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La vie consacrée : un chemin d’attente et d’espérance


Dans Spes non confundit (‘‘L’espérance ne déçoit pas), la bulle d'introduction au Jubilé de 2025, le pape François souligne que l’espérance, présente au cœur de chaque personne, constitue le message central de cette Année Sainte. Il invite les fidèles à raviver cette espérance, particulièrement en temps d’incertitude, en fixant leur regard sur le Christ. Cette espérance, enracinée dans la foi en Dieu, maître de l’histoire, devient une force qui anime la prière, le service et le témoignage de chaque consacré, l’orientant vers le Christ, source de tout accomplissement.

En s’inspirant de figures bibliques comme Siméon et Anne (Lc 2, 22-40), qui incarnent une attente persévérante et confiante, cette espérance nourrit la vie consacrée. La question qui se pose alors est de savoir comment cette attente et cette espérance, vécues dans la consécration religieuse, peuvent trouver un écho renouvelé à la lumière du Jubilé de 2025.

L’année jubilaire 2025 invite à renouveler l’attente active et l’espérance confiante propres à la vie consacrée, en s’inspirant de Siméon et d’Anne lors de la présentation. Ces figures incarnent une foi persévérante et une espérance comblée par la rencontre avec le Christ, modèle d’une consécration tournée vers Dieu et porteuse de témoignage et de mission.

La vie consacrée : une vocation marquée par l’attente

La vie consacrée est profondément marquée par l’attente : attente d’admissions successives (entrée au couvent, au noviciat), attente des vœux et des ordres, de missions, ou encore d’être relevé de certaines fonctions, sans oublier l’attente des congés ou de l’arrivée d’un nouveau membre, ... Cependant, cette multiplicité d’attentes ne fait pas nécessairement des consacrés des experts en patience, car certains peuvent manquer de persévérance. L’attente, dans la vie consacrée, est avant tout une disposition intérieure qui témoigne de la foi et de la confiance dans les promesses de Dieu. Cette attente, vécue dans la consécration, est une réponse à l’appel de Dieu, exigeant vigilance, disponibilité et engagement constant. Siméon et Anne, figures bibliques emblématiques, illustrent cette attente active dans leur prière et leur jeûne, guettant avec foi la venue du Messie (Lc 2, 25-38). Leur persévérance invite les consacrés à maintenir une relation vivante avec Dieu, animée par l’espérance.

L’année jubilaire 2025 constitue un cadre propice pour approfondir cette attente dans une dynamique de renouvellement spirituel. Les rites de purification, comme ceux évoqués lors de la présentation de Jésus au Temple (Lc 2, 22-24), symbolisent une préparation intérieure et rappellent l’appel à la sainteté. Une sainteté qui doit passer par la miséricorde et par une nouvelle manière de regarder les autres dans les communautés. Ainsi, à travers la prière, le service et le témoignage, les consacrés sont appelés à être des sentinelles d’espérance, reflétant l’attente joyeuse et confiante du salut promis.

L’espérance : une dynamique essentielle de la consécration

L’espérance est au cœur de la dynamique de la vie consacrée, agissant comme un moteur qui pousse à persévérer dans la foi et l’engagement, même au milieu des difficultés. Cette espérance repose sur la confiance en l’accomplissement des promesses divines, illustrée par l’attente active de Siméon, qualifié d’homme "juste et pieux", attendant "le consolateur d’Israël" (Lc 2, 25). Elle soutient les consacrés dans les périodes de doute ou de fatigue, les invitant à s’appuyer sur la fidélité de Dieu, comme le rappelle le Pape François dans Gaudete et Exsultate (n° 125). Le souverain Pontife souligne que, même face à des épreuves et des "temps de croix", il existe une joie profonde et surnaturelle qui ne peut être détruite. Cette joie n’est pas basée sur les circonstances extérieures ou les plaisirs passagers, mais sur une certitude intime et inébranlable : celle d’être aimé par Dieu de manière infinie et inconditionnelle.

Cette Année Sainte représente un moment privilégié pour raviver cette espérance, en renouvelant l’élan spirituel des cœurs consacrés. La figure de la prophétesse Anne, dans l’Évangile, illustre cette dimension d’espérance joyeuse. Malgré son âge avancé, elle loue Dieu et proclame avec enthousiasme l’arrivée du Sauveur (Lc 2, 36-38). Elle incarne une vie marquée par la fidélité, la louange et l’annonce de l’espérance messianique, invitant chaque consacré à puiser dans cette dynamique pour témoigner, avec joie, de l’espérance chrétienne.

