
LETTRE TESTAMENT
In omnibus Christus!
Aux très chers Missionnaires
présents et à venir
de la Société de saint François Xavier
pour les Missions Étrangères
1 L’Autorité Suprême de l’Église, comme vous le savez bien, vient d’approuver définitivement les Constitutions de notre Société en date du 6 janvier dernier et maintenant je vous les transmets réimprimées avec les quelques petites rectifications que les Sacrées Congrégations Romaines y ont apportées. Et au moment même où je vous invite à exulter et à rendre grâce au Seigneur pour ce fait qui constitue pour nous un signe incontestable de la sainteté et de l’opportunité de l’Institution à laquelle nous avons adhéré, j’appelle votre attention sur l’engagement grave et solennel que nous venons, par là, de prendre devant Dieu et son Église. Nous devons en souligner toute l’importance et nous efforcer, par conséquent, de réaliser les finalités sublimes que notre Institut se propose d’atteindre, en travaillant avec une ardeur de plus en plus grande à la diffusion de l’Évangile parmi les nations infidèles, en apportant, de la sorte, notre modeste contribution à la réalisation du présage du Christ visant la formation d’une unique famille chrétienne qui embrassera l’humanité tout entière. Que chacun d’entre nous soit donc intimement persuadé que la vocation à laquelle nous avons été appelés ne pourrait être plus noble et plus grande, étant, de part sa nature, celle qui nous rapproche davantage du Christ, l’initiateur de la foi, qu’il mène à son accomplissement et des Apôtres qui, ayant tout quitté, se sont donnés entièrement et sans réserve aucune à sa suite et que nous devons considérer comme nos maîtres les mieux qualifiés. Le Seigneur ne pouvait être plus bon envers nous.
2 En effet, la vie apostolique, jointe à la profession des vœux religieux, constitue en soi ce que l’on peut concevoir de plus parfait selon l’Évangile. À travers la profession des vœux religieux nous en venons à mourir à tout ce qui est de la terre pour vivre d’une vie cachée en Dieu avec Jésus-Christ, en faisant ainsi devenir réel ce que l’Apôtre Paul écrivait aux premiers chrétiens : « Vous êtes morts et votre vie désormais est cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3). Les vœux religieux sont des liens saints qui nous attachent toujours plus étroitement au service divin ; ils sont un affranchissement total du démon, du monde et de la chair ; ils manifestent une aspiration continue à des choses toujours meilleures. Les vœux religieux sont une sorte de martyre de toute une vie dont la durée supplée à l’intensité de la souffrance si cette dernière fait défaut. C’est pourquoi ils augmentent le mérite de nos actions, étant conforme à la doctrine traditionnelle des Pères de l’Église que ce que l’on accomplit moyennant un vœu religieux est doublement méritoire aux yeux du Seigneur. « Celui qui accomplit une œuvre sans s’y être engagé par vœu, - fait remarquer avec génie saint Anselme -, peut être comparé à celui qui offre le fruit d’un arbre ; celui qui accomplit cette même œuvre par le lien d’un vœu, offre le fruit et l’arbre en même temps ». Et le Docteur Angélique écrit que la profession des vœux religieux équivaut, en quelque sorte, à un deuxième baptême parce qu’elle marque le commencement d’une vie nouvelle.
3 Mais, par le fait même que la vie apostolique doublée de la vie religieuse soit à tout point de vue excellente, le Malin n’omet aucune tentative pour en éloigner ceux qui l’ont embrassée ou veulent l’embrasser. Il trouble l’esprit avec des doutes, le cœur avec des inquiétudes, l’imagination avec de fausses appréhensions, la volonté avec des découragements en exagérant les difficultés inhérentes à un tel genre de vie qu’il s’efforce de faire apparaître comme étant impossible. Et bien souvent il parvient à atteindre son but.
