
Père Victor Bongiovanni sx : Un jeune missionnaire de 80 ans
26 Juin 1941- 26 Juin 2021, 80 bonnes années se sont écoulées depuis la naissance du P. Victor Bongiovanni. Il est arrivé en Sierra Leone en 1973 et y est maintenant depuis 48 ans. Une grande partie de son temps, il a toujours été impliqué avec enthousiasme dans la pastorale de la jeunesse. Il a été directeur du Centre pastoral du diocèse de Makeni pendant 24 ans.
Au cours de cette période, il a établi de nombreuses installations récréatives sportives. Avec lui, le Centre Pastoral est devenu un Centre de thérapie pour les jeunes qui ont découvert leurs talents, tout en construisant des liens forts d’amitié fort parmi les jeunes de la ville de Makeni. Même à l’âge de 80 ans, dans la paroisse de Saints Martyrs de l’Ouganda à kabala, où le P. Victor sert, il poursuit son œuvre missionnaire auprès des jeunes et des enfants avec une facilité incroyable qui le fait ressembler à un jeune missionnaire de 80 ans. Pour son 80e anniversaire, l’Association des anciens étudiants du Centre Pastoral (PaCOSA) a organisé une célébration spéciale pour lui qu’ils appellent tendrement Pa. Alimamy.
Dans cette interview, j’ai voulu l’écouter.
Louis Bira (LB) sx : En signe de gratitude, l’Association des anciens étudiants du Centre Pastoral (Pa COSA) vous a surpris avec une célébration spéciale avec de nombreux cadeaux. Qu’avez-vous ressenti à cette occasion ?
P. Victor Bongiovanni sx : La célébration a été pour moi une surprise totale. Je ne savais rien de leur plan. Croyez-moi, plusieurs fois au cours de cette célébration, j’ai prié, disant au Seigneur: « C’est pour vous! Pour votre gloire ! Je ne mérite pas tout ça ! » Ils m’ont demandé une retraite spirituelle sur « la famille chrétienne ». J’ai tout préparé sans connaître leur plan. Quelle surprise! Plus je reste en Sierra Leone, moins je comprends les Sierra-Léonais, mais plus je les aime. J’ai découvert, surtout lorsque j’étais parmi les rebelles, que les Sierra-Léonais sont, par nature et par culture, de bonnes personnes avec un profond sentiment de gratitude.
LB: Même à l’âge de 80 ans, vous continuez joyeusement à vous impliquer dans la pastorale des jeunes et des enfants. Quand prendrez-vous votre retraite?
P. Victor Bongiovanni sx : Je n’ai jamais pensé à la retraite. Je suis toujours en train de réfléchir et de planifier les engagements futurs. Parfois, j’ai peur que mes supérieurs décident pour moi d’une retraite forcée, me demandant de retourner en Italie à cause de mon âge. J’espère que cette date ne viendra pas, du moins pas si tôt.
LB : Lors de la célébration de votre anniversaire, les jeunes se sont rappelés que pendant votre séjour à Port Loko, vous avez aidé à lutter contre l’épidémie de choléra. En signe d’appréciation, les autorités traditionnelles de la chefferie de Sanda Magbolonto vous ont couronné du titre honorifique de Pa Alimamy. Un titre qui vous a permis de siéger au conseil des anciens qui prend des décisions de cette chefferie. Depuis ce temps, qu’avez-vous appris de la culture sierra-léonaise?
P. Victor Bongiovanni sx : J’ai appris que les Sierra-Léonais sont un peuple qui vous étudie. Ils croient en vous non pas pour ce que vous dites, mais pour ce qu’ils voient. Ils ont une bonne mémoire. Ils n’oublient pas l’aide que vous leur avez apportée. Même après des années, vous rencontrez des personnes qui viennent à vous pour vous remercier. Vous les avez oubliées mais elles se souviennent encore de vous. Les sierra léonais sont sincères quand ils vous disent « Tenki »-(Merci). J’ai plusieurs cas de jeunes adultes qui viennent me voir avec des offrandes généreuses et me disent: « Père, c’est à toi d’aider les élèves pauvres comme tu m’as aidé. »
LB : Après 48 ans de service missionnaire, vous dites toujours que vous n’êtes pas venu en Sierra Leone pour remplir des bouteilles vides, mais pour enlever les bouchons et aider les gens à sortir d’eux-mêmes tout le bien et les talents qu’ils ont en eux-mêmes. Qu’entendez-vous par là?
