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Quel style de  Mission Ad Gentes, Ad extra et Ad Vitam, à l’ère des mass-média ?


La Mission qu’elle soit Ad Gentes, qu’elle soit Ad Extra, ou encore Ad Vitam, s’exerce actuellement dans un environnement dominé par une culture du numérique et des mass-médias, qui impose au monde sa nouvelle logique. Les médias ont envahi le monde de la politique, de la culture, et de l’économie. Grâce à leur omniprésence et leur efficacité à « inventer » des réalités, ils ont prescrit à notre humanité « une nouvelle logique », celle de la « réalité » ; si bien qu’à l’ère actuelle, plus rien de peut se répandre et se développer sans faire recours au mass-média. Comme l’affirme Bernard Dagenais, ce « serait une tautologie d’affirmer qu’il n’y a pas d’existence sociale sans la communication ». Célébrer 100 ans de Maximum illud, c’est aussi revenir sur l’influence toujours croissante des médias, véritable couteau à deux tranchants, qui tantôt renforce et parfois menace la Mission. « les médias sont oui ou non la réponse appropriée au problème actuel de l’évangélisation » Les mass-médias, lorsqu’ils sont utilisés avec intelligence et efficacité, sont un atout majeur, un outil incontournable pour l’évangélisation du peuple en ce début du troisième millénaire. D’où la question comment s’en servir en mission pour une évangélisation de profondeur ?

Les Mass-média, une menace pour la Mission ?

Avec l’arrivée de l’internet, des postes de télévision et des téléphones performants (Smartphones, iPhone, etc.), naît la grande nouveauté qui bouleverse l’être missionnaire. Le missionnaire devenu « homme médiatique » consomme la marchandise médiatique « en chambre, au salon, au réfectoire et parfois à la chapelle » faisant subir à la vie missionnaire une dépersonnalisation noyée sous l’apparence du modernisme. En effet, ce qui désormais règne en terre de mission, grâce aux mass-médias, « c'est le monde extérieur – réel ou fictif – qu'ils y retransmet. Il y règne sans partage, au point d'ôter toute valeur à la réalité de la vie missionnaire et de le rendre fantomatique. Quand le lointain se rapproche trop, c'est le proche qui s'éloigne ou devient confus. Quand le fantôme devient réel, c'est le réel qui devient fantomatique. La vraie vie missionnaire s'est maintenant dégradée et a été ravalée au rang de réceptacle : sa fonction n'est plus que de contenir l'écran du monde extérieur (…) Dès que la pluie des images, des mails et des messages commence à tomber sur les murailles de cette forteresse qu'est la vie missionnaire, ses murs deviennent transparents et le ciment qui unit les membres de sa communauté s'effrite : la vie d’ensemble est menacée. »

A l’ère des mass-médias et de la globalisation, la mission et l’être missionnaire subissent les influences, on ne peut plus ambiguës, d’un monde en mutation. Alors qu’au départ les mass-médias et les réseaux sociaux avaient pour rôle de relier les hommes de tous les horizons en leur livrant la bonne information au moment opportun ; aujourd’hui, les mêmes mass-médias et les réseaux sociaux lorsqu’ils ne sont pas bien canalisés, risquent de conduire vers un individualisme missionnaire, voire, vers une globalisation de l’indifférence, qui au lieu de rendre service à la mission, lui porte un coup fatal.

S’il arrivait qu’un missionnaire se contente d’évangéliser et d’annoncer la bonne nouvelle sur des réseaux sociaux jusqu’à oublier le contact physique avec le peuple de Dieu, sa mission serait peut-être noble mais désincarnée. Et si un chrétien se contentait de suivre la messe à la TV sans se soucier d’une participation réelle, présence physique à l’Eucharistie, pourra-t-il aussi communier à la Tv ou se confesser à la Tv ou encore par téléphone ? Si comme on le dit, le monde est devenu un village planétaire, le risque est qu’en revanche, le village devienne un monde planétaire où tout nous sépare, où tout le monde ignore tout de tous. La Mission c’est avant tout une rencontre, un contact physique avec le peuple de Dieu. Pour s’effectuer en toute liberté d’esprit, elle requiert un certain « sevrage avec les appareils de communication ». Ceux-ci sont bons lorsqu’ils occupent un espace secondaire dans la vie du missionnaire ; c’est-à-dire, lorsqu’ils ne sont pas le centre de sa vie. Mais lorsque les appareils envahissent la vie du Missionnaire jusqu’à faire de lui un psycho-dépendant, au lieu de rendre service à la Mission, ils la déforment.

