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LA MORT, VOIE VERS LA TROISIEME VIE


La mort, voie vers la troisième vie : regards croisés en contexte de pluralisme religieux

Introduction

La mort est une réalité de la vie humaine dont il sied de parler ; mais à qui ? Il est important d’en parler tant aux bien portants qu’aux mourants. La mort est une clé à double fonction, car en même temps qu’elle met fin à la vie terrestre, elle ouvre à la vie éternelle. L’expérience de la mort, qu’elle soit vécue directement par la personne qui se prépare à quitter ce monde contre sa bonne volonté, ou indirectement par ceux qui lui sont proches par le sang ou par amitié, est indubitablement une réalité qui touche tout être humain dans son vécu spatio-temporel. Nous sommes là face à une question d’ordre social, culturel et religieux. Chaque peuple développe ses rites et ses cérémonies autour de cet événement, selon sa propre conception philosophico-socio-religieuse. Remarquons aussi que « l’homme est le seul être vivant qui depuis le commencement de sa conscience, réserve aux membres de son genre une sépulture, tandis que les animaux sans conscience de la mort, abandonnent les corps inanimés de leurs semblables »[1].

Selon Rahner Karl, « la mort compte parmi les événements bouleversants de l’existence humaine »[2]. Durant sa vie terrestre, l’homme cherche toujours à se perfectionner, parce qu’il sait que la vie terrestre est la préparation de la vie éternelle, comme les neuf mois de la grossesse le sont, en quelque sorte pour la vie en ce monde. Ce n’est donc pas au moment de la mort qu’il faut penser à elle. C’est pendant toute la vie. L’art de mourir est remplacé par un art de vivre[3].

            Dans ce travail, il s’agira, d’abord, du phénomène de la mort selon l’hindouisme, le bouddhisme et les religions traditionnelles africaines. Nous présenterons la manière dont les adeptes de ces religions conçoivent et célèbrent la mort ou les funérailles. Ensuite, il sera question du phénomène de la mort dans les trois religions monothéistes : l’islam, le judaïsme et le christianisme. Et enfin, nous esquisserons les éléments de similitude et de dissemblance sur la mort comme voie d’entrée dans la vie éternelle dans ces différentes traditions religieuses.

 I. Phénoménologie de la mort selon les religions : Hindouisme, Bouddhisme et Religions Traditionnelles Africaines

Avant d’aborder l’univers propre de chaque religion sur la mort, il faut tout de suite relever avec Fontan Arlette que les philosophies, les sagesses et les religions humaines ont affronté la question de la mort en la considérant comme inévitable, comme le suggère cette affirmation de Platon citée par elle : « Il n’est rien de sûr pour l’homme sinon, pour celui qui est né, qu’il va mourir »[4].

I.1. La mort dans le folklore hindou

Dans la mentalité des hindous, il n’y a ni commencement ni fin. On ne peut envisager d’origine à leur religion, qui ne connaît pas de fondateur humain. Et cela n’est pas sans conséquences sur l’idée qu’ils se font de la vie et de la mort[5]. L’hindou se perçoit « comme un voyageur sur un chemin sans fin. La vie terrestre actuelle n’est qu’un passage, une parenthèse précédée par d’autres et suivie par d’autres »[6]. L’hindou est convaincu dans sa pensée qu’après la mort, il se réincarne dans d’autres corps, soit à un niveau inférieur, soit à un niveau supérieur selon ses actes ; mais il n’a pas conscience pendant cette réincarnation[7]. Quelle est, à cet effet, la préoccupation de l’hindou ? Grâce à Tison Brigitte, nous savons que la mort n’est pas la préoccupation de l’hindou : « Dès sa naissance, pour lui, la mort n’est pas une fin puisqu’il va renaître ailleurs et que l’important est de briser la chaîne des renaissances. Depuis toujours, il appartient à l’éternité »[8].

