Accéder au contenu principal
Partager cet article

MARIE DANS LA VIE FAMILIALE AUJOURD’HUI


La famille d’aujourd’hui est plus que jamais confrontée à des multiples difficultés à cause de transformations qui s’opèrent dans la société, l’évolution scientifique et technologique qui entrainent la dépravation de mœurs des nations. C’est pourquoi nous trouvons important de parler de la famille aujourd’hui, autour du thème : « Marie dans la vie familiale aujourd’hui ». Les problèmes qui hantent les familles aujourd’hui n’épargnent pas celles chrétiennes catholiques. C’est ainsi que nous pensons que la Vierge Marie, étant issue d’une famille humaine, reste modèle incontournable de toute créature humaine en quête de l’union intime avec Dieu et la sainteté au quotidien. Du moment où Marie est née, a grandi et vécu dans la famille comme enfant, épouse et mère ; elle a aussi un rôle à jouer dans la bonne marche de la vie familiale aujourd’hui. Autrement dit, elle peut aider la famille à surmonter les difficultés auxquelles elle est confrontée aujourd’hui et à vivre une unité réussie.

Toute famille qui se constitue répond au dessein de Dieu qui n’a pas voulu que l’homme soit seul (cf. Gn 2,18.24). Et si l’homme et la femme s’unissent, c’est pour qu’ils soient féconds, qu’ils se multiplient et remplissent la Terre selon la bénédiction du Seigneur (Cf. Gn 1,28). Les enfants issus de cette union doivent être éduqués dans l’amour de Dieu et de toute l’humanité comme la Sainte Vierge Marie. Sinon, on tomberait dans un cercle vicieux.

I. LA VIE FAMILIALE AUJOURD’HUI

    I. 1. Les défis de la famille aujourd’hui

L’homme est dynamique, il change, et avec lui la société dont il est membre et toutes les institutions que cette dernière comporte y compris l’Eglise. Or, dirait Giorgio CAMPANINI, «il n’est peut-être aucun milieu où il soit possible comme dans la famille de vérifier avec tant de ponctualité l’étroite connexion entre l’annonce du salut et les dynamiques culturelles, la famille étant à la fois un lieu sociologique et un lieu théologique, étant elle-même fondée sur un sacrement qui est à la fois réalité humaine et mystère du salut »[1]. C’est pourquoi nous voulons relever certains défis de la famille actuelle – sans la prétention d’être exhaustifs – qui ne sont autres que les conséquences des changements socio-culturels, évolution scientifique et technologique, développement des moyens de communication, … Nous allons nous limiter sur quelques défis à savoir : le problème de la sexualité, le mariage en tant qu’institution, l’éducation des enfants.

Parlant de la sexualité, nous voulons souligner le fait qu’aujourd’hui, il se remarque plus que jamais un désordre sexuel à outrance qui entraîne des déviations. Pour CAMPANINI, « la sexualité semble avoir perdu son sens fort originel, pour acquérir un sens faible, au risque de se banaliser : on insiste sur la dimension du plaisir sexuel et, à la limite, on l’absolutise, et surtout on l’isole en son lieu naturel, justement le mariage »[2]. On le voit, le plaisir a pris le dessus sur l’amour, la communion et la procréation. Pour du plaisir, l’homme ou la femme est capable de se tourner vers son semblable afin d’apaiser son libido. Il s’agit de l’homosexualité ou du lesbianisme. Le sexe est devenu l’un des produits les plus consommés même parmi les plus jeunes, si nous pouvons nous permettre un tel langage. D’où l’avortement et l’usage des méthodes contraceptives qui mettent en danger surtout la vie de la femme et entraîne la dissolution de la famille déjà constituée. Et tout cela se fait sous prétexte de la liberté individuelle et l’épanouissement personnel.

S’agissant du mariage comme institution, nous remarquons qu’il est en danger surtout quand il s’agit du mariage religieux, car dans certains endroits à cause de la sécularisation, « la référence à Dieu diminue fortement et la foi n’est plus un fait social partagé »[3]. Beaucoup préfèrent cohabiter avant le mariage comme pour faire un essai au moment où d’autres cohabitent même sans aspirer à un lien institutionnel, sans oublier ceux qui cohabitent pour un moment déterminé. Les conjoints ne croient plus à une vie d’ensemble jusqu’à la fin. C’est pourquoi certains préfèrent la pratique de la polygamie même à l’âge avancé. Il convient de souligner dans ce cadre du mariage, un autre fait qui y influe : Il s’agit de la prolifération des églises (églises de réveil ou sectes). Ici, le problème se situe au niveau des mariages mixtes. Bien que ces mariages puissent favoriser l’œcuménisme et le dialogue interreligieux, ils sont porteurs de beaucoup de difficultés surtout quant à l’éducation des enfants. Il y a aussi lieu de dissolution de telles unions à cause du relativisme et de l’indifférence entre les époux. Ainsi, les enfants manquent de référence[4].