L’individualisme moderne et la culture du bien-être tendent à nous conduire à l’oubli, voire, au blackout de l’autre. Dans un monde hyperglobalisé qui met à temps réel, à la portée de tous, toutes les informations disponibles, on n’ose plus s’intéresser à la vie et à la souffrance du plus petit ou du pauvre. Alors que l’atout des mass-médias est de nous former et nous informer, il se passe quelque chose d’inédit. Nous savons presque tout dans plusieurs domaines, sur plusieurs sujets, de tout ce qui se passe loin de nous. Les effigies de grandes vedettes qui vivent à des milliers de kilomètres de chez-nous, sont affichés dans nos maisons. Les stars du foot et de la musique, nous sont familiers. En revanche, nous ignorons presque tout du petit voisin qui vit au coin, qui meurt de faim ou de manque des soins appropriés. Le paradoxe est tel que, nous sommes plus proches de ceux qui vivent loin de nous, ceux-là que nous ne connaissons qu’au travers des réseaux sociaux. Paradoxalement, le vrai voisin n’intéresse pas, c’est un sujet de trop qui nous dérange. Facilement on s’émeut en voyant au journal de 20 heures, les images du naufrage des immigrés dans la mer méditerranée, facilement on est pris de compassion devant les catastrophes naturelles qui s’abattent sur les innocents à des milliers des Kilomètres de chez-nous ; mais face au petit voisin dont les enfants meurent de malnutrition, cela ne nous dit rien. Quand le lointain devient proche, c’est le proche qui s’éloigne, avons-nous déjà dit.

La facilité avec laquelle nous nous connectons aux différentes nouvelles du monde, la rapidité et la brièveté de nos liens d’amitié rendus possibles grâce aux réseaux sociaux, est la même rapidité avec laquelle nous rompons ces mêmes liens. Nos boutons pour effacer, bloquer, éliminer les contacts gênants, jeter à la poubelle les correspondances de trop, fonctionnent bien. Le grand paradoxe de la communication est que plus on est connecté virtuellement, moins on l’est réellement. Quand le règne de l’irréel s’installe, c’est le réel qui s’éclipse. D’où certaines questions : Quel style de mission adopter et comment se déclarer missionnaire si on ne peut pas s’indigner ou se laisser déranger par « les damnés de la terre » ? Un missionnaire, pourra-t-il se contenter d’une culture qui célèbre le provisoire, l’éphémère, le jetable, alors que la vie missionnaire est tout à fait contraire au provisoire ?

1. Les mass-médias, une chance pour la Mission ?

Les mass-média jouent un rôle de premier plan dans la définition des enjeux sociaux, ils exercent une hégémonie sur nos façons de penser, d’être et de faire, si bien que la mission n’échappe pas à leur emprise.

L’Eglise Catholique a au début manifesté une position ambigüe, voire, une méfiance face aux médias qui dictent la façon de voir le monde, alors que c’était un rôle dévolu à l’Eglise. C’est ainsi que le Pape Clément XIII écrivit : « avec la peste contagieuse des livres déversés sur le peuple chrétien, des hommes égarés, attachés à des mensonges et éloignés de la sainte doctrine, troublent la pure source de la foi et battent en brèche les fondements de la religion (…). Il faut combattre résolument le fléau mortel de tant de livres ». Vingt-cinq ans plus tard, le Pape Pie VI, condamnera la liberté de presse qui accorde à l’individu : « le pouvoir de penser, de dire, d’écrire et même de faire imprimer impunément en matière de religion tout ce qui plaît ». Le pape Grégoire XVI quant à lui, va critiquer « la liberté funeste dont on ne put avoir assez d’horreurs », une menace pour l’Eglise et pour l’Etat. Le pape Pie IX a joint à son Encyclique Quanta cura(1864), un catalogue des erreurs modernes (Syllabus errorum) où il condamne la liberté de penser et d’expression comme étant la source de la « corruption morale et spirituelle des peuples ». Pourquoi cette hostilité face aux mass-média ? La première réaction de l’Eglise fut de considérer ce nouveau phénomène comme un ennemi qu’il fallait combattre à tout prix.