I. 2. La mort dans la tradition bouddhiste

Le centre essentiel de la doctrine bouddhiste vise à atteindre la délivrance du désir ou le Nirvana. Il faut être délivré de la douleur du tourment des créatures. Que dit le bouddhisme concernant la mort ? D’après l’expérience de Bouddha, fondateur du bouddhisme, « nul n’échappe à la mort, c’est même une étape de la vie. C’est l’expérience de chacun de nous, ce fut celle du Bouddha. La mort est omniprésente dans la biographie du Bouddha »[9]. Il importe maintenant de voir la mort dans les religions traditionnelles africaines.

I.3. La mort dans les religions traditionnelles africaines

La religion traditionnelle africaine comporte, en effet, de nombreuses composantes comme l’animisme, le totémisme, le culte des ancêtres, etc. Mais aucun peuple d’Afrique n’a une religion du livre, « tout repose sur la tradition orale, sur la parole transmise de génération en génération. Il n’y a pas un corps écrit de doctrines, des dogmes ou un magistère arrêtés et fixés »[10]. Mais tout n’est pas resté à l’oralité jusqu’aujourd’hui grâce à la colonisation et à l’évangélisation.

            Pour ce qui concerne les origines de la mort dans la conception africaine, on peut accepter qu'un grand nombre de récits ne fasse intervenir la mort qu’en tant qu’événement qui, en dernière instance, procéderait de la décision divine[11]. Par ailleurs, d’autres africains dédouanent Dieu de l’origine de la mort. Mais aussi, il n’est pas rare que la mort soit dotée d’une réalité ontologique et qu’elle intervienne dans les récits en tant que personnage mythique, jusqu’à dire que la mort est venue à cause de la faute de l’homme lui-même ou d’un génie perturbateur.

La mort met fin à la vie terrestre de tout homme : « Tout homme qui marche agonise : la mort suit l’homme comme sa silhouette »[12]. Au contraire, « elle crée toujours la surprise, la peine sans consolation. Elle crée la séparation perpétuelle, le déséquilibre et la désolation. La mort a beau être inévitable, mais face à elle, l’on doit rester courageux »[13].  Quant aux rites de funérailles, ils ont été « appréhendés comme l’ensemble des gestes, des paroles et des actes qui entourent la fin de la vie et accompagnent la mort d’un être humain »[14]. Dans la même perspective, Fontan Arlette souligne que les rites sont « un ensemble des paroles et des gestes codifiés dans le temps et dans l’espace, exécuté par une communauté dont chaque membre a un rôle précis à jouer. Leur finalité est simultanément d’accompagner le défunt  et de l’aider à accéder à l’au-delà, de permettre aux proches de maîtriser l’angoisse, la douleur et la culpabilité »[15].

 II. Approche phénoménologique de la mort dans les religions monothéistes

Avant d’amorcer les thématiques de cette deuxième partie, nous voulons d’entrée de jeu rappeler la pensée de Durrwell François-Xavier selon laquelle la prédication avait été, « durant plusieurs années, moins soucieuse de témoigner de l’au-delà de ce monde et donc de dire aux hommes le sens de la mort. Elle oubliait quelque peu que l’au-delà n’est pas un simple futur, que la mort est une dimension actuelle de l’existence humaine, et que les réalités terrestres n’acquièrent leur pleine valeur qu’en intégrant en elles le vrai sens de la mort »[16]. La mort étant par ailleurs perçue comme un sujet qui fascine toutes les sociétés, comme le « maître absolu » (Hegel) qui nous courbe et nous égalise sous son autorité, tous sans exception[17]. Qu’en est-elle dans le l’Islam, dans le Judaïsme et dans le Christianisme ?

II. 1. La mort dans l’Islam

            Une des caractéristiques de son message au début de la prédication du Prophète, a été précisément de rappeler aux hommes, enfoncés dans la recherche de leurs plaisirs que le monde passe, « que tout est périssable » hormis le Visage de Dieu[18]. « La mort est inéluctable, nul ne peut y échapper : ‘Toute âme goûte la mort’ (3,185). (…). Il est vain de vouloir échapper à ce sort inévitable : ‘Où que vous soyez, la mort vous atteindra, fussiez-vous en des tours puissantes’(4,80) »[19]. De ce qui précède, nous retenons que la mort comme la vie est entre les mains de Dieu. Ceci parce que « c’est Lui qui vous donna la vie, puis vous fera mourir, puis vous fera revivre (22, 66) »[20]. Pour le musulman, tout ce qui arrive à l’homme, lui arrive par la permission de Dieu. C’est pour cette raison que dans la logique musulmane, il n’est donné à personne de mourir sinon avec la volonté de Dieu, car c’est lui qui fait vivre et fait mourir[21].

