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Dieudonné Nininahazwe : Du Burundi à la RDC, une mission sous le signe du témoignage


Originaire du Burundi, Dieudonné Nininahazwe a émis ses vœux perpétuels le 1er Juin 2024 avec ses quatre compagnons. Il est ainsi devenu membre à vie de la congrégation des Misisonnaires Xavériens. Il est envoyé en RDC pour une période de formation en mission. Dans cette interview, il nous livre ses impressions sur sa vocation et sa mission à venir.

Louis BIRA, SX : Le 1er Juin2024, tu as émis définitivement les vœux religieux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Par cette profession religieuse, tu as été accueilli à vie dans la congrégation en te mettant à la suite du Christ pour l’annonce de l’évangile à ceux qui ne le connaissent pas. Que signifie pour toi un tel geste ?

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Dieudonné NININAHAZWE, SX : La profession religieuse que j’ai émise le 1er Juin, n’est pas seulement pour moi un acte d’appartenance définitive à l’Institut xavérien, mais un signe qui implique toute ma vie chrétienne. Ainsi faire la profession veut dire pour moi, m’engager sans détour à la suite du Christ. C’est un geste irrévocable qui m’appelle toujours d’être façonné par la foi dans les pensées, les affections et les activités. La sequela Christi m’oblige à me conduire en accord avec les préceptes du Seigneur et être guidé constamment par la foi (Cf. Guido Maria Conforti, Discours d’envoie en Mission 17). Dans cette perspective, la profession perpétuelle, devient une imitation du Christ envoyé du Père, lui qui nous donne en premier l’exemple de pauvreté, chasteté et obéissance. Cette imitation du Christ m’appelle donc à incarner en moi les valeurs évangéliques, pour être témoin authentique de la vie chrétienne. Par cette profession perpétuelle, je me sens appelé à évangéliser par le témoignage de ma vie.

LB : Tu es envoyé en mission en RDC, pays dont le contexte socio-politique et ecclésial est très similaire de ton pays d’origine, le Burundi. Comment as-tu accueilli ton affectation pour ce pays de mission ?

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DN : De plusieurs possibilités qui se présentaient pour ma future mission après la théologie, la providence divine a voulu que ma mission continue en RD Congo. Quand j’ai reçu l’appel me communiquant mon affectation en RD Congo, j’étais très content et je l’ai accueilli comme un signe de la providence divine. Je peux aussi dire qu’en quelque sorte c’était un des désirs de mon cœur de me retrouver en mission dans ce beau pays. Rien d’autre qu’un sentiment de joie et de gratitude envers le Seigneur ne pouvait occuper mon cœur.  Parlant de la mission en soi, il me faut déjà considérer d’emblée qu’évangéliser ne signifie pas seulement d’aller dire aux autres la bonne nouvelle du Christ ressuscité mais aussi d’aller recevoir de ceux-là même aux près de qui nous sommes envoyés. De cela, je suis convaincu que j’ai beaucoup de choses à apprendre aux près du peuple congolais. Et de la même manière que les autres qui partent dans des contextes très différents, je me sens comme eux, appelé à me mettre à l’école des réalités missionnaires variées que je vais rencontrer. C’est la manière d’accueillir et de m’insérer dans ces réalités missionnaires qui vont définir mon être missionnaire.

LB : Dans la formule de profession, tu as dit : « A la suite du Christ, je consacre ma vie par vœux, pour toujours, à l’action apostolique de la société des Missionnaires Xavériens de saint François Xavier » (Constitutions 67). Par ces paroles, tu as dit ton désir de contribuer au rayonnement du charisme xavérien dans l’Église et dans le monde. Il y a -t-il un aspect de ce charisme qui te touche davantage ? Si oui, lequel et pourquoi ?

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DN : L’action apostolique du Missionnaire xavérien prend racine dans le charisme. Il est vrai que chaque xavérien est convaincu comme dit nos constitutions, que « la fin unique et exclusive de notre institut est l’annonce de la Bonne nouvelle du Règne de Dieu aux non-chrétiens » (C.2). Mais aujourd’hui le vocable non-chrétiens semble avoir une interprétation particulière surtout quand nous intégrons le dialogue avec les non-chrétiens. A ce niveau l’objectif de la mission n’est pas de faire à ce que tous les non-chrétiens deviennent chrétiens, mais plutôt celui de promouvoir les valeurs communes du Règne dans un fraternel et véritable dialogue de vie et de foi. (cf C. 13). Il faut donc adopter un système de solidarité, c’est-à-dire arriver à établir « une communion de vie et de destin avec les frères et sœurs auxquels nous sommes envoyés jusqu’au partage de leurs problèmes et de leur cheminement de libération » (C 14) Voilà un aspect du charisme qui me touche davantage et qui rayonne dans mon esprit. Avec ma consécration, je me sens appelé à vivre en solidarité avec mes frères et sœurs auprès de qui, Dieu à travers l’Institut xavérien a voulu bien m’envoyer.

LB : Tu es envoyé dans un pays et une région d’Afrique traversés par les conflits identitaires. Le défi d’une fraternité au-delà du sang tribal est ainsi devant toi. Dans cette optique, que signifient ces mots de la formule de la profession religieuse de xavériens : « vivre comme frère parmi les frères » ? (Constitutions 67)

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DN : Quand nous parlons de vivre comme frère parmi les frères, l’accent est selon moi mis sur ma communauté avant de s’étendre sur tous les membres de l’Institut. Je suis toujours persuadé que ma vie en communauté, c’est-à-dire ma relation avec le confrère de la communauté dans laquelle je vis définit la qualité de ma mission et mon appartenance totale à l’Institut. Ainsi le « vivre comme frère parmi les frères » est une interpellation à considérer toujours ma manière de vivre dans ma communauté, à consolider et cultiver l’esprit de fraternité, d’abord avec mon confrère de la communauté avant de l’étendre ensuite en dehors de celle-ci. Car tout part de ma petite communauté. Donc, au-delà de toute différence et de tous les défis qu’on peut rencontrer, la fraternité est toujours possible. Il me revient de briser les barrières qui sont dans ma propre conscience pour m’ouvrir à autrui qui vient vers moi. Avec un esprit ouvert et accueillant, on peut établir une fraternité au-delà de nos différences. C’est cela qui fait de nous des véritables disciples du Christ. 

LB : Ton Église d’origine, celle du Burundi, est encore bénie par plusieurs vocations dont le peuple espère qu’elles deviennent témoins de la présence du Royaume de Dieu. N’est-ce pas un défi de radicalité évangélique pour toi et tes compagnons profès perpétuels ?

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DN : Il est vrai que nous sommes dans un contexte où nous assistons à une présence de jeunes qui désirent ardemment suivre le Christ dans le Chemin de la consécration religieuse. Cela est pour moi un signe de la providence divine. Comme xavériens, nous devrions profiter de ce signe présent en faisant une bonne animation missionnaire, car la vocation est un trésor à garder. Au lieu de prendre cette floraison des vocations sous l’angle du défi de la radicalité évangélique, je la comprendrais plutôt comme un appel à donner davantage le témoignage chrétien de fraternité et d’unité, et à vivre radicalement nos engagements religieux et nos valeurs chrétiennes pour que ces jeunes se sentent de plus en plus attirés à partager avec nous la vocation missionnaire, et qu’ils puissent ainsi se donner pour le règne de Dieu à travers la consécration. C’est le chemin de l’animation à travers l’exemple de la vie.