Le Concile Vatican II a promulgué en 1963, le Décret sur les moyens de communication sociale (Inter Mirifica). De tous les documents conciliaires, c’est celui qui a rencontré une grande opposition des pères conciliaires. Dans son ensemble, ce document peut être considéré comme une mise en garde solennelle contre ce qu’il convient d’appeler « les admirables découvertes techniques ». Par ce document, l’Eglise veut encourager les consacrés et les laïcs, à utiliser tous les moyens de communication possibles pour rendre possible la parole de Dieu dans une société dominée par les médias profanes. Il ne s’agit pas d’un traité révolutionnaire puisque l’enthousiasme s’y mêle constamment avec la méfiance. Toutefois, le Décret fait mention de « l’utilisation des médias pour mieux façonner l’opinion publique » (n.8). Soulignons que bien avant ce Décret, le Pape Pie XII avait déjà affirmé plusieurs fois, la nécessité de la tendance vers l’information démocratique, un réel tournant de l’Eglise à l’égard de la démocratie.

Comme affirme un document de la commission pontificale pour les moyens de communication sociale, « les moyens de communication sociale présentent donc un triple intérêt pour le peuple de Dieu : ils aident l’Eglise à se révéler au monde moderne ; ils favorisent le dialogue à l’intérieur de l’Eglise ; ils apprennent à l’Eglise les mentalités et les attitudes de l’homme contemporain ». L’Eglise a réalisé que le monde des médias, c’est bien plus qu’un instrument d’évangélisation, c’est aussi un monde à évangéliser. C’est en 1992 que l’Eglise va reconnaitre officiellement « le grand aréopage contemporain des médias qui avait été plus ou moins négligé par l’Eglise jusqu’à maintenant ». L’Eglise voit dans les moyens de communication sociale une chance extraordinaire pour pouvoir communiquer son message au monde entier devenu « grand village ». L’Eglise va jusqu’à qualifier les médias de masse comme « don de Dieu » qui jouent un rôle important dans la formation de l’opinion publique. D’après le Pape Jean Paul II, « de grandes possibilités sont offertes à la communication sociale, dans laquelle l’Eglise reconnaît le signe de l’œuvre créatrice et rédemptrice de Dieu, que l’homme doit continuer. Ces instruments peuvent donc devenir de Puissants canaux de transmission de l’Evangile, soit au niveau de la pré-évangélisation, soit à celui de l’approfondissement ultérieur de la foi, pour favoriser la promotion humaine et chrétienne de la jeunesse ».

2. A la redécouverte de Maximum Illud

Par sa Lettre Apostolique Maximum Illud du 30 novembre 1919, le Pape Benoit XV (1854-1922) a marqué sa volonté de conjurer les clivages nationalistes qui se maintenaient dans les missions en affirmant le caractère global et universel de la « belle et sainte mission entre tous ». Face au zèle excessif, au fanatisme missionnaire et au patriotisme exagéré, le souverain pontife va souligner la nécessité d’une mission de l’Eglise universelle bâtie hors des sentiers nationaux avec des ouvriers apostoliques détachés de tout lien avec leur pays, les missionnaires devant être les principales instigatrices de cette nouvelle orientation.

En ce temps des mass-médias, au moment où on parle de la mission Ad extra, on peut sortir de son pays pour une terre de mission sans être jamais sorti. Que des missionnaires qui se contentent d’une sortie physique sans que celle-ci ne soit accompagnée par une sortie psychologique. Il est missionnaire en terre de mission mais il veut toujours manger comme on mange dans sa terre natale, au lieu de s’insérer dans une culture locale, il veut exporter sa culture, voire l’imposer aux peuples autochtones. Au lieu d’apprendre la langue des autochtones, il apprend sa langue aux autochtones. Il s’agit d’une mission-civilisation, mission condescendante. Que des missionnaires en terre de mission mais qui passent la journée devant l’ordinateur ou devant l’écran de télévision en train de voir les films du terroir ou jouer aux cartes ? Combien de missionnaires qui, même étant sortis pour la mission, passent des heures au téléphones en train de communiquer avec la famille.

