
Archidiocèse de Bukavu/RDC : Ces femmes catholiques qui supportent et portent l’Église
On dit des églises d’Afrique qu’elles n’accordent pas assez d’espace aux femmes à cause de la culture patriarcale ambiante. L’expérience des femmes de l’archidiocèse de Bukavu/RDC met un bémol à ce narratif. Car sous la coordination du Centre Olame-une structure diocésaine qui s’occupe de la promotion intégrale des femmes et des jeunes filles en mettant l’accent sur la cause féminine- les femmes catholiques organisent des activités pour leur auto-prise en charge et un soutien concret pour les communautés paroissiales. Mme Mema Mapenzi Thérèse, la directrice du Centre Olame, nous décrit ces actions par lesquelles les femmes catholiques supportent et portent l’Église.
Louis BIRA sx : Le site du Centre Olame, structure dont vous êtes la Directrice rapporte que le 18 Septembre 2024, la paroisse de Bagira a accueilli plusieurs milliers des femmes de l’archidiocèse pour célébrer ce qu’elles appellent : « Spéciales mamans ? » De quoi s’agit-il ?

Mme Mema Mapenzi Thérèse : Le Centre Olame Bukavu, dans son programme « Pastorale des femmes », avait formé les femmes et jeunes filles de l’Archidiocèse de Bukavu sur la prise en charge de l’Église par ses fidèles. Par l’inspiration des femmes de la Bible, dont la Vierge Marie, la Mère de Jésus qui a vu qu’ils n’ont plus de vin (Jn 2, 3), les femmes de l’Archidiocèse de Bukavu des Sentinelles de l’invisible (une qualification donnée aux femmes par le Pape Jean Paul II, pour décrire le rôle que les femmes jouent en voyant d’avance ce que plusieurs ne voient pas…) pour identifier ce qui manque dans leurs paroisses et le souffler à Jésus et Marie pour y trouver des réponses. Mais en même temps, à l’exemple de Marie Magdeleine dans Lc7, 36-50, les femmes de l’Archidiocèse cherchent à offrir à Jésus, à travers l’Église un parfum spécial, un cadeau spécial pour deux objectifs : « se reconnaître qu’elles sont pècheresses, viennent offrir à Jésus leurs larmes, leurs peines, leurs douleurs communautaires et familiales ; bref tous les soucis de leurs vies. Pour cette fin, elles donnent une offrande Spéciale. C’est ce que signifie l’activité de la Pastorale femme qu’on appelle « Spéciales Mamans ». Elle permet aux femmes de l’Archidiocèse de Bukavu de se réunir dans une paroisse pour prier, rendre grâce à Dieu en lui offrant les peines, les chagrins, les joies… Et puis, en bonnes mamans, elles ne viennent jamais les mains vides. Elles font une offrande Spéciale qui va répondre à un besoin prioritaire, choisi et identifié par elles-mêmes, les sentinelles de l’invisibles. Pour la paroisse de Bagira, c’était pour aider à la construction du nouveau presbytère de la paroisse et dans l’avenir soutenir le projet de la construction de l’autel de l’Église paroissiale répondant aux normes liturgiques. C’était donc une messe d’action de grâce organisée dans une paroisse, sur demande des femmes de cette paroisse et qui invitent les autres femmes des paroisses jumelles et du Comité Diocésain des femmes pour prier ensemble et offrir avec elles leur offrande spéciale. Au cours de la messe lors de l’offertoire, elles offrent deux sortes d’offrande : une offrande Spéciale que le prêtre bénira avec de l’eau bénite et qui servira à répondre à un projet paroissial qui était préalablement identifié ; Et une offrande dans une enveloppe qui contient des écrits de remerciement à Dieu mais aussi des intentions, des demandes des solutions aux problèmes, aux défis… que le prêtre brûlera devant l’assemblée… Après la messe de « Spéciales Mamans », les femmes se réunissent pour partager un repas avec joie et y invitent aussi les femmes des autres confessions religieuses. Voilà en bref ce que les Femmes de l’Archidiocèse de Bukavu, Sentinelles de l’Invisible, appellent « Spéciales Mamans », une activité qui leur permettent de supporter et de porter l’Église.
Louis BIRA sx : Votre site rapporte aussi que les femmes catholiques de l’archidiocèse organisent des activités par paroisses jumelées. En quoi consiste ce jumelage des paroisses ?