Mais nous, n’oubliant pas la mise en garde du Saint Esprit de nous tenir prêts à la tentation au moment où nous nous engageons à servir le Seigneur, nous ne pouvons pas, pour cela, nous résigner à la défaite. Au moment du découragement ayons recours à Dieu par la prière, en confirmant notre détermination et en redoublant de fidélité dans l’accomplissement de nos devoirs, en nous rappelant les paroles de l’Apôtre qui devraient écarter de nous toute incertitude : « Que chacun demeure dans l’état où l’a trouvé l’appel de Dieu » (1 Co 7, 20).
Dans la mesure où nous demeurerons fidèles à l’Institut auquel nous avons adhéré et que nous mettrons en pratique les Constitutions en travaillant en son sein aux ordres de nos supérieurs, nous pourrons être sûrs de nous procurer bien des mérites, de sauver bien des âmes et de recevoir la récompense réservée à qui a mis la main à la charrue sans se retourner : le centuple que le Christ a promis spécialement à ses Apôtres.
Ceux-là, par contre, qui quitteraient notre Société, alléchés par la suggestion du Malin qui leur insinuerait de pouvoir mieux faire ailleurs, ne s’en trouveront pas pour autant plus heureux au moment de leur trépas, sans parler des amères déceptions qu’ils auront dû subir au cours de leur vie. Dieu ne peut combler de ses grâces ceux qui sont infidèles à son égard en abandonnant un état de vie plus parfait auquel ils avaient été, pourtant, appelés.
Que la profession de nos vœux nous soit, par conséquent, de plus en plus chère, étant celle qui nous rend semblables au modèle divin des prédestinés.
4 Aimons la pauvreté qui demeure le tout premier renoncement que le Christ exige de ceux qui veulent être parfaits et se proposent de le suivre de tout près. Il veut régner seul sur leurs cœurs et c’est pour cela qu’il requiert d’eux le détachement affectif et effectif de toutes les choses de cette terre. C’est pourquoi il ne cessait de répéter : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut pas être mon disciple » et à ses Apôtres il demandait avec insistance qu’ils ne possèdent pas plus d’un habit, qu’ils ne gardent pas d’argent dans leurs poches et qu’ils ne soient pas soucieux du nécessaire pour survivre étant donné que rien ne saurait manquer à ceux qui auraient tout abandonné pour se mettre à sa suite.
Qu’il en soit ainsi de nous tous : « Si donc nous avons nourriture et vêtement, – je dirai avec l’Apôtre Paul – nous nous en contenterons » (1 Tm 6, 8).
Tout ce qui surabonderait à cela, serait contraire à la pauvreté évangélique dont nous devrions être heureux par amour du Christ, même si, en fait, elle doit nous coûter des peines, des tracasseries et des humiliations en certaines circonstances. Une pauvreté opulente à laquelle aucun confort ne manquerait, ne pourrait certainement pas être agréable au Seigneur et elle ne serait nullement la pauvreté pratiquée par les Apôtres et par les hommes qui ont suivi leur exemple. Donc, concernant la nourriture et l’habillement que chacun d’entre nous – en mission ou dans l’une des maisons de l’Institut – se contente de ce qui lui est nécessaire, tel qu’on le lui servira et qu’il n’exige rien de plus, qu’il ne possède rien comme son bien propre. C’est bien cette pauvreté-là dont nous avons fait profession volontaire : la pauvreté qui nous rendra tout à fait libres de toute attache de ce monde, et sûrs d’entrer en possession du Royaume des cieux promis en priorité aux pauvres en esprit.
Et bien que nos Constitutions, suivant le Droit Canonique, nous autorisent à garder la propriété de nos biens patrimoniaux ainsi qu’à bénéficier des droits civils y afférents, personne, cependant, ne pourra administrer seul ou disposer des biens qui lui appartiennent de droit, sans l’autorisation des Supérieurs. Toute pratique contraire constituerait un réel danger pour qui, de fait, s’est dépouillé de tout.