Invitant les missionnaires à « avancer au large » (Lc 5,4), le pape Benoit XV entendait fixer les grands axes d’actions à entreprendre pour relancer l’activité missionnaire afin d’ouvrir de nouveaux horizons pour de nombreux « païens assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort ».

3. Quelle mission pour l’Eglise d’aujourd’hui et de demain ?

En 1969, le Père Joseph Ratzinger prophétisait la mission future de l’Eglise en affirmant que, le futur de l’Eglise viendra des personnes profondément ancrées dans la foi, qui en vivent pleinement et purement. Il ne viendra pas de ceux s’accommodent sans réfléchir du temps qui passe, ou de ceux qui ne font que critiquer en partant du principe qu’eux-mêmes sont des jalons infaillibles. Il ne viendra non plus de ceux qui empruntent la voie de la facilité, qui cherchent à échapper à la passion de la foi, considérant comme faux ou obsolète, tyrannique ou légaliste, tout ce qui est un peu exigeant, tout ce qui blesse ou qui demande des sacrifices. Le futur de l’Eglise encore une fois, fait remarquer le souverain pontife, sera comme toujours remodelé par des saints, c’est-à-dire par des hommes dont les esprits cherchent à aller au-delà des simples slogans à la mode, qui ont une vision plus large des autres, du fait de leur vie qui englobe une réalité plus large.

Le futur de l’Eglise sera fait par des hommes altruistes. Or, Il n’ y a qu’une seule manière d’atteindre le véritable altruisme, par la patience acquise en faisant tous les jours des petits gestes désintéressés. Par cette attitude quotidienne d’abnégation, qui suffit à révéler à un homme à quel point il est esclave de son égo, par cette attitude uniquement, les yeux de l’homme peuvent s’ouvrir lentement. L’homme voit uniquement dans la mesure où il a vécu et souffert. S’il est vrai que l’homme ne voit bien que par le cœur, alors à quel point sommes-nous aveugles ?

Une Eglise qui célèbre le culte de l’action dans des prières politiques, tout ceci est complètement superflu. Cette Eglise ne tiendra pas. Ce qui restera c’est l’Eglise du Christ, l’Eglise qui croit en un Dieu devenu Homme et qui nous promet la vie éternelle. Un missionnaire qui n’est rien de plus qu’un travailleur social peut être remplacé par un psychologue ou un autre spécialiste. Un missionnaire qui n’est pas un spécialiste, qui ne reste pas sur la touche à regarder le jeu et à distribuer des conseils, mais qui au nom de Dieu se met à la disposition des Hommes, est à leurs côtés dans leurs peines, dans leurs joies, dans leurs espoirs et dans leurs peurs, oui ce genre de missionnaire, nous en aurons besoin à l’avenir. L’Eglise de demain renchérit le Saint Père, est une Eglise qui aura beaucoup perdue. Elle sera de taille réduite et devra quasiment repartir de Zéro. Le nombre de ses fidèles se réduisant, elle perdra nombre de ses privilèges. Elle pourra sans doute découvrir des nouvelles formes de ministères, et ordonnera à la prêtrise des chrétiens aptes et pouvant exercer une profession. Mais dans tout ce changement, l’essence de l’Eglise restera : « la foi en un Dieu trinitaire, en Jésus Christ, le Fils de Dieu fait Homme, en l’Esprit-saint présent jusqu’à la fin du monde. L’Eglise sera une Eglise plus spirituelle, ne gageant pas sur des mandats politiques, ne courtisant ni la droite ni la gauche. Cela va la rendre pauvre et fera d’elle l’Eglise des doux. Le processus sera d’autant plus ardu qu’il faudra se débarrasser d’une étroitesse d’esprit sectaire et d’une affirmation de soi trop pompeuse. Le processus va être long et fastidieux mais quand les épreuves de cette période d’assainissement auront été surmontées, cette Eglise simplifiée et plus riche spirituellement en ressortira grandie et affermie. Il est certain que l’Eglise va devoir affronter des périodes très difficiles. La véritable crise vient à peine de commencer. Mais je suis certain qu’à la fin, il restera une Eglise non du culte politique, car celle-ci est déjà morte, mais une Eglise de la foi qui redeviendra la maison des hommes où ils trouveront la vie et l’espoir en la vie éternelle. »

L’appel à la mission Ad Gentes, Ad extra et Ad vitam, découle par nature de l’appel à la sainteté. Tout missionnaire n’est authentiquement missionnaire que s’il s’engage sur la voie de la sainteté: « La sainteté est un fondement essentiel et une condition absolument irremplaçable pour l’accomplissement de la mission de salut de l’Eglise ».