En ce qui concerne l’éducation des enfants, nous sommes en présence d’un grand défi. Dans la famille traditionnelle, l’éducation des enfants était en grande partie l’œuvre de la femme, car c’est elle qui s’occupait des affaires domestiques. Mais aujourd’hui, la femme est appelée autant que l’homme à une profession plus engageante qui entraine son absence à la maison. L’enfant est abandonné à lui-même, à son Smart phone, à la Télévision et à la domestique. Les parents ont réduit tout à l’aspect économique. Ils se contentent d’offrir à leurs enfants les plus grands loisirs possibles et de leur payer les études, comme si l’éducation reçue à l’école serait suffisante. Comme nous venons de le dire en haut, l’éducation des enfants est aussi compromise par le type de mariage de leurs parents. Certains enfants se retrouvent dans la rue à cause de la dissolution du mariage des parents ou sont éduqués par un seul parent (famille monoparentale). Cela entraine un vide qu’ils ne sauront pas combler dans leur vie adulte.

I. 2. Affronter les défis actuels avec Marie

De ce qui précède, nous voyons que si rien n’est fait, la vie familiale n’a pas d’avenir. Cependant, nous osons croire que rien ne pourra mettre fin à cette entreprise qui n’est pas l’œuvre d’un homme mais de Dieu lui-même. Nous partageons l’espérance de Carolyn OSIEK qui dit que « la famille est une institution souple qui survivra et ressurgira »[5]. En effet, la famille humaine trouve son origine en Dieu lui-même quand il a créé l’homme un et pluriel, lui dotant d’une nature relationnelle sur son Saint modèle. Il « l’a voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur » (Ps 8). Il l’a créé à son image et ressemblance, car Dieu lui-même est relation du Père, du Fils et du Saint Esprit. Nous voyons cela à la création de l’homme par l’usage du « Nous ». « Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance » (Gn 1, 26).

Pour dépasser les défis que traverse la famille aujourd’hui, l’homme doit redécouvrir l’amour de Dieu par lequel il l’a créé et qui doit être le fondement de toute famille humaine chrétienne, suivant le modèle de la Sainte famille de Nazareth, dans laquelle Marie joue un rôle important d’épouse et de mère. L’amour est « la dimension fondamentale de l’expérience humaine et qui trouve précisément dans la famille un lieu privilégié pour se manifester. L’amour amène l’homme à se réaliser par le don désintéressé de soi-même»[6].

La vierge Marie a été quelqu’un de grand cœur, aimant son Fils unique et son très chaste époux. Il n’y avait ni orgueil ni égoïsme en elle. L’Eglise la proclame immaculée conception, car elle n’a connu aucune souillure charnelle. L’homme et la femme de notre temps devraient suivre son modèle quant à la gestion de leur sexualité et pour vivre la fidélité dans le mariage. Ce qui cause problème, c’est qu’il y a une tendance à séparer la sexualité, le mariage et la famille. Le sens profond de l’unité doit être récupéré. C’est « par cette voie, que le mariage acquiert toute sa signification symbolique, au sens, justement, où il unit entre eux des aspects (relations interpersonnelles, amour sexuel, ouverture à la procréation) (…)»[7].

Quant aux enfants, les parents doivent les reconnaître comme une bénédiction divine à ne pas négliger. Ils doivent occuper la première place dans la vie familiale et sociale. En effet, dans la Sainte famille de Nazareth, Jésus occupait une place de choix. Il était au centre de toutes les préoccupations familiales. Beaucoup d’épisodes de l’Evangile nous le montrent. Jésus menacé de mort par Hérode est conduit en Egypte par Joseph et Marie sa mère (Mt 2, 13ss) ; Jésus, resté à Jérusalem après la fête de pâque, est cherché par ses parents qui le trouvent au bout de trois jours (Lc 2,41ss). C’est ainsi que les enfants doivent être le centre de la vie familiale. L’éducation des enfants doit être l’une des dimensions importantes de la mission de la famille.

            I. 3. La mission de la famille

La famille est une des entités importantes de la société et de l’Eglise. C’est pourquoi elle doit s’occuper de sa mission pour le bien de la société et l’Eglise. Mais quelle est donc sa mission ? Nous avons déjà dit dans l’introduction que toute famille qui se constitue répond au dessein de Dieu quand il a créé l’homme et la femme. En les créant, il voulait qu’ils pussent constituer une communauté humaine, que l’homme ne fût pas seul, mais qu’ils se complètent et devinssent une seule chair. De même, la famille d’aujourd’hui répond tout d’abord à cette noble mission de former une communion de personnes. Elle « se propose comme espace de la communion, si nécessaire dans une société toujours plus individualiste, dans lequel il faut faire grandir une authentique communauté des personnes grâce à l’incessant dynamisme de l’amour» (CDSE, n° 221).