II. 2. La mort dans le Judaïsme

              Selon la conception hébraïque, la mort est « une donnée du monde créé, elle n’engendre aucune philosophie de l’absurde. Ce qui est absurde c’est de détruire son existence ou celle des autres en refusant la loi extérieure, la loi transcendante de Dieu, en voulant avaler ce qui est interdit »[22]. La vie est une bénédiction et comme telle, elle ne peut être gaspillée »[23]. Mais nous n’ignorons pas que l’homme est poussière et il doit retourner à la poussière, le corps ne peut être ni abandonné ni détruit, mais quant aux larmes, elles sont le moyen d’évacuer la douleur[24].

II. 3. La mort à la lumière de la Révélation Chrétienne

            Parler de la mort à la lumière de la Révélation Chrétienne c’est parler d’elle dans le Christianisme, une religion abrahamique fondée sur l'enseignement, la personne et la vie de Jésus de Nazareth. Dans le christianisme, l’homme n’est originellement pas destiné à la mort. Il est destiné à la vie. C’est le péché qui, rompant le contrat avec Dieu, conduit à la mort.  

Beaucoup pensent d’une part que la mort est la fin ultime et définitive de notre existence. D’autre part, « les chrétiens, affirment que la mort est un passage qui nous conduit sur l’autre rive de la vie. C’est, pour eux, le lieu des retrouvailles éternelles avec ceux qu’ils aiment, le lieu du bonheur infini avec Dieu »[25].

II. 3. 1. Brève conception biblique de la mort

Selon la Genèse, la mort n’a pas été créée par Dieu, mais elle est une conséquence de l’acte de désobéissance posé par le premier homme : « Mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras tu mourras » (Gn 2, 17). Et Saint Paul, aux Corinthiens, écrit : « En effet, puisque la mort est venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts » (1Co 15, 21). Pour Gustave Martelet, « le récit de la chute vise, à travers le péché, la mort biologique et affirme clairement qu’elle est corrélative de la faute d’Adam. Non pécheur, l’Homme ne serait pas mort ; pécheur, il meurt de deux manières, spirituelle et physique affirme la Genèse »[26].

La question centrale de cette partie est de savoir si réellement Dieu a créé la mort. À cette interrogation,  le livre de la Sagesse apporte une lumière : « Mais par la jalousie du diable la mort est entrée dans le monde (Sg 2, 24a) »[27]. L’allusion au livre de la Genèse est claire. Adam que le démon a subordonné, entend la sentence : « Tu es poussière et à la poussière tu retourneras » (Cf. Gn 3, 19).

À partir de tout ce qui précède, nous constatons que les données bibliques au sujet de la mort, nous plongent dans une certaine ambivalence et ambiguïté parce qu’on ne peut pas dire clairement que c’est Dieu qui a fait la mort ou pas, mais c’est dont nous sommes d’accord, est qu’il l’a permise. Face à cette réalité d’impuissance de l’homme devant la mort, ce dernier se confie à Dieu dans l’espérance.

Cette randonnée dans les pratiques des religions et des cultures au tour de la mort, et des funérailles, nous a montré que partout dans le monde, les hommes de tout temps et de tout lieu accordent toujours une importance aux défunts en entourant leur sépulture de rites et de pratiques que nous appelons funérailles. Ces rites ont plusieurs interprétations dont l’apaisement des douleurs causées par la perte d’un être cher, la foi en la survie du défunt après la mort, le désir de maintenir un lien invisible entre les vivants et les défunts.

