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Maximum illud dans une terre bénie : l’univers xavérien


 

Jetant un regard sur les siècles d’antan, c’est-à-dire l’ambiance ecclésiale et missionnaire d’avant la publication de l’encyclique Maximum illud et prenant en considération les différents parcours de l’histoire de l’Eglise dans son engagement missionnaire, il serait très heureux de se mettre au confort et écouter ce beau cantique, aux inspirations angéliques, qui retentit dans l’esprit des années 1900. Bien sûr au rythme et avec des vocables « vétustes », lus avec nos lunettes modernes. Sans tergiverser pouvons-nous dire que cette encyclique est un véritable cantique de la mission, avec un renouveau qui vaut son pesant d’or.

Selon les beaux mots du philosophe Edgar Morin, nous pouvons affirmer que « la vraie nouveauté nait toujours dans le recours aux sources [1]». Cent ans après la sortie officielle de Maximum illud, on ne peut se pencher sur ses révolutions, ses influences, son actualité…et ignorer délibérément ses débuts. Tant de choses ont changé, et plus tard encore avec le concile Vatican II. Ce texte ne dira pas cette actualité. Il ne fera pas non plus une réflexion à caractère théologique, mais il se propose de faire un certain retour sur les débuts, les contextes ayant entouré sa publication et bien sûr dans le monde xavérien, paternellement porté par Conforti, un véritable passionné de la mission.

  1. Conforti, évêque et fondateur : mission, fin exclusive des xavériens[2]

Il est quasiment impossible de parler de Conforti sans faire référence à la mission orientée vers les gens qui ne connaissent pas encore Jésus. Avec ce saint évêque et fondateur qui, depuis son jeune âge a rêvé la mission. Plus tard, sa jeune fondation[3] – se référant aux années 900 –  aura comme fin exclusive, la mission. Ses abondants écrits témoignent de son fort désir de la mission auquel il ne cessa de penser, jusqu’au terme de sa vie terrestre et son départ dans la patrie bienheureuse. De son vivant, il avait également un fort sens ecclésial, avec une estime considérable envers l’autorité du souverain pontife, comme en témoignent son abondante correspondance. Ce fait atteste sa collaboration avec le souverain pontife et tout l’épiscopat de son pays, l’Italie.

Au fait comme fondateur, Conforti recevait des nouvelles de ses missionnaires sur leur action dans la terre chinoise. Comme évêque, il a eu à effectuer des visites pastorales, entretenait son clergé. Et comme président de l’Union missionnaire du Clergé ; il animait des congrès, diverses rencontres. Tout ce bagage lui permettait de nourrir un désir de changement plus adapté.

Les bénédictions de l’Union missionnaire du Clergé[4]

Conforti entretenait une bonne amitié avec un certain Paolo Manna, à ce temps évêque de Milan. Ce dernier, au cours d’une visite en 1916, connaissant de son ami une forte passion pour la mission, lui fit part d’un immense projet qu’il concevait. Il sollicita son soutien. Il s’agissait bien de la création de l’Union Missionnaire du Clergé. Manna qui hésitait et cherchait un point d’appui trouva certainement la personne juste, qui de sa part, émerveillée, promis de tout mettre en œuvre pour un aboutissement heureux de cet immense et engageant projet.

Le 27 avril de la même année Conforti se rendait à Rome pour la traditionnelle visite ad limina. Au cours de cette visite, il fit tant de propositions au pape, parmi lesquelles, cet immense projet de la création l’Union missionnaire du Clergé. Il voulut ainsi la bénédiction du pontife. Ce dernier ne s’y opposa point et promis d’y penser. Quelques mois plus tard, ce projet fut reconnu par l’Eglise. Une autre prémisse, qui portera assez d’influence pour la conception et la publication Maximum illud fut posée.

  1. Conforti, une inspiration à Benoit XV ?

D’aucuns se posent souvent cette question. Elle est légitime, puisqu’elle n’est pas un fruit du néant. Avec la documentation à notre possession ; tant de traces nous portent à donner une affirmative. En effet, en 1957, le cardinal Angelo Roncalli (Jean XXIII - élu Pape en 1958), cité par Giuseppe Butturini[5] disait de Conforti :“ il était l’expression épiscopale la plus distincte en Italie de l’heureux mouvement missionnaire suscité par Maximum illud du pape Benoit XV (…) puisqu’il représentait la plénitude du ministère sacré des âmes”.  Et à l’historien des missions Jakob Baumgartner d’ajouter que Conforti doit être considéré comme un des promoteurs de cette lettre encyclique, puisque plus tard, en 1929 entretenant ses séminaristes, leur dira que l’éveil missionnaire qui était en cours à cette époque est dû à l’appel pressant de Maximum illud, encyclique adressée aux évêques et au monde (…) “ écoutantmespressantes et incessantesinsistances[6]

  1. Conforti parle de Maximum illud[7]
  • · Lettre au Pape Benoit XV : extraits.

En effet, onze jours après la publication de l’encyclique, il fit parvenir une lettre au souverain pontifie. Et faisant référence à ce document. Il écrivait :

« Très vénérable père,

                        L’admirable lettre apostolique sur la propagation de la foi que vous avez récemment adressée à l’épiscopat catholique, a réjoui tous ceux qui désirent l’expansion du Règne de Dieu, et qui accueillent chaleureusement et avec révérence l’acte noble que vous venez d’accomplir.

