Accéder au contenu principal
Partager cet article

Une minorité de jeunes en quête du sens de leur vie


Les jeunes ont déserté les paroisses. La question de Dieu ne les intéresse plus. Ils sont devenus des athées. Ils sont indifférents. Ce sont là des phrases que nous lisons dans plusieurs enquêtes sociologiques sur la pratique religieuse juvénile dans les pays occidentaux. Les faits sont là en faveur de ces affirmations. On ne saurait les nier. Mais lorsqu’on a pris acte d’un tel constat, est-ce qu’on a tout dit de la condition religieuse des jeunes ? Ce n’est pas si sûr que ça. A part les foules que drainent les journées mondiales de Jeunes (JMJ) ; et donc qui portent un bémol sur ce qu’on dit à propos de la foi de jeunes, il existe dans les paroisses et les diocèses, dans des aumôneries d’écoles et universités, des expériences que font une minorité de jeunes en quête du sens de leur vie à partir de l’expérience de foi. Et on parle peu ou pas suffisamment de cet autre face du vécu spirituel des jeunes. Un cas parmi tant d’autres est le chemin spirituel triennal que le diocèse de Como en Italie du Nord propose aux jeunes en vue du discernement de leur vocation et de l’engagement en société.

Dieu au cœur de la rencontre

Le weekend (18-19 Mars), j’étais invité à participer à la rencontre d’un groupe de jeunes étudiants venant de différentes paroisses du diocèse de Como. La rencontre a eu lieu dans le cadre d’un programme d’accompagnement de jeunes qui sont en quête du sens de leur vie en puisant aux sources de la foi chrétienne. Au cœur de la rencontre, il y avait la question du rapport des jeunes avec Dieu, leur expérience de foi en Jésus et l’engagement en société auquel débouche une telle rencontre. Précisément, il s’agissait pour les jeunes de comprendre ce qu’est l’espérance chrétienne et comment en être témoins dans le monde à l’exemple de quelques figures qui ont essayé ou essaient de montrer qu’être disciple du Christ signifie s’ouvrir à l’amour de Dieu et servir tout être humain. Car le frère et la sœur, quelle que soit son origine, son genre, sa condition sociale ou sa couleur de la peau, est un frère ou une sœur en humanité, un enfant de Dieu.

Le sommet de l’expérience était les moments de prière communautaire et personnelle, l’écoute et la méditation de la parole de Dieu, l’adoration et la célébration de l’eucharistie dans un style très vivant. Il s’agissait ainsi de proposer aux jeunes une expérience concrète de foi à partir d’une appartenance décomplexée à l’Eglise catholique et l’attachement à son enseignement.

Un mix intéressant et innovateur

De ce que je sais à partir de mon expérience de la RDCongo, du Cameroun et de la Sierra-Leone, les rencontres du groupe vocationnel réunissent les jeunes garçons et jeunes filles en quête du discernement de leur vocation. Généralement, c’est un accompagnement d’un groupe juvénile homogène qui cherche à savoir si oui ou non Dieu les appelle à le servir dans l’Eglise comme prêtres, religieux ou religieuses. Alors que le Pape François a agréablement remis au goût du jour l’idée que toute vocation et la mission qui en découle sont fondées dans le baptême, il est réducteur de continuer à penser le groupe vocationnel comme un club de futurs prêtres, religieux ou religieuses. Ce qui se fait au diocèse de Como me semble alors une expérience qui enrichit la pastorale de vocations, du moins de la manière dont elle est généralement faite dans les églises d’Afrique.

Dès lors, je trouve que l’initiative de l’aumônerie vocationnelle du diocèse de Como est intéressante et innovatrice. Innovatrive d’abord par la composition du groupe. En effet, la rencontre a réuni : les étudiants en quête de discernement vocationnel, deux couples de jeunes fiancés, un couple de mariés parents d’un séminariste, une laïque consacrée, une religieuse Dorothée éducatrice, deux missionnaires xavériens (le confrère Carlo Salvadori et moi-même) et don Michele Pitino, un jeune prêtre très dynamique.

C’est intéressant par les thèmes proposés aux jeunes et la manière de les traiter. De quoi s’agissait-il ce weekend ? Les deux journées étaient bien chargées d’activités. Tout a commencé samedi très tôt le matin avec le chemin de Croix qui part de pieds de la colline qui longe le lac de Como jusqu’au sanctuaire marial de Notre Dame du secours d’Ossuccio. Ce chemin de Croix était animé par les jeunes étudiants auxquels s’étaient rejoints les grands séminaristes du diocèse de Como avec leurs formateurs et d’autres laïcs. Après la messe et un light petit déjeuner au bord du lac, nous nous sommes dirigés dans un centre d’accueil tenus par les missionnaires de Don Luigi Guanella.

Dans la matinée, l’aumônier Don Michele, a proposé une catéchèse de base sur l’espérance chrétienne. Les étudiants très assidus suivaient avec grande attention et prenaient des notes; un véritable moment d’instruction chrétienne. Selon l’aumônier, cet enseignement de base vise à corriger le faussé qui existe entre la grande connaissance intellectuelle des jeunes et le degré de leur méconnaissance de ce qu’enseigne l’Eglise. Cette proposition catéchétique aide ainsi les étudiants à pouvoir rendre compte de l’espérance qui est en eux (1 P 3, 16).