III. Points de convergence et de divergence de la conception de la mort et de la vie éternelle dans les religions

Faire l’expérience de la mort et du deuil concerne directement ou indirectement toute personne peu importe sa vision, sa croyance religieuse ou ses règles sociales. Nous avons le sentiment que l’annonce de l’Évangile ne peut pas ignorer une réalité si importante. Pour ce faire, on « distingue trois catégories d’endeuillés : celui qui réussit à dérober complètement sa peine, celui qui la cache aux autres et la garde pour lui-même, celui qui la laisse librement apparaître »[28]. Il y a cette divergence dans la célébration et dans le vécu du deuil selon l’enseignement ou la formation qu’on reçoit dans sa religion.

D’une manière générale, après avoir parlé de la mort comme réalité naturelle liée à la vie dans les cultures et les religions que nous avons prises comme échantillons, il sied dans cette dernière partie de relever les éléments communs et différents sur la mort dans l’hindouisme, le bouddhisme, les religions traditionnelles africaines, l’islam, le judaïsme et le christianisme. Nous sommes d’avis que mourir est bien naturel comme « la bougie s’éteint d’avoir brulé et les épis doivent être moissonnés un jour »[29]. Toutefois, être mortel ne signifie pas « seulement savoir que l’on va mourir un jour mais percevoir son existence sur le fond d’un toujours pouvoir mourir »[30].

III. 1. La mort comme passage ou comme changement de vie

Grâce aux recherches déjà faites, jusqu’à ce point, nous pouvons retenir que la vie d’ici-bas est un passage vers un autre état selon l’hindouisme et le bouddhisme. Par contre, dans les traditions africaines et dans les religions monothéistes la vie actuelle bien vécue est une période de préparation à la vie éternelle, en passant par la mort. Pour l’islam, la mort est une étape transitoire menant à une autre vie ; après la résurrection et le jugement dernier, le croyant pourra profiter d’une vie éternelle en présence de Dieu. Enfin, dans le christianisme, la mort est un passage, un temps de sommeil avant de se réveiller dans la demeure éternelle du bon Dieu selon les actes posés durant la vie terrestre.

III. 2. La bonne mort

Dans ce point, nous pouvons sans nul doute retenir que toute personne de n’importe quelle confession religieuse cherche et souhaite qu’à son dernier jour, elle puisse s’endormir tranquillement dans la paix ; elle souhaiterait s’éteindre dans son lit sans souffrir. La bonne mort est douce et paisible. Elle est encore une préoccupation de toute personne. Certaines personnes, sans expérience concrète de la mort, aimeraient quitter ce monde par une mort soudaine qu’être affecté par une maladie qui dégrade et fait souffrir. Certaines personnes de l’Antiquité « non sans raison disent que la mort subite était le plus grand bonheur de la vie. L’âme qui s’est confiée une fois pour toutes à la volonté divine est prête à supporter un millier de mort »[31].

Dans toutes les traditions, la famille distingue la bonne mort de la mauvaise mort et entoure ses membres pour leur assurer une mort digne, honorable. Ainsi, pour la tradition africaine, « la bonne mort, c’est la mort dans la paix, la paix avec soi-même, avec les siens ; c’est mourir rassasié d’années auprès des siens, dans la paix ; la mauvaise mort c’est la mort du méchant, du malfaiteur, du sorcier ou de celui qui est rejeté par les siens »[32]. Cette mort est mauvaise parce que la vie qui l’a précédée a été nocive, c’est-à-dire qu’elle n’a pas laissé des traces positives dans le monde des vivants : « On ne porte pas le deuil pour la mort d’un chien : on ne regrette pas la mort d’un méchant »[33]. Le bon passage s’accomplit par rapport aux bons actes posés pendant l’existence terrestre qui permettent de connaître la bonne mort sanctionnée par le jugement dernier.