Et si pour tout véritable croyant elle constitue un motif de pure joie, elle en est plus particulièrement à ceux qui ont nommé l’Union Missionnaire du Clergé, qui a reçu une nouvelle et splendide approbation de Votre Autorité Suprême et lui recommande le soutien et la bénédiction du sacerdoce catholique qui en révèle de plus en plus l’excellence indiscutable.  Pour cela en qualité du président général de l’Union en Italie, me rendant interprète des sentiments de gratitude de ceux qui militent déjà en son sein je vous présente de plus vifs remerciements et en même temps (…) nous nous engagerons davantage redoublant le zèle (…) prions Dieu, que votre auguste adresse, qui interpelle et exhorte tout le monde, trouve profond écho dans l’âme de tout croyant et marque une ère de prospérité, jamais vécue pour les missions catholiques (…) ;  Parma, le 10 décembre 1919

  • · Lette à Paolo Manna

Un jour après la lettre adressée au Pape, il en fit une autre à son ami. On peut y lire :

« (…) le récent document pontifical, pendant qu’il constitue pour nous un motif de joie légitime et saint, il accentue certainement le poids de notre responsabilité face au clergé italien, à l’œuvre qui nous engage et au saint siège qui nous fait confiance. (…).  Le moment se présente pour essayer quelque chose à ne plus laisser échapper. (…) Somme toute, ne troublons pas notre esprit : l’œuvre est du Seigneur, et lui nous fera triompher (…) ; Parma, le 11 décembre 1919 »

  • · Aussi dans son adresse au clergé diocésain de Parma, sous le thème l’encyclique Maximum illud dans un moment historique.

Quelques jours plus tard, Conforti est en face de son clergé. Il parle de récent dommages causés par la guerre qui ont touché la vie de l’Eglise. Il parle également de Maximum Illud.

« Pendant que je vous communique l’admirable encyclique du Saint Père sur la propagation de la foi, je donne satisfaction au devoir et besoin que je ressens d’attirer votre attention sur ce vénéré document qui prend une considération extraordinaire et pour le moment historique dans lequel il vient d’être publié (…) 

Des moyens très efficaces : prière, vocations, charité

(…) c’est prenant en considération tout cela, que le Saint Père a de nouveau fait entendre son auguste exhortation pour inciter le Clergé et les laïcs à porter un soutien à ceux qui œuvrent pour l’expansion du règne de Dieu, qui par un divin conseil de la providence pourra accueillir tous les peuples en son sein (…) ; Parma, le 18 décembre 1919

A travers cette page, nous retenons l’apport que Conforti aura apporté dans la vie de l’Eglise à travers son engagement, et disons avec fierté, la fondation de l’institut xavérien dont ses membres consacrent leur vie à l’annonce du règne. Ils portent des empreintes et poursuivent ce grand projet de Conforti. Dépositaires de cet idéal missionnaire, ils ne pouvaient point vivre avec indifférence ce centenaire. Il s’est agi d’une opportunité ayant permis de revisiter cet heureux passé, joyeusement tracé par leur saint fondateur, et par là faire mémoire des jalons posés, ayant eu les mérites de porter à la publication de ce fameux document.

 

[1]  E. Morin, Amour, poésie, Sagesse, Paris, Seuil, p.49

[2] Constitutions xavériennes, art. 2

[3] Nous faisons référence à l’Institut Xavérien, officiellement crée le 03 décembre 1895.

[4] Il a produit nombre d’ouvrages sur l’histoire de l’Eglise contemporaine et sur l’histoire des missions

[5] Dans un article titré le réveil missionnaire en Italie entre les années 800-900 : La figure de Monseigneur Guido Maria Conforti, in A Parma e nelmondo. Verso le riccorenze saveriane, 1996, p. 382

[6] G. BARSOTTI, Il servo di Dio Guido Maria Conforti, ISME, Parma, 1953, p.137

[7] Ce sont différents textes que nous traduisons directement de l’italien, tirés d’un très précieux recueil de ses discours fait par Franco Teodori. Cf. Guido Maria Conforti: Unione Missionaria del Clero. Lettere e discorsi dalla fondazione (1919) al termine del suo mandato di presidente (1927), Roma, 1978.