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Des Martyrs Xavériens: Yes, we can


Le 18 août 2024, l’Église a reconnu officiellement le martyre de missionnaires xavériens Luigi Carrara, Giovanni Didonè, Vittorio Faccin et l’abbé Albert Joubert comme un acte de foi. Leur reconnaissance comme bienheureux signifie que leur mort à Fizi et à Baraka, le 28 Novembre 1964, n’était pas un hasard de circonstance ou qu’ils ont été des victimes collatérales d’une guerre menée par des milices déraisonnées. Ils sont morts pour la cause de l’Évangile. Comme le Christ, ils ont aimé jusqu’au bout. Ils ont donné leur vie par amour. Un institut missionnaire qui compte parmi ses fils de tels héros de la foi ne peut que se réjouir et en être fier en disant : Yes, we can.

Une mort conséquente :  pas un hasard

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La providence a voulu que je sois parmi les confrères présents au moment de la béatification de nos confrères au diocèse d’Uvira. Je confesse que pendant qu’on parlait de l’avancée du procès de la cause de leur béatification, j’étais plutôt sceptique sur l’aboutissement d’un tel processus. Puis, est arrivée l’annonce officielle de la part de l’Église. Et même là, j’étais resté dubitatif sur la vérité de leur martyre. Qu’ils soient morts alors qu’ils étaient en mission, cela me paraissait une évidence. Mais que leur mort soit lue comme un martyre, j’y croyais peu.  Encore que leur jeune âge ne me laissait pas présager qu’ils auraient pu accomplir ce qu’on racontait d’eux.

Et puis le déclic arriva. Mon regard a commencé à changer lorsque le postulateur m’avait demandé de traduire en anglais le livre de leur biographie écrit par Lisa Zuccarini. C’était une occasion pour moi de connaître ces martyrs à travers leurs écrits ; non pas au sens de ce qu’ils pensaient de manière purement académique, mais ce qu’ils croyaient et vivaient. De leurs lettres j’avais compris qu’ils assumaient un choix de vie claire déjà au début de leur parcours vocationnel. Pour eux, la suite du Christ qui se matérialisait dans leur consécration religieuse dans la congrégation et ensuite dans la mission à Fizi et à Baraka était la seule raison de leur existence. On perçoit cela en lisant à travers leurs lettres et leurs programmes quotidiens. Tout pour la mission ! Toutes leurs énergies n’étaient que pour servir les gens qui leur étaient confiés. Dès lors, ne jamais l’abandonner ce peuple était pour eux une chose normale. Ils n’imaginaient pas leur vie hors de cet horizon. Voilà pourquoi, ils étaient disposés à tout ; y compris la mort. Leur martyre n’était donc pas accidentel ou un malheureux hasard. Il était assumé.

Dans son mot de remerciement, le père Fernando Gracia, notre supérieur général, c’était fait l’écho de ce cheminement existentiel et spirituel en disant : « Il faut dire que les choses sérieuses ne s’improvisent pas. La fidélité avec laquelle nos frères martyrs ont vécu, jusqu’à verser leur sang sur cette terre bénie de Dieu, n’a pas été le fruit du hasard ou de la chance. Elle a été le résultat d’un processus de formation humaine, chrétienne et religieuse-missionnaire. Ce processus a commencé dans la famille naturelle de chaque martyr, s’est poursuivi dans la vie chrétienne paroissiale d’origine, et s’est achevé dans les communautés de formation, xavériennes pour Faccin, Carrara et Didoné, et diocésaines pour Joubert ».

De propos repris par un représentant des familles de martyrs en mettant en exergue la mémoire de leur martyre comme une histoire qui a de racines profondes. Il affirmait : « nous n’avons pas reçu la foi par courrier postal. Nous sommes nés et nous avons grandi dans une famille où l’exemple vivant de l’abbé Albert ainsi que de Vittorio, Luigi et Giovanni était présenté comme expression sincère et totale du don de soi pour le Christ et pour son peuple ici au Congo ». 