5 Ensuite aimons et avec une attention extrême prenons soin de la vertu de chasteté qui nous rend semblables aux Anges, objet des divines prédilections, dignes du respect et de l’admiration même de la part des hommes qui ne peuvent s’empêcher d’en subir l’attrait. Malheur à nous si nous ne savons pas garder jalousement cette perle précieuse et si nous la jetons au rebut. Avec la perte de cette vertu, nous nous priverions, en même temps, de toute grâce devant Dieu et devant les Anges, de tout élan pour le bien, de tout amour pour la vertu et toute l’œuvre de notre sanctification pourrait se dire ruinée.
Pour que cela ne nous arrive jamais, n’oublions pas un seul instant qu’autant ce trésor inestimable est sans prix, autant est fragile le vase qui le contient ; prenons, par conséquent, toutes les précautions indispensables pour nous garder purs dans cette chair pécheresse, en conflit perpétuel contre l’esprit, au milieu de ce monde corrompu et corrupteur. Évitons l’oisiveté, les occasions dangereuses, les familiarités avec les personnes de sexes opposés et maîtrisons les affections sensibles, ainsi que les amitiés particulières, toujours redoutables. Modérons nos sens, en particulier la vue ; soyons sobres dans le manger et le boire et, en suivant l’enseignement du Christ et l’exemple des saints, pratiquons la mortification chrétienne en châtiant notre corps, et en lui imposant des sacrifices pour parvenir à le maîtriser parfaitement. Ayons toujours à l’esprit que l’humilité est la gardienne la plus fidèle de la chasteté et qu’en aucune autre circonstance, comme à ce sujet, tombent à propos les paroles de l’Ecclésiastique : « Qui méprise les petites choses peu à peu tombera » (Si 19, 1). Mais surtout, ayons recours à la prière, notamment au moment de la tentation, car sans l’assistance toute spéciale de Dieu, – qu’il ne refuse jamais à celui qui la lui demande – nous ne parviendrons pas à nous garder purs : c’est cela que même le plus sage des mortels dut avouer, contraint à cet aveu par sa propre expérience.
Bien sûr, la pratique de cette vertu nous coûtera des luttes qui seront, cependant, compensées sans commune mesure par la paix et la joie du cœur, par des lumières dont le Seigneur fera don à notre esprit et par cette abondance de grâces d’en haut qui ne font guère défaut aux âmes pures dont les desseins sont à jamais bénis du ciel.
6 Enfin, qu’il nous soit cher, et d’une manière toute particulière, le sacrifice que nous offrons à Dieu de notre volonté par le vœu d’obéissance. Il lui est plus agréable que les victimes parce que, par ce vœu, nous lui sacrifions le don le plus grand qu’il nous ait donné dans l’ordre de la nature: notre liberté.
Dans la véritable obéissance, écrit le plus grand Docteur de l’Église, est renfermé l’ensemble de toutes les vertus. Saint Bonaventure, de son côté, n’hésite pas à affirmer que la perfection religieuse tout entière consiste dans la suppression de sa propre volonté, à savoir, la pratique fidèle de l’obéissance.
Une fois que nous avons fait don à Dieu de cette vertu, il nous faut nous considérer comme étant des instruments dans les mains de nos Supérieurs pour la gloire de Dieu et le salut des frères. Il faut nous garder totalement indifférents à l’égard de toute tâche ou devoir que l’on nous confierait ; prêts à nous rendre dans tel ou tel autre lieu de mission, à être affectés dans les maisons de l’Institut pour y exercer notre activité, de même qu’à partir travailler dans le champ évangélique qui serait confié à nos soins.
Il faut aussi être toujours prêts à s’acquitter des tâches faciles comme de celles qui sont ardues, de celles qui nous conviennent comme de celles qui nous rebutent. S’il ne nous est pas défendu d’exposer simplement au Supérieur nos remarques au cas où il faudrait nous atteler à des tâches ou à des occupations que l’obéissance nous confierait, ne répliquons pas du moment où le Supérieur n’estime pas nos remarques dignes d’être prises en considération.
