
Mongo Bendugu/Sierra Leone : La paroisse où les coutumes traditionnelles résistent
Originaire de la RD Congo, paroisse de Birava, archidiocèse de Bukavu, le père Donatien Ciza est missionnaire xavérien. Issu d’un milieu où n’est pas être chrétien est une exception, il est aujourd’hui missionnaire à la paroisse Marie Reine des Apôtres- Mongo Bendugu/ diocèse de Makeni/Sierra Leone. Il s’agit d’un milieu où le christianisme fait face à une résistance. Car non seulement ceux qui veulent devenir chrétiens sont moins nombreux, mais aussi certains baptisés n’hésitent pas à réintégrer leur ancien lieu de culte : la mosquée. Quant à la proposition du mariage chrétien, l’idée ne passe simplement pas, constate le jeune missionnaire. En ce mois missionnaire, le vicaire de cette paroisse typique de la première annonce de l’évangile a accepté de partager avec nous son expérience.
- . Louis BIRA, sx: Depuis un an tu travailles comme vicaire dans la paroisse de Mongo Bendugu, une communauté atypique. Car elle est une petite minorité au milieu d’une majorité musulmane. Quelles sont tes impressions depuis ton arrivée ?
- Donatien CIZA sx: Je viens d’une réalité où l’église bouillonne. Où tout le monde est presque chrétien. Et maintenant je suis dans une réalité où presque personne n’est chrétien. Mes premières impressions m’ont fait penser tout de suite à l’actualité de notre charisme. En effet, notre Institut a été fondé afin que ses membres aillent annoncer l’Evangile aux 'non chrétiens'. Et ici à Mongo Bendugu, je comprends mieux ce qu’être envoyé aux 'non chrétiens'. De même, le xavérien doit être prêt à aller là où personne ne voudrait aller, pas par arrogance ni par heroïsme, mais pour répondre au désir qui animait notre saint fondateur Guido Maria Conforti. Mais je dois l’avouer : un tel déplacement n’est pas sans difficulté. Certes on y va confiant ! Comme le dit Saint Paul, c’est « L’amour du Christ qui nous pousse ».
- Louis BIRA, sx: Toutes les statiques montrent que le nombre de chrétiens augmente partout en Afrique. Mongo Bendugu fait exception. Car on sait que le premier missionnaire xavérien y est arrivé en 1952. L’église a été construite et inaugurée en 1992. Et la paroisse a été érigée en 2011. Pourtant les chrétiens sont toujours à compter au bout de doigts. Ne peut-on pas parler d’une résistance au christianisme ?

- DDonatien CIZA, sx: D’une manière ou d’une autre c’est vrai. On peut même dire que les coutumes traditionnelles résistent bien au christianisme. Disons que l’islam est devenu ici un fait culturel. Et on ne choisit pas sa culture, on la trouve. A Mongo on nait musulman. On n’est pas libre de se convertir au christianisme quand bien même certains aimeraient bien, tellement la pression est forte. Pourtant, comme missionnaires, nous sommes bien accueillis, bien estimés. Venir à l’église n’est même pas un problème selon qu’on est ami ou proche du missionnaire (juste pour accompagner le « fada » dans ses choses). Mais tout en restant musulman quand même. Souvent ça décourage et peut être on comprend pourquoi au bout de 12 ans d’existence comme paroisse, Mongo a déjà connu 6 curés.
- Louis BIRA, sx: Il n’est pas inhabituel à Mongo Bendugu de voir des jeunes qui avaient reçu le baptême et fréquentaient l’église de rentrer à la mosquée et de se détourner de la foi chrétienne ? Sais-tu pourquoi ce revirement ?

