
Paroisse de Charre/Mozambique : Des jeunes et des adolescents désirent évangéliser leurs copains
Missionnaire xavérien depuis le 29 Juin 2020, jour de sa profession religieuse ; le Sébastien Cikuru a d’abord été prêtre diocésain de l’archidiocèse de Bukavu/RDCongo. Destiné au Mozambique en 2020, il a appris le portugais et le Chisena afin de pouvoir mieux communiquer avec le peuple de Dieu. A présent, il est vicaire à la paroisse de Charre. Il nous partage ici une belle expérience qu’il a eue avec les jeunes adolescents de sa zone pastorale en ce mois missionnaire d’Octobre. Pendant trois jours d’animation missionnaire, les jeunes ont appris à devenir évangélisateurs de leurs copains, nous confie le père Sebastien.
Louis BIRA sx : En ce mois missionnaire, votre paroisse a organisé 3 journées d’animation missionnaire (6-8 Octobre). Pourquoi une telle initiative ?
Sébastien CIKURUsx : En vérité, l’initiative ne saurait être la nôtre mais, une invitation ecclésiale ! Avec nos jeunes, nous avons juste dit notre « oui » à l’appel de l’Eglise synodale qui ne cesse de nous exhorter à ne pas rester sans rien faire. L’initiative a été motivée par la signification même du « Mois Missionnaire », un mois de sortie de notre quotidien pour aller à la rencontre de l’autre. L’autre qui est un don. L’autre qui est la mission. L’autre en qui le jeune doit rencontrer le Christ ; en qui se réunit une multitude de frères. Ainsi, unanimes, les jeunes ont répondu à ce noble appel. En les voyant sortir de leur isolement et leur éloignement les uns des autres, traversant de larges rivières et de montagnes, avec leur vif désir d’aller à la rencontre des autres, c’était déjà pour eux un geste béni et missionnaire, similaire à celui de la Vierge Marie soucieuse de partager son état d’âme, sa joie avec sa cousine Elisabeth.
Louis BIRA, sx : Quelles sont les activités qui ont rythmé ces jours ?
- Sébastien CIKURU, sx : En ces trois jours, il n’y avait rien d’invention ni d’activités extraordinaires. Nous n’avons que reproduit ce qu’ils ont toujours fait : des prières, des chants de louange, des chansons et des danses traditionnelles, la musique moderne, de jeux de football et la marche de santé etc. Mais, ce qui m’est apparu très admirable en eux est de voir que des choses très simples que les jeunes font dans leurs villages, d’une façon un peu isolée, une fois reproduites dans un lieu commun, deviennent source d’émotion, d’éclat de joie et d’édification mutuelle sans égal. Ces journées ont révélé l’importance de réunir les jeunes de temps en temps en grand groupe pour leur faire sentir la beauté et la joie d’être chrétiens ensemble en église.
Louis BIRA, sx : Vous avez choisi comme thème : « D’un cœur brulant, nos pas sur la route pour l’évangélisation de nos amis ». C’est une référence au message du pape pour la Journée mondiale des missions de cette année. Qu’avez-vous voulu transmettre de particulier ?
- Sébastien CIKURU, sx : Primo : sans aucune prétention de ma part, voyant la catholicité (l’universalité de ce message du Saint Père), un message adressé à tous les hommes de bonne volonté, j’étais toujours préoccupé en me demandant comment faire pour que le message du pape atteigne aussi les jeunes des milieux sans écoles et très éloignés et aux non catholiques dont j’étais déjà rassuré qu’ils seraient présents, en voyant le choix des activités. Segundo : je savais qu’il y avait dans notre paroisse des jeunes de plus de 17, qui n’avaient jamais passé ni une soirée dansante avec les autres, ni une veillée de prière avec les autres. Des jeunes qui, me disaient-ils, ne savaient pas que le prêtre pouvait passer la nuit sur la même paille avec les jeunes dans une salle de classe sans porte. Finalement je me suis rendu compte qu’ils ont beaucoup appris, peut-être pas forcement ce que je pensais leur apprendre dans mes thèmes de conférences, mais, plus dans ce qu’ils ont vu et expérimenté. Franchement, c’était sympa !
Louis BIRA, sx : Comment appréciez-vous la réponse de jeunes adolescents à votre désir de les inviter à devenir missionnaires auprès de leurs copains ?
- Sébastien CIKURU, sx : Une très belle question ! Cette question me rappelle une conversation très animée entre trois jeunes à laquelle j’ai assisté. Après le bref exposé sur l’épisode de disciples d’Emmaüs, où l’insistance portait sur le fait de marcher ensemble avec l’intelligence des Ecritures, surtout au moment de la déception et du découragement, l’un de jeunes qui avait déjà été dupé par un féticheur, a témoigné que l’expérience de disciples d’Emmaüs a été pour lui un bel exemple pour aider ses copains à ne plus tomber dans le même piège. A partir de partages de jeunes sur ce qu’ils ont retenu au sujet de ‘l’intelligence des Ecritures’ (chemin d’Emmaüs), des jeunes ont manifesté le désir d’éclairer leurs copains qui le plus souvent, sans discernement, se laissent séduire par de messages de prophéties faites par des charlatans tenant la Sainte Bible en la main.
Louis BIRA, sx : Après ces journées d’animation missionnaire paroissiale, quelle sera la suite ? Des actions concrètes ?
- Sébastien CIKURU, sx : Sans ignorer les exigences de la logistique- coût financier du voyage, logement, nourritures…- les jeunes ont tellement apprécié l’expérience qu’ils ont unanimement exprimé le désir de la répéter. Ils ont promis de pouvoir faire mieux à la prochaine occasion en essayant de corriger les quelques failles qu’ils ont observées durant la première expérience d’animation. Ils ont également exprimé le désir d’élargir la communication des leurs expériences à d’autres copains à travers une radio communautaire qui serait disposée à leur donner un espace. Naturellement, il reste la question de moyens financiers. Car il s’agit d’une radio qui fait payer ses émissions.