Et que personne ne prétende à des exceptions ou à des privilèges par le fait d’avoir fourni des prestations ou rempli des fonctions spéciales au sein de la Congrégation. Des exceptions de ce genre causent toujours un très grave préjudice à la discipline régulière. Même dans le cas où l’on aurait, et pour très longtemps, gardé la direction suprême de notre Société à la satisfaction et au bénéfice de tous, le confrère en question devrait également redire en toute vérité les paroles de l’Évangile : « Nous sommes des serviteurs inutiles » et s’estimer, après tout, comme le dernier des confrères et tenu à l’observance de la règle.
Et ceux qui sont revêtus d’autorité au sein de la Congrégation, se doivent de réprimer avec force toute envie malsaine de réformisme qui pourrait se manifester, ainsi que tout penchant aux divisions et aux partis. Ceux-ci constituent le fléau mortel des communautés religieuses dont certaines finirent par se désagréger et périr. Chaque maison de l’Institut et chaque Mission ayant son Supérieur immédiat, c’est à lui que chacun doit obéir en considération de l’autorité dont il est revêtu et non de sa personne. Et que personne ne tente de briguer ce qu’il désire, que personne ne harcèle le Supérieur pour le plier à ses propres sollicitations. Celui qui agirait de la sorte n’accomplirait guère la volonté de Dieu mais la sienne et il ne pourrait nullement présumer obtenir les faveurs et l’aide que le Seigneur se complaît à accorder à ceux qui cherchent uniquement ce qui lui plaît et se confient à lui avec un abandon filial.
De l’esprit d’obéissance, enfin, dépendra la vie, la vigueur, la prospérité de notre Institut qui est appelé à former une troupe organisée et compacte qui se met aux ordres du Vicaire du Christ envers qui tout Xavérien nourrira toujours une vénération profonde et un attachement sans défaut. À l’égard aussi des Pasteurs de l’Église, successeurs des Apôtres, le Xavérien ne manquera pas d’exprimer en toute occasion un sincère dévouement. Le jour où cette attitude subirait un fléchissement, notre Institut ne tarderait pas à s’acheminer vers la décadence et l’effondrement.
Sur ce point précis, je ne peux m’empêcher de citer un passage d’une exhortation pleine de sagesse que saint Alphonse de Liguori adressait à ses Religieux de la Congrégation du Très Saint Rédempteur : « Sachez – écrivait-il – qu’à moi personnellement ne cause pas de chagrin le fait d’apprendre que l’un ou l’autre de mes frères a été appelé par Dieu à la vie de l’au-delà. Cela me touche profondément parce que je suis de chair et d’os, mais, somme toute, je me console qu’il soit décédé en tant que membre de notre Congrégation, car, en ayant trouvé la mort en son sein, je suis sûr et certain qu’il est sauvé. Je ne suis pas non plus trop affligé que l’un ou l’autre, à cause de ses défauts, quitte notre Congrégation, au contraire, je me sens soulagé du fait qu’elle se soit libérée d’une « brebis galeuse » qui aurait pu infecter tout le troupeau. Ni les persécutions ne m’affligent : celles-ci m’encouragent plutôt parce que si nous nous comportons correctement, je suis sûr que Dieu ne nous abandonne pas. Par contre, une chose me remplit de frayeur : c’est de m’apercevoir qu’il existe l’un ou l’autre parmi nous plein de défauts, qui ne veut pas obéir ou qui ne fait aucun cas des règles ».
C’est cela qui préoccupait ce saint Docteur de l’Église et je partage pleinement, à mon tour, la même anxiété parce que le jour où le même inconvénient déplorable s’avérerait présent parmi les nôtres, je verrais en ce fait le symptôme avant-coureur d’une dissolution plus au moins proche de notre humble Congrégation.
