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CONFUSION OU CONVICTION : UN CATHOLICISME SANS IDENTITE


1. La question des sectes

Le problème de l’identité du Chrétien Catholique aujourd’hui est d’une importance capitale pour chaque personne ayant l’objectif de sauvegarder la saveur de l’évangélisation. Dieu, en effet, veut que « tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1Tim 2, 4). Cette vérité est le Christ lui-même qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). Pour la connaître, il faut en être informé car la connaissance du Christ nécessite une instruction. Cette mission d’enseigner et d’annoncer est donnée officiellement à l’Eglise. Nous ne limitons pas le concept « Eglise »  ni ne l’enfermons dans la seule Eglise Catholique qui, depuis ses origines, ne ménage aucun effort pour que le Christ soit connu et aimé par tous. 

Cependant,  la mission de l’Eglise est actuellement mise à l’épreuve par des ‘‘sectes’’ qui, non seulement rendent douteux le travail d’évangélisation faite  par la Sainte Eglise, mais aussi influencent les chrétiens et parfois leur font perdre leur identité propre. En faisant un tour dans plusieurs quartiers de la ville de Kinshasa, souvent nous constatons qu’à un intervalle ne pouvant même pas dépasser 10 mètres, des maisons sont érigées comme lieux de prière. Et si le culte se tient à la même heure, les fidèles ne savent pas quel pasteur écouter. D’un côté on chante, alors que de l’autre côté on prêche, ou vice versa. Ou encore, partout on chante ou on prêche en même  temps, chaque pasteur instruisant ses fidèles avec zèle et vivacité. Les fidèles, qui sont désorientés ou même parfois dérangés par le volume des instruments, ne savent plus qui suivre.

La question est de savoir l’objectif que poursuivent les sectes fonctionnant l’une à proximité de l’autre. Si leurs pasteurs respectifs enseignent le même Christ, pourquoi ne préfèrent-ils pas s’unir au lieu de se déranger mutuellement? Loin de moi la prétention de les juger car, en effet, je reconnais qu’il y a au sein des sectes beaucoup de valeurs qui pourraient inspirer les membres de l’Eglise catholique.

2. Rapports avec les chrétiens catholiques

Les sectes dont nous parlons ici sont en majorité fondées au sein des communautés du  christianisme universel. Comme le souligne l’Abbé Leonard Santedi, « le nombre élevé de ces sectes révèle une grande inquiétude auprès des masses populaires ». Les chrétiens catholiques qui sont proches de ces sectes sont influencés .

D’une part, ils observent une grande solidarité et un amour plus accentués entre les membres de ces sectes, plus qu’au sein des membres de l’Eglise catholique. Disons  clairement qu’à comparer les membres de ces sectes à ceux de l’Eglise catholique, on dirait que ceux-ci ne se connaissent même pas entre eux, car le souci d’aller vers l’autre n’est pas tellement dans leur préoccupation quotidienne. On dirait que les chrétiens catholiques observent fidèlement le dicton qui stipule que « chacun pour soi et Dieu pour tous ». Selon Malemba, « les sectes ont avec succès récupéré la symbolique traditionnelle de la danse ‘‘communionnelle’’ sous forme de festins dans un esprit communautaire ; ce qui entretient et maintient la chaleur entre les fidèles » . Voilà une solidarité et un amour que les chrétiens catholiques devraient apprendre des sectes.

D’autre part, soulignons un autre  phénomène qui attire certains chrétiens catholiques vers les sectes. C’est leur manière de prier qui semble retrouver les plus profondes  croyances africaines, comme la croyance à la sorcellerie, aux esprits, aux mauvais sorts, etc. Les pasteurs des sectes ont récupéré ces croyances et en ont fait des clés de leur succès. Ainsi, ils créent des chambres de prière où ils passent parfois des nuits entières entrain de faire des exorcismes. Il arrive alors que certains chrétiens catholiques facilement influençables, tout en allant à la messe le dimanche, passent voir ces pasteurs pendant la semaine ou les appellent à leur domicile pour des prières spéciales.

Par conviction ou par confusion, certains chrétiens catholiques ont déjà adopté même le langage non catholique de prier. La  confusion, qui petit-à-petit se transforme en conviction, est un danger pour la foi du chrétien catholique, qui ne sait plus dans ‘‘quelle chorale chanter’’. Ce qui s’en suit, c’est la perte de son identité propre. Il est tantôt catholique, tantôt non catholique tout simplement. Mais, tout n’est pas rose au sein des  sectes. Celles-ci favorisent souvent  une intolérance exagérée, surtout à l’égard de ceux qui n’en sont pas membres. Santedi le souligne en ces termes : « Les sectes en Afrique comme dans le reste du monde semblent véhiculer le meilleur et le pire : une fraternité et une solidarité réelles y vont souvent de pair avec une intolérance et une exploitation honteuse, un piétisme naïf, un fondamentalisme corrosif, un intégrisme dévastateur et un obscurantisme tenace ».

3. Réponse de l’Eglise catholique : une possibilité de changement

Face au défi des sectes, il convient que l’Eglise catholique procède par une nouvelle évangélisation. En effet, l’Eglise catholique doit d’abord revisiter sa manière d’approcher les réalités quotidiennes de la vie. Un certain nombre de chrétiens catholiques sont sous l’influence des croyances populaires. Ces croyances sont non négligeables car faisant partie de l’être africain en général.  L’Eglise ayant la tâche d’accompagner chaque personne en particulier, elle ne doit pas se limiter à la superficialité ou à l’apparence dans la compréhension de ces croyances. Léonard Santedi en citant Réné Luneau l’exprime de cette manière :  

«  Il convient de prêter attention à des phénomènes difficiles à cerner ou à définir mais qui ont un impact sérieux dans la vie quotidienne de beaucoup d’Africains, même baptisés et pratiquants. Il s’agit notamment des phénomènes de la sorcellerie, de la magie, du rôle des esprits et des morts. L’Eglise ne peut purement et simplement ignorer ces réalités ou se contenter de les taxer de vaines croyances. Elle doit à la lumière de l’Evangile de la foi chrétienne, donner une réponse valable aux hommes et aux femmes qui prennent ces croyances au sérieux ».

Aussi, l’Eglise catholique doit inclure tous les aspects anthropologiques dans son évangélisation. Car, comme le dit le Pape Paul VI dans Evangelii Nuntiandi, l’homme à évangéliser n’est pas de l’ordre de l’abstraction, mais il est sujet à toutes les questions anthropologiques. Les questions de justice, de paix, d’économie, et les questions théologiques ne se dissocient pas de l’homme. C’est dans ce sens que l’Eglise doit inventer une catéchèse qui s’adapte aux réalités de la vie quotidienne, afin que chaque chrétien catholique sache son identité et son rôle dans la société.

Enfin, l’Eglise doit adopter d’avantage une attitude de proximité, de solidarité et d’accompagnement. En effet, si les sectes semblent avoir gagné le terrain, c’est qu’entre ses membres, se développe une solidarité, un amour et une liberté qui attirent certains membres de l’Eglise catholique. Une fois que l’Eglise aura pris en main toutes ces questions, qui concernent le fond de la croyance africaine, et qu’elle aura décidé d’accompagner l’Africain, non pas d’abord comme chrétien ou chrétienne, mais comme être humain ayant ses propres croyances et convictions pas encore évangélisées, le chrétien africain retrouvera sa propre identité et pourra éviter des confusions de foi.