
Hommages à George Biguzzi : l’évêque qui a milité pour la paix en Sierra Leone
Le missionnaire xavérien George Biguzzi est décédé à Parme en Italie, ce 1er juillet 2024 à l'âge de 88 ans. Depuis l’annonce de sa mort, des voix se sont levées pour unanimement lui rendre hommages. Toutes, saluent, en plus de son engagement pastoral comme évêque de Makeni (1987-2012), son implication dans le processus de la paix et dans l’éducation de la jeunesse en Sierra Leone, pays qui a connu les affres de la guerre et dont le film « Blood Diamond » (2006) - le Diamant de sang - a fait tristement écho.
Un évêque plus qu’un serviteur de l’Église catholique

Le premier hommage à son égard est venu du sierra léonais, Umaru Fofana, reporteur de la BBC. Dans son post sur sa page Facebook, le célèbre journaliste décrit Biguzzi en ces termes : « il était plus qu’un serviteur de l’Église catholique. L’évêque était profondément engagé pour mettre fin à la guerre sanglante en Sierra Leone. Il a été membre de la délégation qui a négocié avec les rebelles au Togo pour aboutir aux accords de paix ». De son héritage, Umaru note l’établissement de l’université catholique au nord du pays, l’université de Makeni (UNIMAK) qui contribue de manière significative à l’éducation intégrale de plusieurs jeunes du pays.
Cette implication dans la formation académique des jeunes sierras léonais est aussi saluée par le directeur aux relations publiques de l’université de Makeni, monsieur Shebora Samba Kamara. Sur la page Facebook de la prestigieuse Unimak, l’officier écrit : « l’évêque Biguzzi, était un leader visionnaire dont l’engagement et les efforts sans faille étaient nécessaires dans l’établissement et la croissance de notre université. Son leadership visionnaire et son soutien à l’éducation ont façonné la base à partir de laquelle se construit notre institution ». C’est pour dire que parmi les nombreux héritages du ministère de l’évêque disparu, la formation de la jeunesse occupe une place de choix.
Pour sa part, le père Peter Konteh, directeur exécutif de la Caritas Freetown et président de la confraternité des prêtres de la Sierra Seone, dit que "le travail et l'engagement assidus de l'évêque George ont laissé une marque indelébile sur les gens qu'il a servi". Dans son hommage que rapporte le site aciaafrica.org, le prêtre de l'archidiocèse de Freetown affirme que " l'évêque sera rappelé comme un pasteur qui a guidé son peuple avec sagesse et amour". Et il ajoute: "Ses efforts pour contribuer à la paix, l'unité et la croissance spirtuelle continueront à nous guidere et nous inspirer".
Selon le journaliste de la BBC et le communicateur de Unimak, l’actuel évêque de Makeni, Bob John Koroma et le vice chancelier de Unimak, professeur Joseph Turay, présents en Italie au moment du décès, sont en train de coordonner le rapatriement du corps en Sierra Leone en réponse au testament de l’évêque émérite de Makeni. Car son désir final était qu’il soit enterré dans ce pays qu’il a tant aimé et servi.
Un évêque très engagé socialement

En Italie, pays d’origine de l’évêque xavérien, un autre journaliste lui rend un vibrant hommage en mettant en exergue son intense engagement social. Dans le quotidien catholique italien Avvenire (1er Juillet 2024), de George Biguzzi, Laura Caffagnini écrit : « George Biguzzi, un esprit vif et fin qui décryptait les processus culturels en cours dans le monde, a promu la création de l'Université catholique, a travaillé à la médiation des conflits et à la réhabilitation des enfants soldats, qu'il a amenés sur la place Saint-Pierre en 2000. Il a parlé et écrit avec lucidité sur l'horreur de la "guerre des diamants" et de la corruption. Il était également un homme de relations avec les chrétiens d'autres Églises et les croyants. En tant que membre du Conseil interreligieux de la Sierra Leone, il a supervisé les négociations de l'accord de paix entre le président Ahmed Tejan Kabbah et le chef du RUF (Revolutionary United Front), Fodai Sankoh, ce qui lui a valu de recevoir un prix spécial en 1999. En raison de son autorité, il a également joué un rôle décisif dans la libération des Missionnaires de Marie enlevées par les rebelles en 1995 ; il a lui-même été attaqué et détenu pendant plusieurs jours ».
Un évêque missionnaire jusqu’au bout

En 2023, j’ai eu la grâce de visiter à plusieurs reprises, l’évêque Biguzzi, alors qu’il était déjà à la maison de retraite San Lorenzo, à Forli en Italie. Je trouvais en lui l’image d’un évêque missionnaire jusqu’au bout. En effet, lors de nos échanges, il me parlait de son attachement à la Sierra Leone. J’étais impressionné de sa lucidité et surtout son souci de contribuer à la mission de l’Église même étant dans un fauteuil roulant. De la mission du clergé, il me disait : « il est important d’investir dans une formation qualifiée des prêtres. Car c’est de cette manière qu’eux-mêmes peuvent être de serviteurs excellents de leurs Églises et leurs États ». Fièrement, il citait l’exemple du diocèse de Makeni où il n’avait épargné aucun effort pour offrir au clergé diocésain et à certains laïcs, une formation académique de haut niveau. Pour lui, c’est cette formation qui a permis la croissance de l’université catholique et l’hôpital saint Esprit- Holy Spirit Hospital- deux établissements qui font la fierté du diocèse de Makeni.
Même diminué physiquement, l’évêque avait toujours à cœur la cause de la mission. Alors qu’il était déjà partiellement paralysé, il continuait à coordonner la construction de deux église, une à Ndjamena au Tchad et l’autre à Uvira enRDC, grâce aux soutiens financiers des bienfaiteurs, de son ami, l’archevêque Eugenio Sbarbarro. Cela dit la fécondité de sa vie, tout entière donnée à la suite du Christ. Dans l’histoire de l’institut missionnaire xavérien et sa mission, l’évêque Biguzzi sera certainement commémoré comme une grande figure qui a mis tous ses talents au service d’une évangélisation attentive aux implications sociales de la foi en Jésus Christ. Pour la génération des héritiers à laquelle j’appartiens, c’est une grande joie d’avoir connu et fréquenté l’évêque George Biguzzi, un disciple-missionnaire infatigable du Christ. Vers la fin de sa vie, il a confirmé la vérité de ces mots du psalmiste : « vieillissant, il fructifie encore, il garde sa sève et sa verdeur » (Ps 90, 15). A jamais dans nos cœurs Pa George.