- DDonatien CIZA, sx: Ici c’est une monnaie courante. Et cela est dû à ce que j’ai à peu près mentionné ci- haut : la pression de la famille, les intimidations des responsables des mosquées et sûrement le manque de motivations profondes d’être chrétien. On se demande s’il faut continuer à conférer le sacrement de baptême, surtout à ceux qui ne viennent pas de familles chrétiennes. Pourtant une petite communauté chrétienne au milieu de la majorité non chrétienne devait être comme cette lampe non cachée, mais mise sur le boisson pour bien éclairer tout le monde. C’est cela notre espérance ici à Mongo. Et c’est ce à quoi on essaie de travailler. Nous sommes confiants cela adviendra quel que soit le temps que cela pourra prendre. La mission est avant tout la « missio Dei », la mission de Dieu. Dieu a son temps. Et c’est le meilleur. Dieu a aussi ses chemins. Certainement Jésus a beaucoup de « disciples anonymes » à Mongo ; même S’il n’est pas étonnant de voir, au lendemain de son baptême, le néophyte avec sa houe, le dimanche, aller au champ comme tout le monde. De même, il s’observe facilement que certains de nos baptisés rentrent dans les mosquées alors qu’ils sont déjà baptisés. Il est aussi vrai qu’il existe un nombre de personnes, petit soit-il, qui intègre l’église catholique une fois qu’il quitte le village pour s’installer en ville. C’est le cas de certains élèves qui viennent de nos écoles.
- Louis BIRA sx: Un autre phénomène qui caractérise Mongo Bendugu est la difficulté d’accueillir la proposition du mariage chrétien. En effet, votre communauté chrétienne ne dispose pas d’un couple marié à l’église et qui essaie de vivre l’idéal du mariage chrétien. On sait que certains de vos paroissiens qui avaient fait bénir leur mariage dans l’église sont redevenus polygames. Est-ce un signe d’un rejet de l’idéal chrétien du sacrament du mariage ?

- DDonatien CIZA sx: La question du mariage chrétien en Afrique pose beaucoup de défis et plus encore dans un milieu à majorité musulmane. Ici le christianisme est arrivé dans un milieu où les coutumes traditionnelles sont très favorables à la polygamie. Puis l’islam y est arrivé et a trouvé un terrain fertile. En effet, nous avons des jeunes très engagés mais jamais mariés religieusement. Souvent c’est parce qu’ils sont déjà polygames dans leur bas âge ou carrément parce qu’ils se savent futurs polygames. Qu’un homme soit marrié à une seule femme, voilà ce qui est très loin d’être accepté. Ici l’idée du mariage chrétien monogamique ne passe pas. La cuture résiste. Quand je vois la situations de nos paroissiens polygames, il m'arrive de me demander s'il ne faudrait pas parler de chrétiens polygames en Afrique ? En fait le mariage polygamique en Afrique, on en parle moins au niveau de l’Eglise Universelle ! Pourtant c’est un problème sérieux pour nos églises. Nous avons des jeunes mariés coutumièrement à des musulmanes. Leurs épouses avec leurs enfants vont à la mosquée. Et ce phénomène nous semble un grand problème dans le futur. Peut-être qu’un jour on pensera à la mission évangélisatrice hors paroisse, ici à Mongo. Mails l’Esprit Saint est à l’œuvre malgré tout.
- Louis BIRA sx: Malgré le nombre très réduit de chrétiens, votre paroisse dispose de 2 écoles secondaires et 32 écoles primaires ; des écoles dites catholiques romaines dont certains sans la présence d’un chrétien catholique. Comment justifiez-vous le maintien de telles écoles ?
- Donatien CIZA sx: L’accès à ce lieu est difficile à cause du mauvais état des routes. Le maintien de ses structures constitue bien évidemment un grand défi. Nous avons beaucoup d’écoles mais sans structure viable. Problème de bâtiment, d’enseignants qualifiés. Par générosité des personnes de bonne volonté, il nous arrive de payer des bourses à certains enseignants afin d’être qualifiés. Mais certains parmi eux, après leurs études supérieures, préfèrent rester en ville. Nous espérons qu’un jour le gouvernement va prendre conscience de ce problème et trouver de solutions. Sinon à l’allure où vont les choses certaines de ces écoles se verront fusionnées selon que les villages sont proches. Surtout, nous continuons notre service dans ces écoles comme une manière de rendre témoignage à l’évangile. Le chrétien a vocation à faire du bien à tous sans discrimination. Autrement, il n’est pas disciple du Christ. Lui qui s’est identifié à toute personne en besoin (Mt 25, 40).



