
Lucien N. Bisimwa : De la RDC au Japon, un départ sous le signe de la joie
Originaire de la RDC, Lucien Nakalonge Bisimwa se prépare à se rendre aux Philippines pour l’apprentissage de l’anglais avant de rejoindre le Japon où il est envoyé pour une période de formation en mission. Avec ses quatre compagnons, il a émis ses vœux perpétuels, devenant ainsi membre à vie de la congrégation des Missionnaires Xavériens. Dans cette interview, il nous livre ses impressions sur sa vocation et sa mission à venir.
Louis Bira, SX : Le 1er Juin2024, tu as émis définitivement les vœux religieux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Par cette profession religieuse, tu as été accueilli à vie dans la congrégation en te mettant à la suite du Christ pour l’annonce de l’évangile à ceux qui ne le connaissent pas. Que signifie pour toi un tel geste ?

Lucien N. Bisimwa, SX : Je dois dire que l’on ne naît pas religieux, mais on le devient au fil des ans. Traditionnellement, les vœux de religion sont présentés comme un « renoncement ». On souligne ainsi le zèle ascétique en vue de la rectification des tendances individuelles fondamentales (Pouvoir, jouissance, possession). Je crois que les vœux perpétuels que j’ai faits m’aideront à m’éloigner de ce qui mettrait à nu mes engagements à la suite du Christ pauvre, chaste, obéissant, orant et missionnaire du Père. En effet, la profession est un signe éloquent de la Providence divine. Elle signe effectivement la fin de ma formation initiale et inaugure pour toujours mon incorporation définitive dans la famille xavérienne. Désormais je suis xavérien et j’en suis tellement fier ! Je crois sincèrement que je complète la liste de tous nos confrères, surtout nos martyrs de Fizi et Baraka, qui ont donné leur vie à la diffusion de l’Evangile à ceux qui ne le connaissent pas, à travers une vie de témoignage simple et ouverte aux multiples horizons. Cela me fait penser à ce que le Fondateur écrivait dans sa Lettre Testament : « En effet, la vie apostolique, jointe à la profession des vœux religieux, constitue en soi ce que l’on peut concevoir de plus parfait selon l’Evangile » (LT2).
LB : Tu es envoyé en mission au Japon. C’est un pays qui, à plusieurs aspects, est différent de ton pays d’origine, la RDC. Comment as-tu accueilli ton affectation pour ce pays de mission ?

LNB : C’est dans la joie que j’ai accueilli mon affectation. En effet, le 24 février 2024, j’avais reçu l’appel téléphonique de la part du conseiller général qui, avec joie et fraternité, m’avait communiqué mon affectation et a salué ma disponibilité de foi. Moi- même je n’arrivais pas à me contenir, tellement la joie était au rendez-vous. Je suis descendu à la chapelle de la Transfiguration et c’est devant le Saint Tabernacle que je me suis ressaisi, découvrant la grandeur de l’homme quand il est à genoux devant son Dieu. J’ai conscience que le pays de NIPPON où je suis envoyé est loin de ma terre natale. Le Japon est un pays que tous aiment mais aussi que la plupart craignent, car c’est un autre monde qui n’a pas fleuri dans la culture chrétienne comme dans d’autres pays. Et cela laisse entrevoir la dynamique de l’exode dont je dois faire montre. Comme le fils bien-aimé de Paul, je tâcherai de suivre avec empressement le nécessaire de ma formation, bien au-delà des vicissitudes qui ne manqueront jamais à celui qui se met à l’école de Jésus (2Tm, 10-14). Oui, le Japon sera pour moi un pays de croissance par rapport aux impulsions missionnaires, selon notre charisme. Il sera pour moi un coin qui m’offrira plus de défis et un endroit où jailliront beaucoup d’opportunités. Voilà ma joie, elle est à son comble (Jn 15, 11b).
LB : Dans la formule de profession, tu as dit : « A la suite du Christ, je consacre ma vie par vœux, pour toujours, à l’action apostolique de la société des Missionnaires Xavériens de saint François Xavier » (Constitutions 67). Par ces paroles, tu as dit ton désir de contribuer au rayonnement du charisme xavérien dans l’Église et dans le monde. Il y a -t-il un aspect de ce charisme qui te touche davantage ? Si oui, lequel et pourquoi ?

LNB : Le charisme xavérien est ma joie et ma couronne (Ph 4, 1). L’annonce de l’Évangile à ceux qui ne le connaissent pas me saisit davantage. Oui, le charisme sx me touche et a déjà galvanisé toutes les fibres de mon existence. Parce que le vocable « aux non-chrétiens » m’avait attiré depuis mon jeune âge, quand j’ai frappé à la porte des Missionnaires xavériens (en 2010). Même si aujourd’hui il sera difficile de parler de « non-chrétiens », je crois que le charisme xavérien est encore vivant et parlant au sein de l’Église et dans le monde. Il est un charisme qui traverse les frontières et offre plus de matières dans son articulation. De mon côté, le charisme xavérien se jouera désormais sur l’aire du dialogue, de la solidarité et de l’animation missionnaire et de l’apostolat en ligne. Etant envoyé au pays du Soleil levant et où les chrétiens sont une minorité, je suis heureux de partager le charisme xavérien dans un contexte où la mission, la langue, la psychologie, le social sont loin du schéma africain. A cet effet, je dois apprendre, à base du beau charisme sx, à m’accoster au mystère de la mission qui m’est offerte et rendre service à la Congrégation selon la volonté de mes Supérieurs.
LB : La congrégation à laquelle tu appartiens désormais est un institut international et interculturel et où plusieurs membres œuvrent hors de leur culture d’origine. Un défi d’interculturalité est ainsi devant toi. Dans cet optique, que signifie ces mots de la formule de la profession religieuse de xavériens : « vivre comme frère parmi les frères » ? (Constitutions 67)

LNB : Un confrère aime dire que c’est « la fraternité qui sauvera le monde ». J’aime l’écouter sous ce label ! Je pense que le charisme dont nous sommes héritiers est une donnée qui doit m’aider à « être frère parmi les frères ». Désormais la vie fraternelle deviendra l’unique chemin de mon être sx, car il est bon et heureux d’être frères et de vivre unis. Ce n’est pas facile ! La fraternité est aussi une école de vie. Est frère celui qui sait sacrifier son égoïsme. Celui qui sait tout sacrifier sur l’Autel de la fraternité, celle qui promeut le vivre-ensemble et consolide les relations, capable de laisser la place à Jésus, l’humain et fraternel par excellence. En tant que missionnaire xavérien, je crois que l’eucharistie, la méditation de la Parole de Dieu, la prière personnelle et communautaire, l’apostolat, le sens d’ouverture, la correction fraternelle seront des ingrédients pour mener à bien notre fraternité. Etant jeune, je vous assure que je pars avec un cœur serein, loin de tout complexe et prêt à avancer en eau profonde (Lc 5, 4a). Heureux d’appartenir à la grande famille de Mgr GUIDO CONFORTI qui intercède pour chaque missionnaire xavérien.



