
Mozambique : L’aide des autres chrétiens du monde a été très appréciée
BONANE CHOKOLA Dieudonné est missionnaire xavérien originaire de la RDCongo. Il est en mission au Mozambique depuis décembre 2010 et exerce le service du supérieur délégué de cette circonscription xavérienne. En vue de la prochaine Journée Missionnaire Mondiale du 18 Octobre, il a accepté de répondre aux questions de Louis Bira, coordinateur du Centre d’Etudes Africaines de Missionnaires Xavériens. En référence aux mots de saint Guido Maria Conforti : « Le Seigneur ne pouvait être plus bon envers nous » ; le père Bonane dit sa gratitude pour l’aide reçue de la part des autres chrétiens du monde en signe de solidarité lors de tristes événements dus aux cyclones.
LOUIS BIRA (LB) : La Journée Missionnaire Mondiale ou Journée Mondiale des Missions sera célébrée ce 18 Octobre 2020. Quelles sont les activités que vous comptez organiser ?
BONANE CHOKOLA Dieudonné (BCD) : A vrai dire cette année est exceptionnelle. Avec la situation de la pandémie due au coronavirus, le gouvernement a à peine autorisé le retour des célébrations liturgiques le 23 Août dernier. Et il a imposé plusieurs restrictions dont la possibilité de réunir seulement 50 personnes pour prier, l’obligation de porter les masques pendant la célébration et le respect absolu de la distanciation sociale (1,5m). Pour ce faire, la Conférence Épiscopale Mozambicaine (CEM) a demandé aux curés de paroisses d’éviter toute subversion et de réaliser les activités strictement nécessaires évitant les agglomérations. Dès lors, nous n’avons pas encore d’idées claires comment nous allons vivre la journée mondiale des missions cette année. Néanmoins, en temps normal, en plus de la prière, nous avons l’habitude d’organiser des expos missionnaires avec les jeunes.
LB : Quels sont les objectifs que visent vos activités ?
BCD : Les objectifs que visent nos activités- en temps normal-sont les suivantes :
- Prier pour les missions et pour les missionnaires engagés dans les 4 coins du monde annonçant la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ;
- Collecter les offrandes pour contribuer à la propagation de l’Evangile
- Faire connaître nos missions et le charisme de notre Congrégation aux jeunes
- Susciter l’élan missionnaire dans les cœurs des chrétiens de nos paroisses
LB : Quelle collaboration existe-t-elle entre le service d’animation missionnaire des Missionnaires xavériens et celui des Œuvres Pontificales Missionnaires au niveau diocésain ?
BCD : De façon directe la collaboration n’est pas très bien définie. Car nous sommes tous impliqués dans l’animation missionnaire. Nous ne savons pas distinguer nettement jusqu’où arrive la collaboration entre nous et le diocèse ou entre nous et le service des Œuvres Pontificales Missionnaires. Toutefois, dans toutes nos paroisses l’enfance missionnaire est bien implantée et fonctionne normalement. Dans la paroisse de Chemba où je suis curé, nous avons reçu plus d’une fois une aide financière du diocèse (petite mais suffisante) pour encourager l’œuvre missionnaire avec les enfants et les adolescents. C’est pour cette raison que chaque année nous organisons Noël des enfants ou les petits de l’enfance missionnaires animent la messe, le théâtre de la naissance de Jésus. Aussi, ils distribuent les aliments aux enfants les plus démunis de la paroisse. Cette activité fait grandir l’esprit missionnaire et le sens du don de soi dans les cœurs de nos enfants. Qui sait, c’est peut-être une semence vocationnelle lancée qui un jour produira son fruit dans la vigne du Seigneur.
LB : Nous célébrons cette année la Journée Mondiale Missionnaire dans un contexte marqué par la pandémie du Covid-19. Quel impact cette situation aura-t-il sur l’organisation de vos activités ?
BCD : Comme dit ci-haut, l’impact du Covid-19 sur nos activités religieuses et ecclésiales est très fort ressenti. Rien ne sera plus comme avant. Le président Felipe Nyussi insiste en disant : « nous devons nous adapter à une « nouvelle normalité ». Désormais la pandémie dicte les normes du rapport au prochain et nous oblige à adopter un nouveau style de vie sobre. Par conséquent, nos activités missionnaires seront teintes de sobriété. Aussi la collaboration matérielle sera affectée profondément. Car le pays était en train de se reconstruire après les deux cyclone IDAI et KENETH , voila qu’aujourd’hui le COVID-19 vient enfoncer le clou de la pauvreté qui faisait déjà rage au Mozambique.
LB : Le thème de la Journée Missionnaire Mondiale de l’année passée : « Baptisés et envoyés : l’Église du Christ en mission dans le monde » avait mis en évidence le caractère fondamentalement missionnaire de l’Eglise et de tout baptisé. Comment pensez-vous pérenniser cet héritage ?