En outre, lorsque nous parlons de la mission de la famille chrétienne, il est important de signaler les trois biens fondamentaux que Saint Augustin assigne à la famille. Il s’agit de la « procréation, la fidélité, le sacramentum dont la meilleure traduction est ‘‘stabilité symbolique’’ »[8]. Nous voulons souligner ici l’aspect de la procréation qui est très important pour la famille. C’est la famille fondée sur le mariage qui est un véritable sanctuaire de la vie, lieu où la vie, don de Dieu peut être convenablement accueillie et protégée (Cf. CDSE, n° 231). Les parents doivent se convaincre que le mariage est porteur de fruits issus de la bénédiction divine. On ne peut jamais séparer mariage et procréation selon le plan de Dieu.

Aujourd’hui, « la révolution biotechnologique dans le domaine de la procréation humaine a amené la possibilité de manipuler l’acte créateur, le rendant indépendant de la relation sexuelle entre l’homme et la femme »7, nous dit REID. Cela est absolument rejetable dans la mesure où cette manière de se procréer fait en sorte que la vie humaine ne soit plus en corrélation avec la parentalité. Cela compromet aussi l’éducation des enfants qui est une autre mission de la famille surtout des deux parents. Ces derniers ne doivent pas se laisser substituer par les médias ou d’autres personnes. En éduquant les enfants, « la famille forme l’homme à la plénitude de sa dignité sous toutes ses dimensions, y compris la dimension sociale (…), contribue au bien commun et constitue la première école des vertus sociales dont toutes les sociétés ont besoin » (CDSE, n° 238). En même temps qu’elle forme un bon citoyen, la famille chrétienne forme aussi un bon chrétien. Ainsi la dernière dimension que nous voulons souligner est le rôle de la famille dans l’évangélisation.

Pour le Conseil pontifical « Justice et Paix », « les familles chrétiennes, en vertu du sacrement reçu, ont la mission particulière d’être témoins et annonciatrices de l’Evangile de la vie » (CDSE, n° 231). Cette mission familiale d’évangélisation commence même par les membres de la famille. Ils en sont les premiers bénéficiaires. Nous y reviendront quand nous parlerons de la famille comme Eglise domestique. La foi de Marie, qui est issue d’une famille pieuse de Joachim et Anne, trouve ses racines dans celle de ses parents. Son « oui» n’est pas tombé du coup du ciel. Dans sa jeunesse, elle a dû s’imprégner, partant de sa famille, aux valeurs sociales et religieuses importantes.

 II. MARIE, EPOUSE ET MERE, MODELE DE TOUTE FEMME DE NOTRE TEMPS

      II. 1. Marie, modèle de la jeunesse

Comme nous l’avons déjà souligné en parlant des défis actuels de la famille, la jeunesse traverse des moments difficiles de par même leur éducation familiale non efficace ou mal assimilée. C’est ainsi que les jeunes se livrent aux actes sexuels avant le mariage suivant l’autoformation acquise à travers les mass-médias. Et cela entraîne des grossesses qu’ils appellent non-désirées voire accidentelles. L’avortement suit et dans la plupart de cas abîme l’appareil génital de la jeune fille, qui ne sera plus capable d’accueillir un bébé. Par conséquent, les stress caractériseront les nouvelles familles qui se retrouveront sans enfants bien que les désirant. Une telle famille ne pourra pas tenir. L’autre problème est celui de la satisfaction mutuelle (sexe précoce). Beaucoup de nouvelles familles se disloquent parce que les jeunes mariés n’arrivent pas à se satisfaire mutuellement. Ils sont tellement enclins dans ces relations depuis leur enfance qu’un seul partenaire ne suffit pas. Ainsi, ils se tournent vers l’extérieur.

C’est pourquoi, il est très important pour la jeunesse de notre temps de garder leur pureté corporelle et spirituelle en vue de préparer un avenir heureux comme la Mère du Sauveur. Si Dieu s’est tournée vers elle, son humble servante, c’est qu’elle a su se garder pure de toute souillure. Elle a su accueillir la grâce suprême de Dieu qui l’a rendue supérieure aux autres créatures célestes et terrestres. Elle est « la fille préférée du Père et le temple de l’Esprit »[9]. De même, la jeunesse doit être une bonne terre où la graine de Dieu pourra pousser et donner un grand arbre. Si les fruits encore verts semblent être bons, qu’en sera-t-il des mûrs !