La vocation universelle à la sainteté est étroitement liée à la vocation universelle à la mission: tout fidèle est appelé à la sainteté et à la mission. Ainsi, le Concile souhaitait ardemment, « en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l’Evangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Eglise ». La spiritualité missionnaire de l’Eglise est un chemin vers la sainteté.

L’élan renouvelé vers la mission Ad gentes demande de saints missionnaires. Il ne suffit pas de renouveler les méthodes pastorales, ni de mieux organiser et de mieux coordonner les forces de l’Eglise, ni d’explorer avec plus d’acuité les fondements bibliques et théologiques de la foi : il faut susciter un nouvel « élan de sainteté » chez les missionnaires et dans toute la communauté chrétienne, en particulier chez ceux qui sont les plus proches collaborateurs des missionnaires.

4. La mission comme sortie

Le Magistère développé à partir du Concile Vatican II et plus particulièrement par les Papes Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI et François apporte beaucoup de lumière sur la compréhension de la mission actuelle, une mission qui s’inscrit dans la plus haute tradition des premières communautés chrétiennes. Qu’il nous suffise de n’évoquer la dernière exhortation du Pape François Evangelii Gaudium (EG) qui insiste sur l’importance d’une Eglise en sortie, qui « cesse de n’être qu’institution renfermée sur soi », une Eglise qui « s’ouvre au dialogue », qui « s’éloigne du pouvoir autoritaire ». Le Pape François rêve d’une église qui soit « peuple de Dieu » et dont les « pasteurs sentent l’odeur du troupeau » et « pratiquent la miséricorde et le pardon » ; une église qui cherche à construire la communion et la participation, qui soit engagée dans la justice sociale et tient à cœur les problèmes écologiques (la préservation de notre maison commune). La mission selon le Pape François ne consiste pas à se contenter d’alimenter une Eglise prise en étau par plusieurs activités qu’elle-même a inventé parce que la vraie mission de l’Eglise est dans le monde, en dehors de l’église. C’est pourquoi les chrétiens ont besoin de soir pour se mélanger à d’autres peuples afin de former le peuple de Dieu. « Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ. Je répète ici pour toute l’Église ce que j’ai dit de nombreuses fois (…) je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. Je ne veux pas une Église préoccupée d’être le centre et qui finit renfermée dans un enchevêtrement de fixations et de procédures. Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ,(…) j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nousdonnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que,dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus qui nous répète sans arrêt : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » ( Mc 6, 37) » EG, 49.

Ce texte biblique nous plonge dans la profondeur de la mission . Dans Mc 6, 31-43, il est question d’un groupe qui savait que Jésus était capable de tout et qui le cherchait incessamment. Afin de se reposer, Jésus s’était retiré avec ses disciples vers l’autre bord de la mer, mais la multitude en sachant cela, l’ai poursuivie si bien que Jésus ne pouvait pas se reposer. Il ne les a pas rejetés, il les a plutôt accueillis avec gentillesse.

Comme ils étaient dans un lieu désert et que l’heure avançait, les disciples ont suggéré que Jésus les renvoie afin que chacun aille se chercher un logement et se prépare un repas du soir. Jésus n’a pas cédé aux sollicitations de ses disciples. Il en a profité au contraire pour leur faire comprendre que l’une de sa mission était de donner à manger au peuple de Dieu. Comme il venait de les nourrir de sa parole, il fallait aussi les nourrir du pain. Et comme les disciples ont dit qu’ils n’avaient rien de suffisant à offrir, Jésus leur a demandé de donner tout ce qu’ils avaient. On lui remit cinq pains et deux poissons. Jésus les bénit et ordonna à ses disciples de distribuer au peuple. Tous ont mangé et se sont rassasié.

Avec ce geste de main tendue à l’autre, Jésus voudrait que les missionnaires s’ouvrent à la force transformatrice de la solidarité, du partage et de la communion, suscitant en eux une nouvelle mentalité communautaire, signe d’une société nouvelle.