P. Victor Bongiovanni sx : Quand j’ai quitté l’Italie la première fois pour la Sierra Leone, il y avait des gens dans mon village italien qui me louaient en me disant : « Tu es grand parce que tu es un missionnaire qui porte le Seigneur en Sierra Leone. » Je suis arrivé en Sierra Leone et là, à l’aéroport, j’ai rencontré un groupe de chrétiens qui m’attendaient et m’accueillaient au nom du Seigneur. Le Seigneur était déjà là. Je me suis donc demandé à plusieurs reprises : « Mais qu’est-ce que je suis venu faire en Sierra Leone ? »
Le vrai missionnaire est le Seigneur. Je ne suis qu’un de ses catéchistes. Mon travail est, (c’est mon désir!) un essai continu d’aider les Sierra-Léonais à se prendre en charge, en particulier les jeunes. Nos jeunes doivent être convaincus qu’ils sont les agents-protagonistes du développement de la Sierra Leone. Pour cette raison, les écoles sont si importantes pour eux, pour leurs familles, pour le pays dans son ensemble.
LB : Dans son Exhortation post-synodale, Aux Jeunes et à tout le peuple de Dieu (« Christus Vivit », n° 40), le pape François a dénoncé ce qu’il qualifie « d’un clergé mal préparé à s’engager efficacement avec les sensibilités des jeunes et le rôle passif attribué aux jeunes au sein de la communauté chrétienne ». Que conseillez-vous à ceux qui sont actuellement impliqués dans la pastorale des jeunes et des enfants?
Fr. Victor Bongiovanni sx
- Pour moi, il est très important d’aider les jeunes à avoir une « EXPÉRIENCE JOYEUSE D’ÊTRE CHRÉTIEN ». Les jeunes doivent avoir la joie de connaître la personne de Jésus. Nous, formateurs, devons être prêts à présenter Jésus vivant. Jésus devrait toucher le cœur de nos jeunes. Jésus est celui qui les convertit pas nous les formateurs. Dans ce voyage de foi, l’expérience et la joie doivent être présentes. Notre catéchèse et nos rencontres doivent toujours conduire à une expérience de Joie. Le souffle de notre jeunesse est un besoin de joie et d’amour. Le pape François nous a donné des documents merveilleux que nous devons comprendre - étudier - et méditer avec notre jeunesse. Ils ont été écrits pour tous les croyants, c’est vrai, mais ils répondent si bien au désir de la jeunesse: "Christus vivit », « Laudato sii », « Fratelli tutti ».
- Nous devons aider nos jeunes à aimer l’Église. Nous, formateurs, devons utiliser l’intelligence et l’imagination pour amener nos jeunes à accepter, à croire et à être mis au défi par l’Église. Ils ont besoin et veulent être impliqués dans la vision de l’Église : « NOUS SOMMES L’ÉGLISE ». Ils veulent que leur présence dans la vie de la Communauté soit admirée et louée. Ce sont des jeunes: ils doivent être traités comme des adultes, mais les formateurs ne doivent pas oublier qu’ils ne sont pas encore adultes. Ils ont besoin des adultes mais leur besoin doit leur être enseigné avec patience, avec le temps et avec amour...
- Nos jeunes devraient faire l’expérience de leur rôle et de leur importance dans la Communauté. Leur présence dans la Liturgie, dans d’autres domaines doit être ressentie avec fierté et fidélité. Ils devraient être éduqués pour tenir leurs promesses avec un profond sens de responsabilité. Ensuite, toutes leurs réunions ne devraient pas se limiter à des discours-causerie. La réunion des jeunes devrait se conclure par un plan d’action. Les jeunes ont besoin de voir qu’ils sont capables de réaliser quelque chose. Ils veulent de l’action. Ils ont besoin d’agir, de faire quelque chose. Surtout, ils ont besoin des prières de leurs formateurs. Jésus devrait être leur Formateur. Jésus devrait être la première priorité dans leur voyage de foi et non les Formateurs.



