
Un regard sur l’apostolat des jeunes à Kinshasa
Prendre le temps de rassembler les jeunes et de les emmener au Christ reste une tâche capitale dans l’apostolat de la Paroisse Saint Bernard de Kinshasa et plus particulièrement de la Chapelle de la Transfiguration au Théologat Xavérien International de KINSHASA. L’animation des jeunes est l’une de nos priorités. Nous la propulsons par des activités susceptibles de rassembler les jeunes à titre d’exemple les matchs de football, les sorties, les différents groupes d’animation liturgiques, etc. Avant même de s’engager dans cette tâche, quelques questions doivent inévitablement s’imposer à l’esprit du missionnaire. Dans quelles conditions vivent ces jeunes ? Qu’est-ce qui les intéresse ? Quels sont les dangers qui gâchent leur avenir ? Quelles attitudes doit-on mettre en avant pour qu’ils participent pleinement aux activités missionnaires ?
La main qui griffonne ces phrases fait jaillir des constats d’une expérience tout à fait personnelle vécue dans l’animation des jeunes. Il suffit de vivre à Kinshasa pour expérimenter l’intarissable chaleur humaine qui sert de contrepoids à l’angoisse liée aux vicissitudes de la vie quotidienne. Nous sommes dans la capitale de la musique et du sourire légendaire caractéristique aux enfants d’Afrique qui, malgré l’insalubrité, la dégénérescence des institutions éducatives, l’insuffisance voire l’inexistence des structures pour une éducation adéquate de la jeunesse, échappent à bien des déviations auxquelles ces situations stressantes conduiraient. C’est pourquoi, dans la vie quotidienne des jeunes, sont à compter sur les doigts d’une main les cas de suicide, d’AVC, d’hypertension, d’euthanasie, etc. Si certains sont sauvés par cette ambiance joyeuse malgré les défis, d’autres sont sauvés par leurs richesses scandalisantes, se payant et s’octroyant des conditions de vie impeccables. Ils ont des vacances dans les villes prestigieuses du monde, ils étudient dans les meilleures universités du pays. Bref, ils ont presque tout. Cette description ne nie aucunement la présence d’un nombre accablant des jeunes dits « KULUNA » qui se sont livrés au banditisme urbain. Chargés d’armes blanches, n’hésitent jamais à blesser voire tuer quiconque hésite à se laisser vider la poche.
Les jeunes Kinois définissent une vie réussie par la possession matérielle, la célébrité et le rang social. Par possession matérielle j’entends dire les biens mobiliers et immobiliers personnels. Par célébrité, je veux souligner une certaine tendance à l’exhibitionnisme, au paraître et au populisme. Quant au rang social, il s’agit de l’identité professionnelle œuvrant à l’imposition du respect. Ce dernier point a ses conséquences néfastes: même devant l’interpellation juste du policier, l’obéissance au code de la route cède place à l’exposition de son identité professionnelle en vue des intimidations du genre : sais-tu qui je suis ? Veux-tu perdre ton travail ? Si tu oses me retenir ici tu seras limogé de ton travail. Le pauvre policier, tétanisé par la peur, laisse libre cours à l’incivique en cravate. L’identité professionnelle propulse à la transcendance de la loi. Quelle bavure !
Livrés à leurs tristes sorts, scandalisés par un degré de chômage alarmant, coincés entre le marteau et l’enclume des puissances étrangères prédatrices des richesses de la R. D. Congo, scandalisés par les mœurs douteuses de leurs aînés, les jeunes manquent à quel saint se vouer. Dans ce climat ignominieux, les horizons restent ombrageux, les rêves s’effondrent, les talents sont étouffés, le découragement s’installe, l’espérance cède place à la résilience, la pusillanimité gangrène les âmes et le moindre effort ravage les esprits. Tels sont les dangers qui guettent la jeunesse. Ce dysfonctionnement fonctionnel dans lequel bercent ces jeunes, les expose aux lendemains apocalyptiques. Les dissidents impénitents de ces horreurs ont construit des autels aux allures inébranlables d’abêtissement où leurs valets au niveau du pays adorent et méditent l’effondrement de talents africains dans toute leur teneur. Si donc la loi de l’effort ne retentit plus dans l’âme de cette jeunesse, c’est parce qu’elle évolue de déception en déception au point qu’elle ne perçoit plus les raisons d’aller au large. A côté de ce dysfonctionnement fonctionnel, il faut admettre que le futur de cette jeunesse est aussi mis péril parce que ses talents sont enfuis dans une distraction entretenue par la multiplication de tripots et la prolifération de sectes religieuses qui ne font que la clouer au bois de la disette.
Par ses exhortations et ses initiatives, le missionnaire a le devoir de booster les talents de cette jeunesse. Dans un contexte décrit plus haut, ce travail du missionnaire s’avère délicat. C’est avec beaucoup de tact qu’il le mènera à bon escient. Il enseignera comme s’il voyait les tourbillons qui agitent l’âme de son auditoire. Révoltés, ces jeunes ne supportent plus les attitudes qui rappellent le calvaire qu’ont connu les héros africains. Certains sont déterminés à changer de cap, à se donner corps et âme pour un développement solide de la RDC, d’autres doivent être suffisamment accompagnés. Les gestes du missionnaire seront comme une brise adoucissante au milieu d’une tempête. Car, cette jeunesse est allergique à tout comportement à tendance paternaliste, dictatoriale et cléricaliste. Elle saura fouiner cette tendance même là où elle n’est pas. D’où l’exigence, pour le missionnaire, d’une largesse d’esprit, une patience de serf, une proximité bienveillante et un langage délicat dans le strict respect de la rigueur et de la discipline. Signalons que dans les veines africaines coulent à flot les ruisseaux de la synodalité. Rien qu’avec les vertus de la palabre africaine pour balayer du revers de la main les plus redoutables propos d’un dubitatif à ce sujet. Dans ce contexte, la qualité d’animation du missionnaire ne se jugera pas à l’aune de son avoir ou de son pouvoir mais à la capacité dialogique et inclusive de sa cellule décisionnelle.
Les Missionnaires Xavériens travaillant à Kinshasa et plus particulièrement au Théologat International de Kinshasa, organisent des activités susceptibles de déclenchement de talents des jeunes. D’abord, ils impliquent les jeunes dans les multiples initiatives et activités à caractère missionnaire à commencer par l’enfance missionnaire, les activités sportives en l’occurrence le football, etc. Ces activités les forment à développer l’esprit communautaire, la personnalité et l’intégration sociale. C’est pourquoi ils acquièrent des capacités à travailler en communauté, à tisser des liens avec les autres, à prendre des responsabilités dans la société, à réveiller leurs talents pour les rendre profitables à l’Eglise et au pays. Ils acquièrent des valeurs d’assiduité au travail, la discipline, le respect du temps, le leadership. Dans la société, ils créent des liens forts avec ceux qui partagent leurs valeurs et sensibilisent ceux qui traînent les pas, ils jettent au cimetière des oubliettes toute forme de délinquance juvénile, tissent des liens de fraternité et de coopération. Ces résultats brisent considérablement les chaînes de la pusillanimité et de la résilience qui taraudent leurs esprits. Ces activités ont dans leur âme l’effet d’une pluie bienveillante et bienfaisante dans une canicule brûlante. Elles remettent l’espoir à la place volée par la résilience. Elles réveillent les talents de leur torpeur.
BISIMWA BARHONYI STANISLAS, SX