L’après-midi du samedi était consacré à la rencontre avec des acteurs de terrains, témoins de l’espérance. A cette occasion, les jeunes ont suivi le témoignage de la vie de l’ambassadeur Luca Attanasio, tué à Goma (RDC), le 22 Février 2021. Etaient présents son père et sa mère. Ils ont montré que l’ambassadeur Luca était un fervent chrétien catholique marié à sa femme Sophia, de confession musulmane. Selon eux, l’ambassadeur Luca, un homme simple, a toujours considéré sa mission diplomatique comme une vocation, un service concret aux plus marginalisés de la RDC, parfois en brisant les normes protocolaires. Les parents de l’ambassadeur ont dit aux jeunes de se considérer comme de privilégiés ; si on tient compte de la situation des autres jeunes dans quelques parties du monde, mais un privilège qu’ils doivent mettre au service des autres, à la manière de Luca. Il était frappant de voir la dignité et la sérénité avec laquelle les parents de Luca Atanasio parlaient de lui. Cela a beaucoup marqué les jeunes, selon leurs témoignages.

La situation de la guerre en RDC a été aussi présentée aux jeunes, surtout en insistant sur les personnages qui essaient d’être porteurs d’espérance comme le prix Nobel de la paix, le docteur Denis Mukwege et le groupe des amis de Luca Atanasio. Cela a été fait par les activistes congolais Pierre Kabesa et Evelyne Sukali. Ils ont expliqué aux jeunes que la guerre qui se vit en RDC est certes locale mais a de ramifications internationales à cause de multiples intérêts économiques qu’elle implique. En partant de la philosophie de l’Ubuntu, l’activiste Pierre Kabeza a invité les étudiants à se considérer comme des citoyens du monde et que donc au nom d’une humanité commune et unique, ils devraient penser que le malheur du peuple congolais est aussi le leur ; une manière de les inviter à la compassion et à un engagement concret en vue d’un monde meilleur.

Pour ma part, j’étais invité à dire en quoi la récente visite du pape François a été un signe d’espérance en RDC. J’ai fait savoir aux jeunes que cette visite providentielle du pape a eu au moins trois mérites. D’abord, elle a réparé une injustice en faisant connaître au monde un pays en guerre dont on ne parle pas souvent. Ensuite, le pape a brisé le tabou en osant qualifier la situation de la RDC de « génocide oublié ». Puis, en venant en RDC, le pape a connu et fait connaître que la RDC n’était pas seulement un pays à aider, mais bien une nation-diamant qui avait tant à donner à notre monde aujourd’hui : la richesse de son peuple et sa résilience, ses différentes cultures, la vivacité de sa foi chrétienne, ses multiples richesses du sol et du sous-sol…A partir du témoignage de l’ambassadeur et la situation de la RDC, il se lisait sous les visages des jeunes et selon leurs propos, un désir de s’engager un peu plus en devenant des acteurs du changement, mus par leurs convictions chrétiennes.

De l’expérience de la foi à l’engagement concret

Le dimanche avait été marqué par deux moments forts. Dans la matinée, nous avions commencé par la célébration eucharistique. En partant de l’Evangile de l’aveugle de naissance (Jn 9, 1-41 ), j’avais invité les jeunes à penser leur expérience de la foi comme un itinéraire à la manière de l’aveugle-né qui, une fois guéri, grandit dans sa foi en reconnaissant Jésus comme homme, prophète et finalement comme Seigneur. Mais ce processus ne devait pas s’arrêter là. Car la crédibilité de l’expérience de la foi se vérifie par la qualité de son engagement en société.

Pour nourrir une telle démarche, les jeunes avaient à connaître et dialoguer avec deux acteurs chrétiens engagés qui ont puisé aux sources de leur foi pour servir la société. C’est dans ce cadre que le jeune bourgmestre de Lipomo-Como, monsieur Alessio Cantaluppi était invité à partager son expérience d’acteur politique chrétien. Selon son témoignage, son engagement en politique a été motivé et soutenu par sa rencontre avec un homme exceptionnel, don Roberto Malgesini, un prêtre de Como qui était très impliqué dans la cause sociale et don Lorenzo Milani que le bourgmestre a découvert en lisant sa pensée politique. Mr. Alessio avait fini son propos en exhortant les jeunes à ne pas rester de spectateurs inactifs, mais à s’engager, chacun à son niveau, car, disait-il, c’est de cette manière qu’on arrive à apporter un changement dans la société.

Un autre témoignage plus adapté à l’âge de jeunes était l’expérience d’une jeune de Como, Giulia Tringali qui, via vidéoconférence, avait partagé son expérience d’actrice humanitaire au Burkina Faso. Là, engagée dans une organisation non gouvernementale (ONG) internationale, Mani Tese, elle accompagne les femmes dans leur désir d’autonomisation par l’agriculture. Selon elle, c’est sa manière de contribuer et de témoigner en tant que jeune chrétienne à l’avènement d’un monde meilleur pour tous, selon le désir de Dieu.

Un weekend magnifique et instructeur, une expérience à approfondir et à refaire…Sont là les expressions qu’on pouvait retenir de l’évaluation des participants à la fin de l’expérience. D’un observateur comme moi venant d’un diocèse d’Afrique, il y a de quoi apprendre de cette pastorale juvénile vocationnelle du diocèse de Como. Celle-ci ne se limite pas à vouloir faire de jeunes des prêtres ou des sœurs religieuses. Mais elle vise à les accompagner pour donner sens à leur vie à partir de leur expérience de la foi et de leur appartenance à l’Eglise ; une manière de les aider à penser leur être chrétien comme un être disciple-missionnaire en tant qu’époux ou épouse, prêtre, religieux ou religieuse vivant au cœur du monde comme témoins du Christ.