinat. Ensuite le respect de ses paroissiens à son égard se tourne à l’humiliation et au rejet. Et puis maintenant son église ne reste que des débris brulés. C’est une totale perte. Toutefois, sa foi ne s’altère pas. Cette doleur ne l’empêche pas de former la fois des ses paroissiens. Ceci se voit lorsqu’un paroissien lui dit que son église est en train de se brûler et il lui répond qu’elle n’est pas «son église » mais « notre » église. Ce n’est pas fini. En rentrant il découvre que déjà son chien est mort égorgé par l’inconnu. C’en est assez ? James ne que pleure. 

Ensuite le jour suivant il se trouve au bar. Accompagné des bouteilles de bière, il s’assoit seul au coin du bar tandis que Jack et Simon l’Ivoirien ne cessent de le taquiner. Frank Harte, un médecin athée, vient tenter de causer avec lui. Frank raconte l’histoire d’un enfant qui est devenu totalement sourd-muet dû au mal pratique d’anesthésie. Il ensuite compare ce cas avec celui des victimes d’abus sexuels. Ces derniers, selon Harte, paraissent d’avoir été forcement mises au silence. Outré par cette provocation, le Père James, veut se bagarrer avec Harte ainsi que Simon l’Ivoirien et le barman. Il finit par faire sortir son revolver. Il le pointe vers leurs têtes mais tire finalement sur des bouteilles de bar. Le barman le fait payer par des coups de bâton. James rentre avec des sangs coulés du nez.  Prêtre est un homme, n’est moins pécheur que les autres.  C’est la leçon qu’il a donnée à ses paroissiens.

A son arrivée au presbytère, encore moins conscient, il entre en dispute avec son confrère prêtre. Le lendemain il apprend son confrère a décidé de quitter la mission pour des choses qu’il ne peut plus supporter y compris les comportements de James. Il s’excuse mais impuissant de tenir son confrère. James à son tour, décide de se retirer à la mer un petit peu pour se mettre à distance des ces décourageants faits. Avant de se rendre à la mer il téléphone à Fiona disant que beaucoup de gens ne voient que des péchés mais oublient le pardon et la miséricorde. Eclairée, Fiona décide de pardonner à son père. A l’aéroport, il rencontre Teresa, qui se sent soulagée grâce à l’aide du Père James surtout à la suite du décès de son mari. Elle me fait allusion à Veronica qui croissait le chemin du Nazaréen vers le calvaire. 

C’est un samedi lorsqu’il sort de sa chambre de retraite pour se promener à la mer. Sur la route il croisse une fillette qui veut aller à la même direction. Gentiment  il cause avec elle jusqu’à ce que le père de la fille vienne pour l’humilier avant de ramener la fille. James continue sa route et il arrive à une roche qui se donne à la mer. C’est de cet endroit qu’il jette son révolver, son dernier bastion de défiance. Il veut tout confier à Dieu. Peu de temps après, Fritzgerald, le bienfaiteur de son nouvelle église, vient lui dire combien sa vie et tout ce qu’il a n’a aucun sens pour lui. James ne peut que l’écouter, mais cela soulage Fritzgerald.

Comme il est prévu, le père James va attendre son assassin à la plage indiquée lors de la confession. Sans trop de surpris il voit Jack vient à sa rencontrer avec un revolver à la main. Ce dernier reconnait que c’est lui qui a brûlé l’église mais refuse d’avoir tuer le chien de James. Jack demande si James pleurait lorsqu’il perdait son chien. James réponde affirmativement. Lorsque Jack demande pourquoi il ne pleure pas les victimes des abus sexuels commis par ses confrères, James répond négativement du fait qu’il n’en est pas directement affecté. Enfin, Jack tire son révolver sur le ventre du Père James. Le film se clos avec la rencontre entre Fiona et Jack à la prison.

Je reviens donc à la scène où Fritzgerald urine le tableau ambassadeur. Cette scène est révélatrice de la situation actuelle de la prêtrise. Reconnu comme ambassadeur de Dieu, respecté comme une personne de référence morale dans la société, les prêtres affrontent une époque très difficile. La pédophilie les humilie au niveau plus bas d’un animal et qui n’est que digne à uriner. Cette même scène pourtant révèle l’essence de la vocation d’un prêtre. Il est comme une corbeille où toute sorte de poubelle est jetée. Comme une poubelle, malgré son innocence, un prêtre souffre de ce que son confrère a commis. Comme une poubelle il est affecté pendant toute sa vie par tout ce qu’il écoute dans le confessionnel et qu’il doit tenir secret jusqu’à mourir. C’est ici que se lie la scène d’ouverture, la confession, et puis l’acte d’humiliation de Fritzgerald et la confession de Jack avant de mettre le père James à mort.

Je trouve ce film exceptionnel du fait qu’il met en exergue de manière intelligent le geste de l’église catholique face à ce scandale de pédophile. Se reconnaître pécheur et demander le pardon, c’est ce que sans cesse le pape est en train de faire. Je suis très ému de voir comment le Père James accepte de pardonner Fitzgerald et surtout Jack son assassin. « Ce n’est pas trop tard Jack », c’est le dernier mot qui me reste énigmatique. Jack répond « c’est trop tard ». Est-ce que c’est toujours tard de se reconnaître pécheur et demander le pardon. La dernière scène de ce film répond non. Ce n’est jamais trop tard.