Mme Mema Mapenzi Thérèse : Le Jumelage entre Paroisse est juste une amitié entre lesparoisses urbaines et les paroisses rurales. C’est une stratégie que les Femmes de l’Archidiocèse de Bukavu utilisent, avec l’accompagnement de Son Excellence Monseigneur François-Xavier Maroy pour porter l’Évangile dans les paroisses. Ainsi le partage de l’Évangile se fait par des visites entre les paroisses jumelles, apostolat aux malades, organisations des prières, soutien aux personnes vulnérables. Aujourd’hui le grand succès de ces jumelages entre paroisses est que, ce n’est plus une activité spécifique aux femmes mais une activité diocésaine. Ainsi, les curés, les conseils paroissiaux des paroisses jumelles peuvent se rendre visite et échanger sur les différents succès et les défis de leurs paroisses. Par exemple, la Paroisse d’Ihusi est en jumelage avec la Paroisse de Burhiba. Au mois d’Août 2024, les deux paroisses jumelles s’étaient rendues à Mulamba, une paroisse vraiment périphérique. Pour elles, c’était l’occasion d’échanger sur plusieurs réalités. C’était un temps d’enrichissement mutuel. Le Jumelage entre paroisses est devenu donc une stratégie d’évangéliser en allant vers les Périphéries pour palper du doigt les réalités des autres paroisses et y apporter l’évangile, la joie, la compassion… en tenant compte des réalités des paroisses.
Louis BIRA sx : Dans son exhortation de 2013, Evangelii Gaudium n°103, le pape François avait invité l’Eglise universelle à élargir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église. Avec les activités qu’organisent les femmes catholiques de Bukavu pour porter l’Église n’est-ce pas un démenti au préjugé selon lequel les églises d’Afrique marginalisent les femmes à cause de l’influence de la culture patriarcale ?

Mme Mema Mapenzi Thérèse : Nous avions accueilli avec joie la nouvelle selon laquelle l’Église devrait élargir l’espace pour la présence des femmes dans les instances décisionnelles. Dans l’Archidiocèse de Bukavu, il y avait déjà des avancées du point de vu pastoral. Car il y a des mamans Paroissiales, des mamans responsables de Secteur…. Ces avancées sont applaudies et reconnues par les femmes ; mais il y a encore plus des défis à relever à la fois du côté des femmes que du côté des autorités de l’Église à Bukavu. Pour les autorités, nous souhaiterions voir plusieurs femmes occuper des postes de responsabilités, participer à des réunions décisionnelles où elles peuvent parler de leurs besoins spécifiques mais aussi donner leurs points de vue qui parfois ne sont pas totalement pris en compte. Jusqu’à présent, je suis la seule femme qui occupe un poste de responsabilité décisionnelle au sein de l’Archidiocèse. Nous voudrions voir les femmes laïques ou religieuses occupées des postes comme la Direction de certaines Structures et Commission Diocésaines pour que l’appel du pape François soit vraiment effectif. Du point de vu des femmes, nous avons encore beaucoup à apprendre sur la gestion administrative. Je m’aperçois que certaines femmes sont influencées par leur culture en considérant leur condition comme normale et ce n’est pas facile de changer les comportements. Il reste encore des grands défis à cause des coutumes rétrogrades et la culture patriarcale doublés des stéréotypes que subissent les femmes dans nos milieux.
Louis BIRA sx : Les femmes de Bukavu/RDC sont voisines avec celles du diocèse voisin de Cyangugu au Rwanda. Pour subvenir aux besoins de leurs familles, on sait qu’il existe une intense activité commerciale menée par les femmes aux frontières de ces deux pays voisins qui se regardent en ennemis. Les femmes catholiques de ces deux diocèses ne peuvent-elles pas jouer un rôle dans le processus de pacification tant désiré par ces peuples frères ?

Mme Mema Mapenzi Thérèse : Les femmes de l’Archidiocèse de Bukavu jouent déjà un grand rôle dans le processus de la paix et la cohésion sociale. C’est depuis 2014 que Son Excellence Monseigneur l’Archevêque de Bukavu avait initié le programme COSOPAX (Commerçante Solidaire pour la Paix) qui encadre les femmes petites commerçantes. Ce projet réunit les femmes des Diocèses de Bujumbura au Burundi, du diocèse d’Uvira et de l’Archidiocèse de Bukavu en RDC et le Diocèse de Cyangungu au Rwanda. Ces femmes sont encadrées par la Commission Diocésaine Justice et Paix Bukavu et sont logées par le Centre Olame Bukavu pour jouer ce grand rôle des Artisanes de la Paix dans le processus de Pacification de la région de Grands Lacs.