En outre, les jeunes sont appelés à réveiller en eux l’espérance de vivre en dépit des difficultés qu’ils rencontrent dont le chômage est le plus généralisé. Aujourd’hui, bon nombre des jeunes se lancent dans la consommation des drogues pour refouler leurs souffrances au moins pour un moment. Et cela a des répercussions négatives sur leur santé. La Vierge Marie brille devant eux et devant tout le peuple de Dieu, comme un signe d’espérance certaine et de consolation (Cf. LG, n° 68). En effet, elle a traversé comme toute autre fille beaucoup de difficultés dans sa jeunesse. Toutefois, grâce à sa foi et son espérance, elle a su les dépasser. L’Evangile nous raconte qu’elle s’est trouvée enceinte par l’action de l’Esprit Saint en son jeune âge. Imaginons combien elle a souffert avant que Joseph ne la prît dans sa maison. Certainement, elle a été l’objet de moqueries et menacée de lapidation par son entourage ignorant du don de Dieu. Et pourtant, elle n’a pas pensé à mettre fin à la vie qu’elle portait en elle comme les jeunes filles de notre temps.

Pour tout dire, les jeunes sont appelés à l’esprit de créativité en vue de la préparation de leur futur. Évidemment, il s’agira de se mettre au travail et de vaincre toutes formes de paresse et d’oisiveté. Saint Paul a tout dit quand il disait : « si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2Th 3,10). Ils doivent dire non à la facilité. Même dans la faiblesse, la Mère de Dieu n’est pas restée dans l’oisiveté. En attendant le jour où elle devait enfanter la Parole de Dieu, elle s’est mise au service de sa cousine Elisabeth en commençant par lui annoncer la Bonne nouvelle qu’elle portait (Cf. Lc 1,39ss). En cela, elle s’est montrée modèle de servante et d'évangélisatrice pour toute femme.

II. 2. Marie, une épouse idéale

Il est dit dans le livre des proverbes : « Trouver une femme, c’est trouver le bonheur, c’est obtenir une faveur de Yahvé » (Pr 18,22). Cependant, il ne s’agit pas de n’importe quelle femme. Il s’agit de celle que la Bible de Jérusalem, celle que nous utilisons dans notre travail, appelle une maîtresse femme (Pr 12, 4), c’est-à-dire une femme vertueuse, une femme de valeur. Elle est différente des femmes d’aujourd’hui qui, se glorifiant de leur grande richesse, méprisent les liens familiaux, sous prétexte d’émancipation et à cause du féminisme radical. Elles devraient plutôt se vanter de leur amour envers leurs maris et leurs enfants, et par-dessus tout de leur foi en Dieu. Par contre, elles « se sentent (même) moins obligées de s’engager dans le mariage ou d’y rester pour des raisons de sécurité financière ou sociale »[10].

Marie est une femme idéale par sa foi en Dieu et son amour pour Lui et pour toute l’humanité. Sa foi, son humilité et sa discrétion la rendent plus resplendissante et collaboratrice dans l’œuvre salvifique. Le Pape Jean Paul II dit que : « Sa présence en Israël si discrète qu’elle passa presque inaperçue aux yeux de ses contemporains, resplendissait clairement devant l’Eternel qui avait associé au plan salvifique embrassant toute l’histoire de l’humanité cette « fille de Sion » cachée »[11]. Elle est si discrète que même Saint Luc dira deux fois dans le deuxième chapitre de son Evangile, qu’elle « conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2,19.51). Même dans les difficultés de la vie, son cœur est confiant et se rend solidaire avec son époux très chaste, Joseph. Elle lui obéit chaque fois qu’il lui adresse les paroles de l’ange sur ce qu’ils doivent faire pour l’enfant Jésus et se laisse conduire par lui. « Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa Mère (…) » (Mt 2,13.20).

De ce qui précède, nous voyons que toute épouse qui prend comme modèle la Vierge très pure ne pourra pas ne pas être appréciée par son Mari, par ses enfants et son entourage. Elle sera celle que nous décrit l’écrivain sacré des proverbes :

Une maîtresse femme, qui la trouvera ? Elle a bien plus de prix que les perles ! En elle se confie le cœur de son mari, il ne manque pas d’en tirer profit. Elle fait son bonheur et non son malheur, tous les jours de sa vie. De sa maisonnée, elle surveille, le va-et-vient, elle ne mange pas le pain de l’oisiveté. Ses fils se lèvent pour la proclamer bienheureuse, son mari, pour faire son éloge. Tromperie que la grâce ! Vanité, la beauté ! La femme qui craint Yahvé, voilà celle qu’il faut féliciter (Pr 31,10-12.27-28.30).