BCD : Nous avons adhéré à 100% au programme de notre Eglise locale qui ne s’est pas limité à célébrer le mois missionnaire extraordinaire comme l’avait demandé le Pape François. Mais elle avait voulu étendre les réflexions sur ce thème durant toute une année, dite année missionnaire: d’octobre 2019 à Octobre 2020. Nos évêques ont programmé au long de l’année plusieurs activités d’animation missionnaires comme : les semaines bibliques, la création des équipes missionnaires (des laïcs) qui devraient visiter et animer les CEV ; les rosaires missionnaires, les célébrations dans les familles (églises domestiques), la plantation des arbres fruitiers (la question écologique) ; les pèlerinages et l’intérêt pour l’histoire des catéchistes martyrs locaux. A cet effet, l’Eglise du Mozambique cherche à débuter le procès de canonisation de certains laïcs pour qu’ils soient reconnus par l’Eglise Universelle comme modèles de foi missionnaire. Toutes ces activités auraient comme objectif « conscientiser » les chrétiens sur leur devoir missionnaire qui incombe à chaque chrétien en vertu de son baptême.
LB : Un des objectifs de la Journée Mondiale Missionnaire est de stimuler la coopération et l’aide matérielle et financière pour les missions afin d’offrir à l’Eglise des moyens pour soutenir ceux qui sont dans le besoin à travers le monde. Concrètement, comment envisagez-vous atteindre cet objectif ?
BCD : Dans nos paroisses, nous essayons d’animer les chrétiens à collaborer activement pour l’œuvre missionnaire. La quête du dimanche des missions a toujours été consistante. En plus, avec l’expo missionnaire que nous réalisons dans certaines de nos paroisse, nous vendons quelques articles religieux ou liturgiques à bas prix pour faciliter l’acquisition de ces derniers. L’argent récolté est ensuite canalisé vers le même objectif : collaborer si peu que soit il a l’œuvre missionnaire de toute l’Eglise.
LB :Informer sur la situation des chrétiens dans le monde est un autre objectif de la Journée Missionnaire Mondiale. Il n’y a pas longtemps, le Mozambique a fait face à une catastrophe due aux cyclones. Comment a été le soutien des autres chrétiens du monde à l’égard des chrétiens mozambicains ?
BCD : Le seigneur ne pouvait être plus bon envers nous, s’est exclamé notre fondateur, saint Guido Maria Conforti, le jour où il rédigeait la Lettre Testament dont nous sommes en train de célébrer l’année jubilaire. Je fais mien ce sentiment de gratitude. Au moment de cette grave crise, presque toutes les circonscriptions xavériennes nous avaient appuyé et nous avaient aidé au-delà de nos attentes. Les chrétiens de partout au monde nous sont venu en aide. Et leur aide était très appréciée par le peuple mozambicain dont la majorité n’est pas chrétienne. Il faut aussi signaler l’aide des certains chrétiens mozambicains qui n’avaient pas souffert les effets des cyclones. Les organismes comme Caritas diocésaine et Caritas Internationale ont mis la main dans la pâte pour soulager les besoins de nos frères et sœurs en détresse. Bref ,les chrétiens comme les hommes de bonne volonté de partout dans le monde ont généreusement contribué pour reconstruire le Mozambique détruit par les cyclones IDAI et KENETH.
LB : L’Eglise catholique du Mozambique n’a pas beaucoup de prêtres diocésains et religieux. Comment les jeunes réagissent-ils à la proposition du choix de la vocation à la vie sacerdotale et missionnaire ?
BCD : Les jeunes mozambicains sont très« patriotiques ». Ils aiment beaucoup leur pays et respectent suffisamment les traditions de leurs ancêtres. Il est aussi vrai que les jeunes répondent avec enthousiasme à la proposition d’une vie religieuse et missionnaire consacrée à Dieu dans le sacerdoce. Car les séminaires accueillent un nombre non négligeable des jeunes candidats au sacerdoce et à la vie religieuse. Néanmoins, nombreux sont ceux que n’arrivent pas au bout de la formation. D’autres ne répondent pas à l’appel missionnaire pour des motifs familiaux ou par manque de formation religieuse et académique solides, ou à cause de l’influence du milieu (polygamie, mariages précoces, promiscuité).
Et puis, les jeunes mozambicains ne sont pas à l’abri des influences du capitalisme matérialiste. En effet, ici beaucoup de jeunes gens n’ont qu’un rêve : être professeur ou un agent de l’État afin d’entrer dans le « système » ; l’objectif étant d’accumuler le maximum des biens (argents, maisons, voitures, moto…). Dès lors, une vie qui demande de se sacrifier, de tout donner afin de se mettre au service des autres n’est plus un modèle qui les attire ; et cela dans un pays où l’Eglise ne jouit pas de la sympathie de l’Etat. L’idéologie marxiste que le parti au pouvoir a mis dans la tête de jeunes freine beaucoup de vocations. Qu’à cela ne tienne, le peu de jeunes qui arrivent à répondre positivement à la vocation à la vie consacrée et au sacerdoce ministériel le font généreusement et s’engagent sérieusement.