III. 3. La mort comme moment de jugement

Dans les religions monothéistes et les traditions africaines, le mot jugement intervient, tandis qu’il est absent dans les enseignements hindouistes et bouddhistes. Pour les chrétiens et les musulmans, après la mort, l’âme qui, séparée du corps physique, reçoit directement son jugement afin qu’elle soit immuable jusqu’au jour de la résurrection des morts. Le jugement dernier est aussi, selon saint Augustin « l’avènement futur du Christ qui doit descendre du ciel pour juger les vivants et les morts, cet avènement confessé et professé par toute l’Église du vrai Dieu, c’est ce que nous appelons dernier jour du jugement divin, c’est-à-dire la fin des temps »[34]. Dans le Credo, nous trouvons cette phrase : « D’où il viendra juger les vivants et les morts »[35]. Le Christ notre Seigneur nous jugera avec la puissance qu’il s’est acquise comme Rédempteur du monde venu pour sauver les hommes.  C’est pourquoi le Christ dit lui-même : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » (Jn 5, 24). Dans l’Islam, entre la mort et la résurrection, le mort vit une étape, une sorte de vie transitoire appelée par le Coran  « la vie d’intervalle »[36]. L’étape la plus importante de ce jugement est la pesée des actes sur une balance, chacun se verra attribuer la récompense ou la punition méritée selon ses actes. Une fois ses péchés expiés.

En clair, la conception de la vie éternelle pour le musulman n’est pas totalement différente de celle du chrétien. Le musulman croit que

les incrédules seront conduits en groupes vers la Géhenne : ses portes s’ouvriront à leur arrivée ; ses gardiens leur diront : « Franchissez les portes de la Géhenne pour y demeurer immortels. » Ceux qui craignent leur Seigneur seront conduits par groupes au paradis : ses portes s’ouvriront à leur arrivée ; ses gardiens leur diront : « Paix sur vous, vous avez été bons. Entrez ici pour y demeurer éternels. ». Les hommes seront jugés en toute justice et l’on dira : « Louange à Dieu, le Seigneur des mondes. » (Coran 39-69 à 75)[37].

Il est donc à retenir que dans le Coran, après la mort, viennent la résurrection et la récompense. Le Coran parle également du paradis et aussi de l’enfer. Par contre, l’hindouisme et le bouddhisme ne parlent pas de la résurrection après la mort, mais ils parlent de la renaissance. Il est bon et intéressant de constater comment dans ces trois religions, comme dans le judaïsme et le christianisme, toutes conseillent aux humains de bien vivre pendant la vie présente. Certaines personnes, après leur mort, ressuscitent pour la vie éternelle et d’autres pour la renaissance en vue de la paix dans leurs familles.

III. 4. La résurrection du Christ comme réponse à une espérance universelle

Jésus-Christ, vrai Homme et vrai Dieu est l’unique Sauveur et l’unique Médiateur de toute l’humanité. « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus Christ homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous » (1Tm 2, 5-6). En Jésus Christ, il y a universalité de l’espérance au salut qu’il donne lui-même à tous.  Jésus révèle le sens de la mort à travers sa passion-mort-résurrection. En effet, « homme mortel, il était, lui aussi, né pour mourir. À son égard, la volonté de Dieu était, de toute évidence, paternelle. Dieu voulait l’amener, à travers la mort, « à sa perfection » (He 2,10 ; 5,9 ; 7,28), c’est-à-dire  à la plénitude de vie filiale, dans laquelle il est le sauveur des hommes »[38]. La mort de Jésus est le sommet de son mystère d’homme Fils de Dieu sauveur. Le départ vers le Mont des Oliviers traduit l’intention lucide de mener à terme ce qui a été symboliquement annoncé. Comme tout homme, Jésus est devant sa mort avec tout ce qu’il peut pressentir et appréhender de rupture et de souffrances[39].

Selon l’Église primitive, la résurrection de Jésus Christ, constitue le fondement inébranlable de la foi en la résurrection des morts[40]. Pour le quatrième évangile, « il y a une relation intime entre l’eucharistie et la résurrection future »[41]. Jésus dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 54). Et un peu avant, il avait affirmé : « Que ceci ne vous étonne plus ! L’heure vient où tous ceux qui gisent dans les tombeaux entendront sa voix, et ceux qui auront fait le bien en sortiront pour la résurrection qui mène à la vie ; ceux qui auront pratiqué le mal, pour la résurrection qui mène au jugement » (Jn 5, 28-29). Le même évangéliste écrit encore que Jésus lui-même est la résurrection et la vie, que celui qui croit en lui, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en lui ne mourra jamais (Cf. Jn 11, 25-26). 