7 Afin que cela ne survienne jamais, ayons constamment soin de vivre de cette vie de foi qui doit être celle de l’homme juste, en général, et d’une façon toute particulière celle du Prêtre et de l’Apôtre. Elle doit nous amener à chercher et à vouloir la volonté de Dieu et non la nôtre. Et nous vivrons d’un tel genre de vie si nous prenons la foi comme norme incontournable de notre conduite, au point qu’elle façonne nos pensées, nos projets, nos sentiments, nos paroles et nos actes. Nous vivrons d’une telle vie de foi si nous maintenons le Christ présent à notre esprit en toute circonstance et si c’est lui qui nous accompagne partout où nous allons : à la prière, à l’autel, à l’étude, dans les différentes activités de notre ministère apostolique, dans les rencontres fréquentes avec notre prochain, au moment du découragement, du chagrin et de la tentation. En toute chose donc, c’est de lui que nous prendrons inspiration de telle sorte que nos actions extérieures soient la manifestation de la vie intérieure du Christ en nous. Cette vie intime de foi nous sauvegardera des dangers inhérents au ministère lui-même, multipliera nos forces et nos mérites, purifiera progressivement nos intentions et nous obtiendra des joies et des consolations inexprimables qui nous rendront doux le poids de la vie apostolique.
8 Il nous faut, cependant, alimenter continuellement cette vie surnaturelle à travers tous les exercices de piété que nos Constitutions prévoient et d’autres encore que des circonstances déterminées pourront nous suggérer. N’omettons jamais notre méditation quotidienne, la lecture spirituelle, la visite au Très Saint Sacrement, la confession toutes les semaines, si possible, la prière du Saint Rosaire, l’examen de conscience particulier et général, la retraite annuelle et la récollection mensuelle ou, au moins, l’exercice de préparation à une bonne mort. Que Jésus présent dans le Très Saint Sacrement, pour qui nous sommes prêtres et apôtres, demeure toujours au centre de nos pensées et de nos affections. Chaque jour, nous avons à refaire nos forces auprès du Saint Tabernacle pour des tâches toujours nouvelles. En plus de cela, cultivons en nous une dévotion pleine de tendresse à la Vierge Immaculée, reine des Missions, à son très chaste époux saint Joseph, protecteur de l’Église universelle, aux saints Apôtres et à saint François Xavier, notre grand Patron. Il ne doit pas nous arriver de négliger notre propre sanctification au moment même où nous nous occupons de la sanctification des autres : cela arriverait sûrement si nous n’alimentions pas, au jour le jour, notre esprit à travers ces puissants moyens de sanctification. Négliger nos exercices de piété et perdre, par là même, tout intérêt pour les choses d’en-haut, tout enthousiasme pour le bien et toute force de résistance contre les tentations, ne font qu’un, comme nous l’enseigne l’expérience. « J’aime Jésus – disait saint Alphonse de Liguori, mentionné plus haut – et je brûle, par conséquent, du désir de Lui conquérir des âmes : la mienne, en premier lieu, et puis, un nombre infini d’autres âmes ». Voici la règle à suivre.
9 Nous aussi, à notre tour, en même temps que nous alimentons notre amour envers Dieu, nous ne pouvons pas négliger la charité à l’égard de nous-mêmes et des frères, notamment ceux qui forment, avec nous, une seule et même famille religieuse et qui partagent, avec nous, la vie, les labeurs, les mérites, la direction, bref : tout, dans l’attente de partager aussi, un jour, plus ou moins proche, la même gloire céleste. Autour de ce devoir essentiel nous ne pouvons garder le moindre doute. « Ce commandement a été donné par Dieu – dit l’Apôtre bien-aimé – que celui qui aime Dieu, aime, en même temps, son propre frère ».
