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Bitkine au Tchad : une mission aux périphéries


Les missionnaires xavériens de la région du Cameroun-Tchad ont ouvert en 2019 une présence missionnaire à Bitkine au Tchad, dans le vicariat apostolique de Mongo. C’est un vaste territoire où les chrétiens ne sont qu’une petite minorité, 1% de la population. Il s’agit d’une mission ‘aux périphéries’ au sens large du terme. Périphéries humaines : car la population n’y a pas accès aux multiples bénédictions matérielles dont la providence a pourvu au Tchad et à cela s’ajoute une forte présence de réfugiés soudanais fuyant les atrocités de la guerre chez eux. Périphéries missionnaires : parce que l’annonce de l’évangile n’y est encore qu’à ses débuts. Périphéries géographiques : étant donné que le milieu est très éloigné de grands centres urbains du pays.

Depuis le mois de mai 2023, le père Ntabala Ntamwira Antoine Budubula a été nommé curé de cette paroisse de Bitkine. Il nous partage son expérience dans cette terre de mission. Il est un jeune missionnaire xavérien originaire de l’Archidiocèse de Bukavu/RDCongo.

Louis Bira SX : Depuis 2019, les missionnaires xavériens de la région du Cameroun-Tchad ont ouvert une présence missionnaire à Bitkine, au Tchad, dans le vicariat apostolique de Mongo. Pourquoi Bitkine ?

R/ Le choix de l’ouverture d’une présence missionnaire à Bitkine a été motivé par le souci de répondre à notre charisme : celui d’annoncer l’évangile du Christ à ceux qui ne le connaissent pas encore. Et pour cela, Bitkine est une mission de première classe. En effet, Bitkine est une paroisse où cohabitent la population nomade et sédentaire, les ethnies arabes et les négro-africaines, les musulmans, les animistes et les chrétiens. Parmi ces derniers, il y a ceux qui sont originaires du Sud du pays. Cette paroisse est la seule à partir du Centre jusqu’au Nord du Tchad ayant les chrétiens autochtones. Notre présence est ainsi une ‘mission aux frontières’. Elle a dès lors la vocation à la rencontre et le désir d’appuyer les minorités de moins de 1% de catholiques dispersés sur un territoire tout en se tenant proche de 95 % de musulmans par la présence, le témoignage et le service. C’est une Église du dialogue de vie et de collaboration face aux défis communs de l’eau, de la sécurité alimentaire, de la santé, de l’école et de la paix.

Louis Bira SX : Concrètement, en quoi consiste votre service missionnaire dans ce lieu qui ne compte qu’1% de chrétiens ?

R/ Dès notre arrivée en septembre 2019, nous nous sommes engagés dans l’animation des Communautés Ecclésiales de Base (CEB), dans la formation des catéchistes, l’organisation de la catéchèse, dans l’animation de la pastorale paroissiale en visitant les communautés dispersées car certaines sont à plus de 130 km du centre où nous résidons. Le dialogue interreligieux est au cœur de nos priorités pastorales. En paraphrasant les paroles de l’apôtre Pierre chez le centurion Corneille, je peux dire que par notre présence, nous cherchons à être témoins d’un Dieu qui est Père de tous et impartial (Ac 10,34).IMG 20230722 WA0002

Louis Bira SX : Les musulmans et les adaptes de religions traditionnelles sont majoritaires dans votre zone. Comment sont les relations entre les chrétiens et les croyants d’autres religions ?

R/ Entre les musulmans, les adeptes de la religion traditionnelle et les chrétiens il y a une bonne relation. Beaucoup de familles sont interreligieuses, puis-je dire. Car y on trouve des chrétiens, des musulmans et ceux de la religion traditionnelle, donc à partir de la famille il y a déjà la cohabitation. Les adaptes de l’islam ici ne sont pas fondamentalistes. Même s’il est aussi vrai que dans certains endroits les chrétiens sont considérés comme de « Kafir », c’est-à-dire incroyants. En outre, le pouvoir économique et politique est dans les mains des musulmans et certains chrétiens pour avoir une promotion au travail sont parfois obligés de se convertir à l’islam, sinon ils ratent cette opportunité.  

En dépit de ces cas isolés de méfiance que l’on remarqué dans le chef des certains, il y a la promotion de la cohabitation pacifique entres les musulmans, les chrétiens et les adeptes des religions traditionnelles. Chaque année le 28 novembre, nous célébrons la journée nationale de la cohabitation pacifique. Dans notre Paroisse, nous l’organisons en collaboration avec les protestants, les musulmans, sous un thème choisi en commun accord. A part cette journée, nous avons d’autres cadres des rencontres : le Centre culturel, les bibliothèques paroissiales, le centre féminin et les sessions de formation sur le dialogue interreligieux.

Louis Bira SX : Tu es originaire d’un pays et un archidiocèse où les chrétiens sont majoritaires. Que signifie pour toi vivre dans cette région où l’annonce de l’évangile de Jésus Christ n’est encore qu’à ses débuts ?

R/ Oui, c’est vrai ! J’ai grandi dans un milieu en majorité chrétienne. Ce milieu a façonné mon être religieux et missionnaire. Cependant, ce qui m’a poussé à être missionnaire xavérien, c’est d’être disponible à aller partout où le Christ n’est pas encore connu pour y annoncer l’Evangile. Bitkine et tout le Vicariat Apostolique de Mongo sont de lieux de la première annonce de l’évangile et donc des espaces pour moi de répondre à l’appel que j’ai reçu dans la famille xavérienne et selon le charisme que nous a légué le fondateur, saint Guido M. Conforti.

Pour moi, vivre dans un milieu où l’annonce de l’Evangile de Jésus-Christ n’est encore qu’à ses débuts, consiste à continuer la mission que le Christ a confié à ses disciples : « allez de toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit… » (Mt28, 19-20). Imaginez un seul instant que les premiers disciples du Seigneur Jésus n’avaient pas prêché l’Evangile. Comment donc cette bonne nouvelle nous serait-elle parvenue ? Comment donc les non chrétiens viendraient-ils au Seigneur, si personne ne prêche? Moi, j’ai connu le Seigneur parce que le missionnaires qui sont arrives dans mon Archidiocèse d’origine, ont pris au sérieux cette mission et ils nous ont parlé de Jésus. Et en réalité, en nous prêchant l’Evangile, ils nous ont passé aussi un bâton de relais, afin que nous allions également faire de même pour que d’autres soient sauvés.

Louis Bira SX : Etant situé à la frontière avec le Soudan, vicariat de Mongo accueille beaucoup réfugiés soudanais. Comment est organisée leur prise en charge et qui s’en occupe ?

R. Depuis le mois d’Avril 2023, le Tchad est confronté à l’arrivée massive des refugies soudanais fuyant les affrontements entre deux factions militaires rivales, dirigées par deux hommes à l’origine du putsch d’octobre 2021. Le Vicariat Apostolique de Mongo, à travers la Caritas diocésaine est dans les camps des réfugiés pour apporter des aides en vivres et non-vivres. Selon le témoignage du Père Calero Jesus Sx, Vicaire Général de Mongo et membre du comité diocésain pour la prise en charge des réfugiés soudanais « il ya beaucoup à faire, chaque jour car on accueille des milliers de réfugiés qui arrivent sans rien emporter ».