En clair, dans cette partie, nous avons traité quelques thèmes communs relatifs à la mort et sa signification selon les traditions religieuses que nous avons bien voulu étudier dans notre travail. C’est grâce à la foi que les musulmans, les juifs et les chrétiens croient au jugement dernier, à la résurrection des morts et à la vie éternelle ; mais tous ne croient pas en Jésus-Christ. Dans les passages bibliques que nous avons cités, nous avons partout découvert que vraiment Jésus est l’Alpha et l’Omega car, tout commence avec lui, tout vient de lui et tout finit avec lui. Par sa passion, sa mort et sa résurrection et par le pouvoir qu’il a reçu de son Père et notre Père, la vie éternelle nous est donnée. Ainsi nous ressusciterons avec lui et nous pourrons chanter Alléluia.

Conclusion

Au terme de cette lecture de la mort comme voie d’entrée dans la vie éternelle en contexte de pluralisme religieux, nous constatons que c’est un sujet important pour celui qui, demain, avant de mourir, aura à accompagner des personnes en phase terminale ou à prêcher, lors des funérailles, au sujet de la vie éternelle. Avec ce travail, nous en sommes venus à conclure que la mort ne détruit pas la vie, elle la transforme. Au moment de la mort, tout n’est pas fini ; au contraire, tout commence pour le chrétien qui en passant par la mort, retourne d’où il est venu.

            Le premier livre de la Bible (Genèse) nous a aidé à comprendre que Dieu avait créé l’homme pour l’immortalité parce qu’il était bien entendu dans un jardin où il y avait un arbre de vie (Cf. Gn 2, 9). À un moment de son histoire, l’homme a perdu l’immortalité, mais Dieu la lui rendra. L’Apocalypse donne un message clair là-dessus : « Au vainqueur, je donnerai à manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu » (Ap 2, 7). Mais d’après Jésus, cette immortalité nous est déjà rendue par la foi et par l’eucharistie : « Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie » (Jn 6, 51).  La vie éternelle est une réalisation de la promesse de Jésus pour les chrétiens qui ont bien vécu, les justes[42]. Nos frères musulmans ne s’éloignent pas trop de cette affirmation, car ils croient à la rétribution après le jugement dernier. Quant aux hindous et aux bouddhistes, plutôt que de prêcher la résurrection, ils parlent de la renaissance ou de la réincarnation tout en recommandant la bonne conduite pendant cette vie terrestre.

            En Jésus Christ, nous croyons à la vie éternelle, car sa résurrection rend la nôtre possible. Notre vie ne finit pas avec la mort mais la mort célébrée et vécue dans la foi, l’espérance et la confiance, nous ouvre la porte sur le chemin qui conduit vers Dieu selon nos œuvres. Si nous nous comportons bien la mort ne nous surprendra pas, parce que nous sommes déjà en communion avec le Christ Sauveur. Ainsi comme le dit l’Apocalypse, nous serons comme ceux-là qui sont venus de la grande tribulation et qui ont lavé leurs robes, et les ont blanchies dans le sang de l’agneau (Cf. Ap 7, 14).   

MUSENGO LUSIKA Grégoire, SX.

 

[1] TOVO, Paolo, Espérance chrétienne à l’heure des funérailles, in ELENGABEKA, Elvis (Dir.), Les funérailles chrétiennes en Afrique. Etudes pluridisciplinaires sur la mort dans les sociétés africaines contemporaines, Paris, Karthala, 2014, p. 171.

[2] RAHNER, Karl, Le chrétien et la mort, Paris, Desclée de Brouwer, 1966, p. 8.