Et moi, dans ma petitesse, je prie le Seigneur pour que cette union d’esprit et de cœur que le divin Maître a laissée comme dernier souvenir, comme héritage sans prix à ses Apôtres et à tous ceux qui croiraient en lui, règne à jamais entre les membres des maisons de notre Institut qui sont aussi appelés à préparer de nouvelles recrues pour l’apostolat. Que la concorde règne toujours entre eux et qu’ils soient soumis en tout, sans réserve ni sous-entendu, aux normes édictées par la Direction Générale. Tout désaccord, divergence, conflit qui surgirait entre eux, causerait un préjudice très grave à la paix et à l’édification des frères.
« Ô quel plaisir, quel bonheur – s’écrie l’auteur des Psaumes – de se trouver entre frères !».
Qu’il plaise au Ciel que notre Société parvienne à offrir toujours d’elle-même ce spectacle réconfortant et elle parviendra assurément à l’offrir dans la mesure où la charité de Jésus-Christ, telle qu’elle est évoquée par le Grand Apôtre des Nations, sera la norme qui règle tous nos rapports mutuels et fera de tous les membres qui la composent un seul cœur et une seule âme. Que chacun, pour sa part, soit attentif à garder jalousement le lien de cette union sainte en écartant tout ce qui pourrait l’affaiblir. Qu’il réprime en lui-même son égoïsme, l’esprit critiqueur et grognon, la tendance aux querelles et aux singularités, la manie de se mettre en avant et de dominer. Tout cela doit être sacrifié avec générosité sur l’autel de la concorde fraternelle qui rend joyeuse la vie en commun, affermit et fait prospérer les institutions.
10 J’ai voulu, mes frères très chers et bien-aimés, confier à votre attention tout ce qui précède au moment même où je remets entre vos mains le texte de nos Constitutions, épris que je suis du désir ardent de votre sanctification et du bien de notre humble Société. Et, étant donné qu’il me faut, contre mon gré, prendre congé de vous, permettez-moi qu’en résumant tout ce que je viens de vous dire, j’exprime un vœu. Le vœu que le trait caractéristique qui devra distinguer les membres présents et à venir de notre Société, soit toujours la résultante des coefficients suivants : un esprit de foi vive qui nous entraîne à voir Dieu, à chercher Dieu, à aimer Dieu en toute chose, ravivant sans cesse en nous le désir de diffuser partout son Règne ; un esprit d’obéissance empressée, généreuse, sans faille en toute circonstance et à tout prix pour emporter les victoires assurées par Dieu à celui qui sait obéir ; un esprit d’amour intense envers notre famille religieuse qu’il nous faut regarder comme notre mère et un esprit de charité à toute épreuve envers les membres qui la composent. Ce vœu que vous devez considérer comme le testament du père, je le confie au cœur adorable de Jésus en le suppliant de l’accomplir par sa grâce. Et si nous tous, nous coopérons à la réalisation de ce vœu et chacun pour sa part, de la manière la meilleure possible, nous apporterons notre contribution, si modeste soit-elle, même en tant qu’ouvriers de la dernière heure, à l’édification du Corps Mystique du Christ, et nous recevrons en retour la même récompense que les ouvriers de la toute première heure.
11En ce moment précis où j’expérimente en moi toute la douceur de l’amour du Christ, combien plus fort que toute affection humaine et que se présente à mon esprit toute la grandeur de la cause qui nous resserre au sein d’une même et unique famille, j’embrasse avec tendresse, comme s’ils étaient ici devant moi, tous ceux qui ont exprimé leur adhésion à notre humble Société et tous ceux qui le feront dans l’avenir, et sur tout un chacun j’implore de Dieu, dans ma petitesse, l’esprit des Apôtres et la persévérance jusqu’à la fin.
En exprimant le vœu qu’un jour nous puissions tous nous retrouver au Ciel, notre patrie bienheureuse, après avoir été ici-bas membres de la même et unique famille, je vous donne ma bénédiction.
Parme, de notre Maison-Mère,
Le 2 juillet 1921.
Affectueusement vôtre, dans le Cœur de Jésus
† Guido Maria Archevêque - Évêque et
Supérieur Général
de la Société de Saint François Xavier
pour les Missions Étrangères.



