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Tous disciples-missionnaires de Jésus-Christ


En vue du mois missionnaire extraordinaire célébré en octobre 2019, notre Centre dEtudes Africaines y avait participé en rassemblant les réflexions publiées dans ce numéro 14 de ses Cahiers. Trouvez ici lEditorial.

30Novembre 1919 - 30Novembre 2019, 100 ans depuis que le pape Benoît XV a publié la lettre Maximum Illud (MI), connue comme la première encyclique missionnaire.  MI est apparue en une période où l’Église catholique était en train de perdre son zèle missionnaire. Ce qui était un signe d’infidélité au mandat reçu de Jésus-Christ : « Allez dans le monde entier et prêchez l’Évangile à toute la création » (Marc 16:15). Par conséquent, en écrivant MI, le pape voulait que l’Église de son temps redécouvre sa nature missionnaire et son engagement envers elle en signe de fidélité à la parole du Maître.

Cent ans plus tard, le pape François a désiré que le mois d’Octobre 2019, soit un mois missionnaire extraordinaire, un moyen de rendre justice à cette lettre prophétique du pape Benoît XV.  Selon les mots du pape, l’objectif de cette célébration spéciale est de : « favoriser une prise de conscience accrue de la Missio ad Gentes et reprendre avec une ferveur renouvelée la transformation missionnaire de la vie et de l’activité pastorale de l’Église »[1]. Bien que, le temps ait changé depuis la publication de l’IM, le pape François rappelle à l’Église d’aujourd’hui que le défi de communiquer l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ à toutes les nations est encore urgent et a besoin d’un engagement nouveau et fort.

Les textes rassemblés dans le numéro 14 de nos Cahiers se voulaient une participation et une contribution à cet événement d’Eglise. La participation a consisté à désigner les expériences missionnaires actuelles qui témoignent que le mandat du Christ n’a pas été trahi en totalité. Car il existe des personnes qui se consacrent entièrement aujourd’hui à l’annonce de l’Evangile à ceux qui ne le connaissent pas. Un autre indice de cette fidélité est l’ouverture de nouveaux champs d’apostolat missionnaire dans  un pays comme le Tchad où les chrétiens sont une petite minorité. Ces expériences dont nous nous réjouissons, ne nous ont pas empêché d’ouvrir les yeux sur les défis auxquels doit faire face la proposition de la foi en Jésus-Christ en Afrique. La première partie de ce numéro dite contextualisation prend en charge cet axe.

Le deuxième axe porte sur la contribution. Elle se déploie dans les textes de la decontextualisation et de la recontextualisation  comme approfondissement et perspectives d’avenir. La mission chrétienne porte sur l’annonce du Christ, le même hier et aujourd’hui et éternellement (He 13,8). Idéalement, les missionnaires se veulent être de témoins au quotidien de l’amour dont Dieu a manifesté à l’humanité en envoyant son Fils (Jn 3, 16). Dans cette aventure, les succès n’ont pas manqué. Mais aussi les échecs et les trahisons ont accompagné la geste missionnaire depuis la publication de Maximum Illud. Dès lors, une conviction ressort dans les textes parus dans ce numéro : le contenu de la mission ne change pas. Mais dans un monde qui fait face aux changements rapides et devenu exigeant et complexe, c’est la figure du missionnaire qu’il faut repenser.

Le thème choisi pour le mois missionnaire extraordinaire : : « Baptisés et envoyés : l’Eglise du Christ en mission dans le monde » a permis aux auteurs d’indiquer cette nouvelle figure du missionnaire escomptée. Parce que le sacrement du baptême « démocratise », la mission, alors tous les baptisés sont missionnaires. Fini le temps de la mission aux mains de spécialistes. Mais être baptisé signifie être une nouvelle créature, revêtir le Christ (Ga 3, 27).  C’est cette nouvelle vie en Christ (2 Co 5, 17) qui est évoquée dans les textes comme condition pour être missionnaire aujourd’hui. A son temps, le pape Benoît XV parlait de la sainteté du missionnaire comme un attribut indispensable : « L’homme qui prêche Dieu doit lui-même être un homme de Dieu. L’homme qui exhorte les autres à mépriser le péché doit le mépriser lui-même. Prêcher par l’exemple est une procédure beaucoup plus efficace que la prédication vocale, en particulier chez les incroyants» (MI 24). Ce qu’on a appelé une condition indispensable du prédicateur est aujourd’hui découvert comme un appel et une condition de tous baptisés : « Un chrétien ne peut pas penser à sa mission sur terre sans la voir comme un chemin de sainteté, car « c’est la volonté de Dieu, votre sanctification » (1 Thess4:3) »[2].

De bout en bout, les textes publiés dans ce numéro mettent en mouvement ce que le Pape François qualifie de la condition du « disciple-missionnaire » (EG, 120). Il s’agit  d’une mission qui se déploie à partir de la conscience que c’est la configuration permanente au Christ, le retour permanent à la source évangélique qui confère l’identité du missionnaire de l’Evangile. Dans le cas contraire, on en arrive à sa caricature. Tout autant lié à la condition du disciple, c’est le vœu émis par les auteurs de voir les missionnaires d’aujourd’hui se risquent hors des sentiers battus et chemins familiers. Ils sont invités à investir les nouveaux champs de la mission comme le continent virtuel, les nouveaux arts du dialogue avec les gens d’autres religions et convictions ou même d’oser financer la mission autrement ; c’est-à-dire explorer intelligemment les voies de la providence divine en Afrique.

 

[1] Pape François, Lettre au cardinal Fernando Filoni, Préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, 22 octobre 2017, in www.vatican.va.

[2] Pape François, Gaudate et Exultate, À l’appel à la sainteté dans le monde d’aujourd’hui , n° 19.