[3] Cf. ARIES, Philippe, L’homme devant la mort. La mort ensauvagée, Paris, Seuil, 1977, p. 12.

[4] DIELS-KRANZ, Platon, Vors, 88 b 48, Cité par FONTAN, Arlette, « L’homme, la mort, les religions », in Gaudin, Philippe (Dir.), La mort. Ce qu’en disent les religions, Paris, Ed. Ouvrières, 2001, p. 13.

[5] Cf. TISON, Brigitte, « La mort dans la tradition hindoue », in GAUDIN, Philippe (Dir.), Op. Cit., p. 99.

[6] Idem

[7] Cf. Ibidem, p. 101.

[8] Ibidem, p. 108.

[9] CROMBE, Véronique, « La mort dans le bouddhisme », pp. 127-128.

[10] RAVISTRE, Jean-Louis, « Aspect des religions traditionnelles, l’Afrique noire », in DUMONT, Jean-Noël (Dir.), Op. Cit., p. 203.

[11] Cf. THOMAS, Louis-Vincent, La mort africaine. Idéologie funéraire en Afrique noire, Paris, Payot, 1982, p. 56.

[12] MBARGA, Jean,  L’Afrique humaine, Yaoundé, Saint-Paul, 2005, p. 148.

[13] Idem

[14] BOBONGAUD, Stève Gaston, « Traditions philosophiques et rites funéraires », in ELENGABEKA, Elvis (Dir.), Op. Cit., p. 15.

[15] FONTAN, Arlette, Art. Cit., p. 23.

[16] DURRWELL, François-Xavier, Le Christ, l’homme et la mort, Paris, Médiaspaul, 1991,  p. 9.

[17] Cf. TILLIETTE, Xavier, « Mort, survie, immortalité, au-delà », in Studia missionalia, vol. 31, Rome, Gregorian University Press, 1982, p. 103.

[18] Cf. ANAWATI CHEHATA, Georges, « La mort en Islam », in Studia Missionalia vol. 31, p. 189

[19] Idem

[20] Ibidem, p. 190.

[21] Cf. Idem

[22] HADDAD, Philippe, «La mort dans la vision juive », in GAUDIN, Philippe (Dir.), Op. Cit., p. 34.

[23] HADDAD, Philippe, Art. Cit., p. 41.

[24] Cf. Ibidem, p. 42.

[25] MORIN, Dominique, Que se passe-t-il après la mort ?, Paris, Cerf, 1997, p. 6.

[26] MARTELET, Gustave, Libre réponse à un scandale. La faute originelle, la souffrance et la mort, Paris, Cerf, 1986, p. 33.

[27] Cf. DURRWELL, François-Xavier, Le Christ, l’homme et la mort, p. 95.

[28] ARIES, Philippe, Op. Cit., p. 288.

[29] GAUDIN, Philippe, Art. Cit., p. 7.  

[30] Idem

[31] ARIES, Philippe, Op. Cit., p. 19.                                     

[32] MBARGA, Jean, Op. Cit., p. 149.

[33] DPA, num. 1693 (Vakaranga : Mozambique) cité par Jean MBARGA, Op. Cit., p. 149.

[34] Saint Augustin, La cité de Dieu. Volume 3. Livres XVIII à XXII, Paris, Seuil, 1994, p. 149.

[35] Catéchisme de l’Église Catholique, Paris, Cerf, 2005, n° 132, 73.       

[36] AZAB, Mahmoud, AZAB, Mahmoud, « La mort en islam », in GAUDIN, Philippe (Dir.), p. 87.

[37] Ibidem, pp. 96-97.

[38] DURRWELL, François-Xavier,  Regards Chrétiens sur l’au-delà, p. 48.

[39] CHORDAT, Jean-Louis, Jésus devant sa mort, dans l’évangile de Marc, Paris, Cerf, 1970, pp. 81-82.

[40] Cf. Idem

[41] Idem

[42] Cf. VERNETTE, Jean, Réincarnation Résurrection. Communiquer avec l’au-delà. Les mystères de la vie après la vie, Strasbourg, Salvator, 1988, p. 143.