Comment vivre comme Eglise en sortie ? Jusqu’à nos jours, le peuple affamé cherche Jésus. A voir la manière dont nos congrégations et nos Eglises sont organisées, il n’est pas toujours sûr qu’elles restent attentives aux appels de Dieu qui résonnent à partir d’une réalité du peuple souffrant. Nous vivons dans des communautés fermées et enfermées dans ses multiples occupations (activisme). Cela fait que facilement nous renvoyons le peuple de Dieu à la maison. Chacun rentre chez soi sans avoir trouvé ce qu’il est venu chercher. Comment faire vibrer ces paroles de Jésus dans le cœur de nos communautés : « Donne-leur vous-mêmes à manger » ? Seule l’Eglise en sortie pourra donner une réponse satisfaisante à cette question.

Être missionnaire Ad Gentes, ce n’est pas faire tout ce qu’o veut. C’est plutôt faire ce qui doit être fait. Dans le cas d’espèces, comment s’y prendre si nous n’avons que « trop peu de pains et de poissons » ? A l’exemple des Apôtres, il suffit de présenter nos quelques dons à Jésus pour qu’Il les bénisse et qu’à notre tour nous les distribuions aux pauvres.

Avec Evangelii Gaudium, nous pouvons conclure qu’une Eglise en sortie est celle qui est capable : d’anticiper, de s’engager, d’accompagner, de fructifier et de fêter (E.G. 24). Afin de constituer une Eglise en sortie, les missionnaires devront développer une attitude de constante sortie qui bouscule nos coutumes, nos styles, nos horaires, notre langage et toute la structure ecclésiale (EG, 27). A l’exemple de Jésus, l’Eglise doit mettre les pauvres au centre de son action et s’engager à promouvoir leur développement intégral (E.G. 118).

Conclusion

A l’heure des mass-médias, la mission Ad Gentes, Ad Extra et Ad Vitam, doit tenir compte des enjeux actuels d’un monde en mutation. Mais comment communiquer l’Evangile dans ce nouveau contexte? Les médias sont-ils oui ou non une solution appropriée à la question de l’évangélisation? L’Eglise catholique a commencé à évangéliser au moyen des livres, des images, de l’art, de la sculpture; elle occupait une position dominante dans la société avant la Réforme protestante, jusqu’à ce que son « aura » se réduise au fil du temps. Sur l’espace public, elle n’est plus la seule à proclamer la vérité. Celle-ci n’est plus une, mais multiple. Dans le monde politique, son influence diminue jusqu’à perdre totalement son magistère. Désormais, elle n’est plus la référence absolue pour ce qui regarde le vivre. La religion a perdu de son influence au profit de l’Etat, du sport et de loisir. De plus en plus, des jeunes se désintéressent des questions religieuses ; la sécularisation et l’athéisme font leur chemin dans notre société. Comment rendre crédible l’évangélisation, comment réaviver la mission?

Cent ans après Maximum Illud, nous n’avons pas peur d’affirmer qu’ « une nouvelle évangélisation est possible grâce aux médias». Evangéliser autrement, « missionner » différemment en profitant des variétés de possibilités que nous offre l’espace médiatique afin de proposer la foi en Dieu dans un langage actualisé et adapté au monde numérique. Puisqu’elle est chargée d’une mission, l’Eglise catholique estime devoir recourir à tous les moyens et méthodes de communication qui sont directement ou indirectement tournés vers l’homme. Selon le document de l’Eglise Aetatis Novae, consacré aux moyens de communications sociales, « l’évangélisation actuelle devrait trouver des ressources dans la présence active et ouverte de l’Eglise au sein du monde de communications ». En d’autres termes, l’Eglise catholique s’estime appelée à jouer son rôle dans le domaine de la communication. C’est ainsi que ses membres, doivent s’approprier les médias disponibles un peu comme font les politiques, les producteurs, les consommateurs, les pédagogues ou encore apprenants, etc. Faire un peu de propagande, essayer de séduire, de convaincre son interlocuteur, avec la seule différence que, les médias ne doivent pas être considérés comme de purs instruments, en eux-mêmes indifférents aux objectifs qu’ils servent à savoir les valeurs de vérité, de justice et de respect d’autrui.

Barthélemy Minani sx