Il est clair que la Mère du Christ a été cette femme que tout homme souhaiterait avoir comme épouse et tout enfant comme mère.

II. 3. Marie, une mère éducatrice

Comme nous l’avons dit précédemment, beaucoup des parents semblent déposer leur rôle d’éducateurs de leurs enfants. Cependant, le rôle de la mère comme première éducatrice dans la famille ne pourra jamais être substitué par qui que ce soit ou par quoi que ce soit. En effet, c’est elle qui porte la vie en elle et l’engendre au monde. Son affection et sa tendresse maternelles affectent l’enfant dès son jeune âge. Aucune autre personne et/ou aucune autre chose ne pourront offrir cela à un nouveau-né.

La Vierge Marie a joué ce rôle de mère d’une manière toute spéciale. Elle a accueilli dans son cœur et dans son corps le Verbe de Dieu et apporta la vie au Monde. Et de même qu’elle est reconnue et honorée comme la vraie Mère de Dieu et du Rédempteur, de même elle est unie, de par sa descendance d’Adam, à tous les hommes qui ont besoin du salut. Et elle est la vraie Mère des membres du Christ, parce qu’elle a coopéré par sa charité, à la naissance dans l’Eglise, des fidèles, qui sont les membres de ce Chef. C’est pourquoi, docile à l’Esprit Saint, l’Eglise Catholique la vénère avec une piété et une affection comme une mère très aimante (Cf. LG, n° 53).

En outre, la Vierge Marie n’a pas limité son rôle de mère à l’enfantement de Jésus. Elle a donné tout comme la veuve de l’Evangile (Cf. Mc 12,44) pour son éducation tant humaine que spirituelle. Avec Joseph son époux, ils ont confirmé l’appartenance Jésus au peuple élu par la circoncision (Cf. Lc 2,21) et l’ont présenté au Père au Temple (Cf. Lc 2,22ss). Ils l’amenaient aussi à Jérusalem pendant les grandes célébrations comme la pâque (Cf. Lc 2,41ss). Elle garda son union avec son Fils dans l’œuvre de la rédemption depuis le moment de la conception virginale jusqu’à sa mort. A la croix, « (…), elle souffrit profondément avec son Fils unique et s’associa de toute son âme maternelle à son sacrifice, acquiesçant avec amour à l’immolation de la victime qu’elle avait engendrée » (LG, n° 58). C’est là qu’elle a engendré l’humanité toute entière en acceptant Jean comme son fils (Cf. Jn 19,26-27).

Comme la Vierge Marie, les parents, et surtout les mères doivent être unis à leurs enfants même dans les situations les plus douloureuses de la vie. Ils ne doivent pas les considérer comme une fierté seulement pendant les moments de joie mais aussi, ils doivent les soutenir pendant les moments de périls. Ils sont invités à suivre leurs étapes de croissance tant humaine que spirituelle et s’impliquer d’une manière spéciale pendant l’adolescence, car c’est là que tout se joue. Pour cela, ils sont invités à garder l’unité familiale comme une église domestique imitant l’unité même de l’Eglise universelle.

III. LA VIERGE MARIE DANS LA VIE SPIRITUELLE DE LA FAMILLE CHRETIENNE

III. 1. Marie, l’amour et l’indissolubilité du Mariage chrétien

La famille dont nous sommes en train de parler est tridimensionnelle. Elle est constituée d’un père, d’une mère et des enfants, c’est-à-dire une famille restreinte. Les enfants sont issus de l’union conjugale des deux premiers. Quand nous parlions de la mission de la famille, nous avons dit que le mariage ne peut pas se délier de la procréation. En effet, « un être humain ne doit jamais être le produit d’une institution technologique, mais doit être issu d’êtres vivants qui s’occupent de l’enfant. Un être humain ‘‘provient de’’, n’est pas ‘‘produit’’ et ‘‘vient au monde’’ dans une communauté sociale d’amour et de soin. (…). Un être humain a le droit d’avoir un père et une mère, de l’amour desquels il est issu »[12].

L’amour de l’homme et de la femme, unis par le lien du mariage chrétien, n’est pas pour un moment déterminé. Ce n’est pas un amour contractuel car, il est l’image de l’amour infini de Dieu pour son peuple. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous dit que « Dieu qui a créé l’homme par amour, l’a aussi appelé à l’amour, vocation fondamentale et innée de tout être humain. Car l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1,27) qui est lui-même Amour (1 Jn 4,8.16). Dieu l’ayant créé homme et femme, leur amour mutuel devient une image de l’amour absolu et indéfectible dont Dieu aime l’homme »[13].