Du doute à la prière d’intercession

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 D’abord sceptique et puis convaincu du don suprême de la vie de l’abbé Joubert et ses compagnons confrères et donc de la sainteté de leur vie, pris par la beauté de la célébration, l’émotion et la dévotion qui se lisaient sur le visage de tous les participants pendant la béatification, la fin de la messe m’avait laissé avec un chapelet de questions au sujet de ma vocation en tant que membre de la congrégation qui a pu engendrer des confrères d’une telle calibre. Serais-je capable d’un tel héroïsme évangélique et d’un tel sérieux vocationnel ? Notre Institut serait-il encore capable de reproduire aujourd’hui ce modèle des missionnaires déterminés à prendre l’évangile à la lettre ? Des interrogations que j’avais finies par transformer en prière d’intercession. « Seigneur, par l’intercession de nos martyrs, abbé Albert Joubert et ses compagnons aide-moi, aide-nous à aimer jusqu’au bout les peuples auxquels nous sommes envoyés ». Je formulais cette prière en pensant à tous les jeunes missionnaires xavériens, nous les héritiers actuels du charisme xavérien. Dans ma prière, j’évitais sciemment de prier pour « le don du martyre » à la manière de nos confrères. Je ressentais un sentiment de peur. J’étais conscient qu’en dehors de la foi en la résurrection, le martyre restait une mauvaise nouvelle. Car mourir brutalement est toujours un drame. C’est seulement à la lumière de la foi en Jésus mort et ressuscité qu’il est une bonne nouvelle. Et encore que mourir comme acte d’une fidélité sans faille au Christ n’est pas donné à tous. En ce sens, les martyrs xavériens seront toujours une petite minorité.

 Par ailleurs, j’étais conscient qu’aimer le peuple auquel on est envoyé, partager son destin dans les petits détails de la vie ordinaire : langue, coutumes, repas, style de vie…Tout cela est possible. Ou encore : assumer sa vocation missionnaire : quitter sa terre natale, mener une vie sacramentelle, prier le bréviaire, célébrer dignement le mystère de la foi, vivre joyeusement en communauté avec les confrères en dépit de nos divergences, rendre visite aux malades, faire de la catéchèse, passer son temps avec les jeunes…sont autant d’actes qui disent que nous sommes de missionnaires et n’importe quel xavérien peut y parvenir. Non pas comme de gestes à accomplir par devoir religieux, mais comme des marqueurs d’une vocation authentiquement missionnaire. Une fidélité à ces exercices, vaut le qualificatif de « serviteur fidèle » du moins normal. Ce « martyre blanc » me paraît accessible par la grâce de Dieu, l’intercession de nos confrères martyrs et un effort personnel pour qui aime son choix vocationnel et missionnaire. C’était ça le cœur de ma supplication en imaginant mon niveau et celui d’autres compagnons xavériens avec qui je partage régulièrement. En ce sens, si notre Institut ne produira pas en grand nombre « les martyrs de sang » comme Luigi Carrara, Giovanni Didonè, Vittorio Faccin et l’abbé Albert Joubert, l’attachement à son charisme missionnaire peut favoriser et rendre possible l’éclosion de plusieurs « martyrs blancs » à l’exemple de ces quelques confrères qui s’efforcent de rester fidèles à l’appel vocationnel reçu et le manifestent dans le sérieux et l’enthousiasme avec lequel ils assument leurs engagements missionnaires.

Comme congrégation, « yes, we can » n’est donc pas un sentiment éphémère qui découle de ce que nous venons de vivre. Il résulte de la conviction que notre charisme est très actuel et fait du bien au monde et à l’Église. Nos devanciers y ont cru et les miracles de la charité ont surgi. A nous les jeunes confrères de garder allumer cette flamme. Il n’est pas exclu que dans l’avenir, nous nous réjouissions encore de la célébration d’autres martyrs de la fraternité. Que nos martyrs de Fizi et Baraka intercèdent pour nous.