Vivre l’attente et l’espérance à la lumière de l’année jubilaire 2025

Vivre l’attente et l’espérance signifie témoigner et concrétiser les enseignements de l’année de grâce. Cela implique que les consacrés intègrent ces vertus dans leur mission quotidienne, transformant leur vie religieuse en un témoignage vivant de la lumière du Christ dans le monde (Lc 2, 32). Cette démarche se traduit par des actes concrets d’espérance, en réponse aux besoins et aux signes des temps.

Chaque consacré est ainsi appelé à être un artisan de paix au sein de sa communauté et partout où il passe. Il doit encourager et accompagner les autres dans le désir de transmettre la vie, tout en promouvant une ouverture à la vie fondée sur une maternité et une paternité responsables. Cela inclut aussi l’attention particulière aux plus démunis : les malades, les prisonniers, les migrants, les personnes âgées, tout en orientant avec bienveillance l’enthousiasme des jeunes (Spes non confundit, nº 7-15).

Pour le Pape François, transmettre la vie pour les consacrés signifie participer à la fécondité spirituelle de l’Église, qui est comparée à une réalité féminine. Il explique : « La vie consacrée a une fécondité d’ordre féminin. Comme l’Église est féminine, la vie consacrée l’est aussi. »[1] Les femmes consacrées reflètent à la fois l’Église et la Vierge Marie, tandis que les hommes consacrés sont invités, comme le dit Von Balthasar, à vivre leur fécondité spirituelle en suivant les principes de Pierre et de Marie, car « l’Église est la femme. »[2]

 La mission comme horizon de la vie consacrée

On est consacré pour la mission. Cette mission porte l’espérance d’une vie meilleure dans le Christ. Ainsi, vivre l’attente et l’espérance signifie également donner la priorité à la mission, qui donne sens à la vie consacrée et l’oriente vers son horizon. Selon le Pape François, « une vie consacrée qui n’intègre pas bien la mission pour laquelle elle est née marche de façon désordonnée. » Tout consacré est invité à "fréquenter l'avenir" : avancer avec le Seigneur vers l'attente de ce qui est en devenir dans l'histoire.[3]

Dans cette mission, le consacré est appelé à être un témoin d’espérance pour ceux qui désespèrent face aux épreuves de ce monde. Face aux tragédies à l’Est de la République Démocratique du Congo, dans la bande de Gaza, en Ukraine, au Yémen, et ailleurs, quelle attitude un consacré doit-il adopter ?

Un consacré transmet et communique un message d’espérance aux personnes découragées par des situations de vie tragiques et difficiles. Face aux souffrances des personnes auxquelles il est envoyé, il est appelé à partager leur douleur, à réconforter et à assister les plus démunis. Parmi eux, ces réfugiés de guerre qui frappent à nos portes. L’indifférence face à ces situations constituerait une grave faute envers l’image de Dieu présente en chaque personne dans le besoin.

Avant d’être consacré, le consacré est avant tout un être humain comme les autres. Il ne perd pas son humanité en devenant consacré. Il doit manifester cet humanisme face aux souffrances vécues et devenir un instrument de pardon. La vie consacrée a besoin de témoins du pardon, capables de se pardonner eux-mêmes et de pardonner aux autres.

Vivre l’attente et l’espérance c’est également se convertir et se réconcilier avec son prochain. Le pape François, dans Spes non confundit (nº 23), souligne que le Jubilé est une occasion propice pour les fidèles de renouveler leur relation avec Dieu et avec les autres. Le Saint Père invite chacun à se tourner vers la miséricorde divine, à rechercher le pardon et à s'engager dans un chemin de transformation intérieure. Il rappelle que la réconciliation et la conversion sont des piliers essentiels pour raviver l'espérance chrétienne et vivre pleinement la grâce de l'Année Sainte. Le consacré ne doit pas seulement sensibiliser ou inciter les autres à vivre le pardon ; il doit d’abord s’engager lui-même à le vivre et à l’accorder.

En conclusion, l’année jubilaire 2025 est une invitation profonde à raviver l’attente et l’espérance dans la vie consacrée, en s’appuyant sur la foi en la fidélité de Dieu et sur l’exemple des figures bibliques comme Siméon et Anne. Ces vertus ne sont pas seulement des dispositions intérieures, mais des forces dynamiques qui orientent la mission des consacrés vers le Christ, source de lumière et de salut. À travers la prière, le service, et un témoignage authentique, chaque consacré est appelé à incarner cette espérance active, à devenir artisan de paix et porteur de réconciliation. Ce Jubilé constitue un moment privilégié pour approfondir la conversion personnelle et communautaire, afin que chacun puisse refléter, avec joie et persévérance, l’amour infini de Dieu dans le monde.

 

[1] Pape François, La force de la vocation, la vie consacrée aujourd’hui, Paris, Châteaudun, 2018, 114 p, p. 96

[2] Idem, p. 97

[3] Idem, p. 103