De ce qui précède, relève que le mariage chrétien reste indissoluble, car il est en soi de l’institution divine. En plus, les époux se reçoivent mutuellement en donnant leur consentement libre et volontaire par amour. Penser au divorce devient contradictoire. Ainsi, pour le CEC, « l’amour des époux exige, par sa nature même, l’unité et l’indissolubilité de leur communauté de personnes qui englobe toute leur vie : ‘‘ainsi ils ne sont plus deux mais une seule chair’’ (Mt 19,6 ; cf. Gn 2,24. (…) » (CEC, n° 1644).

Il convient de dire en passant que l’indissolubilité du Mariage n’excuse pas les moments de difficultés. En cela nous entendons dire que ce n’est pas en cas de difficultés que la famille doit se dissoudre. Au contraire, ces dernières rendent plus solide l’amour des époux, ce sont des opportunités. La vierge Marie et Joseph, en effet, modèle de couple, n’ont pas manqué des moments de tribulation. Imaginons Joseph qui a dû assumer les railleries de son entourage en prenant chez lui la femme dont l’enfant n’était sien du moins juridiquement, car Marie se trouva enceinte avant qu’ils eussent mené une vie commune (Cf. Mt 1,18b). A la naissance de Jésus, ils ont manqué où le loger (Cf. Lc 2,7). Repensons à la fuite en Egypte car nous en avions fait mention précédemment (Mt 2, 13ss). Marie a dû souffrir beaucoup, portant l’enfant au dos pour faire un long voyage. Nous savons que les moyens de transport n’étaient pas encore développés comme aujourd’hui. Toutefois, elle a accepté tout cela en solidarité avec Joseph, se montrant ainsi comme modèle de la foi, l’espérance et la charité. Ces trois vertus théologales doivent être les soubassements de toute famille chrétienne qui est une église en miniature.

III. 2. La famille, une église domestique.

Nous avons déjà vu que la famille est une communauté des personnes. Ces dernières sont liées entre elles par le lien matrimonial et vivent de la foi. Nous avons dit aussi qu’une famille chrétienne doit être une communauté évangélisatrice et que ses membres sont les premiers bénéficiaires de cette évangélisation. Dans le même ordre d’idées, Sidney CALLAHAN nous dit que : « La famille en tant qu’Eglise domestique, crée, entretient et transmet la foi à ses membres. Par une communication implicite et explicite, par l’exemple et les rituels, les nouveaux membres sont introduits dans une forme de vie. En tant qu’institution de médiation, la famille, comme l’Eglise, doit édifier sa propre communauté interne et se tourner vers l’extérieur pour transformer le monde »[14].

En outre, la famille doit être un lieu où la synodalité, sur laquelle l’Eglise insiste, se rend visible dans la collaboration de ses membres dans ce monde plus individualiste que jamais et où l’autorité n’est que dictature. La famille, dira Sidney, en tant qu’Eglise à la maison peut être le monde à l’envers. De même que dans la communauté chrétienne, ceux qui détiennent l’autorité et le pouvoir servent les autres et tous travaillent ensemble aux biens communs, de même les membres d’une famille doivent travailler ensemble et protéger les faibles sans discrimination aucune. « Dans une bonne famille, les forts prennent soin des membres fragiles et dépendants, qu’il s’agisse des enfants à naître, des jeunes, des vieux, des malades, des handicapés ou des mourants. L’amour mutuel et une juste attention peuvent venir à bout des pratiques peccamineuses d’exploitations, d’égoïsme ou de discrimination des sexes dans la famille »[15].

L’Eglise, s’inspirant de la Parole de Dieu, combat toute discrimination. C’est pourquoi, aujourd’hui, elle cherche à impliquer la femme dans des services spéciaux. (Par exemple, le Pape François vient de nommer une sœur Raffaella PETRINI, comme secrétaire générale au Vatican). D’ailleurs, les Evangiles surtout celui de Saint Luc, nous montrent l’exemple d’exaltation de la femme en Marie en mettant en exergue son grand cœur et sa confiance en Dieu, dans un monde où « l’homme rêve de décider seul de son existence, de se construire un dieu ou d’être son petit dieu »[16], nous dit Albert ROUET. Il ajoute : « Marie s’ouvre à la Parole d’un Autre qui devient chair en elle. Sa vie, à elle, est de s’offrir à Dieu, tel que Dieu se révèle à elle. Elle ne tient pas, ni ne possède son Fils. Elle est disponibilité. Elle est libre parce que servante du Seigneur. Car la confiance fait tenir debout celui qui s’y livre »[17].

Partant de ce qui précède, nous voyons l’importance de l’ouverture de la famille tant aux autres familles qu’à la grâce de Dieu pour la bonne marche de la vie commune. En même temps, elle est invitée à garder la confiance en Dieu et persévérer dans la prière en toutes circonstances de la vie. C’est aux parents de faire naître dans les cœurs des enfants l’amour de la liturgie, de la prière et de la Parole de Dieu dès leur jeune âge. En effet, la famille en tant Eglise vit la liturgie de sa manière sans négliger la participation active à la liturgie de l’Eglise universelle.

III. 3. L’importance de la dévotion mariale dans la vie familiale

Pour la famille chrétienne, la dévotion mariale peut être la plus simple et meilleure, dans la mesure où tout chrétien est capable de s’adresser à la Vierge Marie ne fût-ce qu’en priant le « Ave Maria » ou en priant le chapelet. Mais ce qui est important, c’est de se demander la place qui doit être sienne dans la vie familiale. De même que l’Eglise lui réserve un culte spécial, la famille comme Eglise domestique est appelée à honorer la vierge Marie à travers ses prières. Mais qu’est-ce que honorer la Vierge Marie sinon s’imprégner au chemin qu’elle a parcouru ? A ce propos ce que dit Albert ROUET est très pertinent :

Honorer Marie me semble donc exiger, non pas de la revêtir d’atours, ni à l’imaginer moins femme, mais à la suivre sur son chemin. Elle se laisse donner, devenant transparente au Verbe : c’est là sa plus grande raison de vivre. Elle donne Dieu à ceux qui ont soif de Dieu, les petits et les pauvres. Elle accepte de passer par les voies de dépouillement, de construire sa vie en réponse à la confiance reçue[18].

En se confiant à la Vierge Marie, la famille cherche à se réfugier sous sa protection au milieu des périls et des difficultés qu’elle rencontre. En même temps, elle lui demande d’implorer sur elle par ses prières le don de l’Esprit Saint (cf. LG, n° 59), car elle est toujours en relation avec lui. Pour Philippe FERLAY, Marie a une relation particulière avec l’Esprit Saint sous une double modalité, et la seconde permettant de comprendre toute la beauté de la première : « L’Esprit vient deux fois sur Marie : A l’Annonciation et au Cénacle. Et la venue de la Pentecôte éclaire toute la beauté de la première venue dans le silence de Nazareth »[19]. Cet Esprit contribuera à faire grandir l’union des membres de la famille avec le Christ. Car c’est en cela même que consiste la dévotion à la Vierge Marie. Elle n’a d’autres fins que de faire grandir dans le cœur des membres de la famille une union intime avec le Christ. «(…) tout est tourné vers le Christ, source exclusive de la vérité, de la sainteté et de la dévotion » (Cf. LG, n° 66).

En effet, la Vierge Marie a été la plus unie à son Fils d’une manière totale même jusqu’à la Croix. De là, elle devient la nouvelle Eve, Mère d’une nouvelle humanité. C’est ce que veut signifier Daniel FOUCHER quand il dit que « l’union totale de Marie à la Personne de son Fils au moment où il rendait le dernier Souffle, faisait d’elle la nouvelle Eve par rapport au nouvel et désormais unique Adam. C’est Jésus qui, toujours en dépendance totale du Père, assumait le rôle de Représentant total des hommes auprès de Dieu et de Dieu auprès des hommes (…) »[20].

Pour tout dire, la Vierge Marie occupe une place importante dans la vie spirituelle de la famille, car étant unie à la Sainte Trinité, elle est la plus proche de l’humanité. Le rapport filial avec elle constitue la voie privilégiée de la fidélité à l’appel reçu et une aide très efficace pour progresser dans sa réponse et vivre en plénitude sa vocation[21]. Par vocation, nous n’entendons pas seulement la vocation à la Vie Consacrée, mais aussi la vocation au mariage. C’est Dieu qui nous appelle tous de diverses manières pour collaborer à notre salut, et Marie nous offre un modèle. « Parce qu’un Autre nous appelle et veut que l’homme collabore à son propre salut, Marie fournit le prototype de la réponse croyante. Humilité et grandeur de Marie… Elle donne envie de Dieu, elle donne également envie d’être un homme, ouvert, adulte et fraternel »[22].  

CONCLUSION

Pour parler de Marie dans la vie familiale aujourd’hui, nous nous sommes posés la question de savoir le rôle que la Vierge Marie peut jouer dans la bonne marche de la vie familiale aujourd’hui. Il s’agissait de voir comment Marie peut aider une famille humaine chrétienne à surmonter les difficultés qu’elle traverse pour arriver à vivre une unité réussie. Nous sommes ainsi partis de la situation actuelle de la famille, ce qui nous a conduits à relever certains défis de la famille aujourd’hui, à essayer de proposer une piste de solution en partant du modèle marial. Nous avons constaté que l’enjeu est surtout celui de redécouvrir l’amour de Dieu pour l’humanité, le sens de l’unité et la mission même de la famille. Après, nous avons examiné tour à tour le modèle de Marie pour la jeunesse et pour toute femme en tant qu’épouse et mère. Enfin, nous avons abordé le rôle de Marie dans la vie spirituelle de la famille en tant qu’Eglise domestique. Arrivés au terme de notre réflexion, nous concluons que la dévotion mariale est très importante dans la vie de la famille, car elle fait grandir l’union de ses membres avec le Christ.

Les résultats de cette réflexion ne sont qu’une goutte d’eau dans un Océan. Nous encourageons tous ceux qui voudraient entrer en profondeur, tout en les assurant que c’est un vaste chantier, mais assez intéressant.

 

[1] CAMPANINI, Giorgio, « Le changement de la famille et les défis de la culture contemporaine », in MIETH, Dietmar et CAHILL, Lisa Sowle, (Dir.), La famille, Paris, Beauchesne, (Coll. «Concilium, Revue internationale de théologie », n° 260), 1995, p. 55.

[2] Ibidem, p. 56.

[3] SYNODE DES ÉVÊQUES DU 4 AU 25 OCTOBRE 2015 SUR LA FAMILLE, La vocation et mission de la famille dans l’Eglise et dans le monde contemporain. Rapport final : Relatio synodi, Le 24 Octobre 2015, n° 25. 

[4] Cf. Ibidem.

[5] OSIEK, Carolyn, «Le nouveau testament et la famille», in MIETH, Dietmar et CAHILL, Lisa Sowle, (Dir.), La famille, Paris, Beauchesne, (Coll. «Concilium, Revue internationale de théologie », n° 260), 1995, p. 22.

[6] CONSEIL PONTIFICAL ‘‘JUSTICE ET PAIX’’, Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise (CDSE), Kinshasa, IPCM, 2013, n ° 221.

[7] CAMPANINI, Giorgio, Art. cit., p. 56.

[8] REID, Charles, « Histoire de la famille», in MIETH, Dietmar et CAHILL, Lisa Sowle, (Dir.), La famille, Paris, Beauchesne, (Coll. «Concilium, Revue internationale de théologie », n° 260), 1995, p. 26.

[9] CONCILE ŒCUMENIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium (LG), Texte avec notes, Limete (Kinshasa), Editions L’Epiphanie, n.d., n° 53.

[10] MIETH, Dietmar et CAHILL, Lisa Sowle, « Editorial», in MIETH, Dietmar et CAHILL (Dir.), La famille, Paris, Beauchesne, (Coll. «Concilium, Revue internationale de théologie », n° 260), 1995, p. 8.

[11] JEAN PAUL II, Lettre Encyclique Redemptoris Mater sur la Vierge Marie dans la vie de l’Eglise en marche, Paris, Librairie Pierre TEQUI, 25 Mars 1987, n° 3.

[12] HOUDIJK, Rinus, «Formes de cohabitation et procréation en dehors du mariage», Trad. Cécile DASSEN, in MIETH, Dietmar et CAHILL (Dir.), La famille, Paris, Beauchesne, (Coll. «Concilium, Revue internationale de théologie », n° 260), 1995, p. 38.

[13]Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC), Paris, Mame/Plon, 1992, n° 1604.

[14] CALLAHAN, Sidney, «Psychologies des relations familiales», Trad. André DIVAULT, in MIETH, Dietmar et CAHILL (Dir.), La famille, Paris, Beauchesne, (Coll. «Concilium, Revue internationale de théologie », n° 260), 1995, p. 53-54.

[15] Ibidem, p. 53.

[16] ROUET, Albert, Marie et la vie chrétienne. Marie témoins de la foi de l’Eglise. Marie et les passages obligés de la foi. Une femme fidèle et engagée, Paris, Desclée De Brouwer/Bellarmin, 1978, p. 137.

[17] Ibidem.

[18] Ibidem.

[19] FERLAY, Philippe, Marie, Mère des hommes. Prier Marie en Eglise, Paris, Desclée, 1985, p. 78.

[20] FOUCHER, Daniel, Marie dans notre histoire et dans la Trinité, Editions de Montlingeon, 1988, p. 295.

[21] Cf. JEAN PAUL II, Exhortation apostolique post-synodale Vita consecrata sur la vie consacrée est sa mission dans l’Eglise et dans le monde, Rome, Médiaspaul, 1996, n° 28.

[22] ROUET, Albert, Op. cit., p. 138.