
Du lieu de l’horreur au lieu de prière pour la miséricorde et la paix
Au Burundi, les sœurs et les missionnaires xavériens ont transformé un lieu d’horreur en un lieu de prière pour la miséricorde et la paix. C’est la maison où trois sœurs xavériennes, d’origine italienne, avaient été assassinées. En effet, le dimanche 7 septembre 2014, les corps des sœurs Olga Raschietti et Lucia Pulici étaient retrouvés sans vie dans leur maison. Ensuite, dans la nuit du 08, c’est la sœur Bernadetta Boggian qui fut décapitée. C’est cette maison de l’horreur qui a été surnommée en kirundi : « Agasengero k’ikigongwe n’amahoro»- « La maison de prière pour la miséricorde et la paix ». Aujourd’hui elle est très fréquentée par plusieurs personnes qui viennent s’y ressourcer spirituellement.
Devenu un lieu de recueillement, cette maison ne cache pas pourtant les cicatrices du drame qui s’y est déroulé en septembre 2014. Dans le cadre de notre rencontre continentale du Centre d’Etudes Africaines qui a eu lieu à Bujumbura, du 02 au 07 Février 2020, nous avons eu la chance de nous y recueillir. Un missionnaire xavérien, témoin de cet honneur, a pris le temps de nous redire, non sans émotions, le récit du martyre des sœurs xavériennes.
Selon lui, cet après-midi de triste mémoire, tout s’était déroulé comme dans un film d’honneur. En effet, les deux premières soeurs avaient été égorgées et frappées d’une pierre à la tête ; un peu comme si leurs bourreaux étaient déterminés à leur faire subir le pire des supplices. La sœur Bernadetta Boggian, qui avait accompagné les corps de ses consœurs à la morgue, sera à son tour lâchement décapitée la nuit du 8 septembre. Ainsi dans moins de 24 heures, le quartier très mouvementé de kamenge où vivaient paisiblement les sœurs, venait de subir un choc d’un crime dont on ne sait jusqu’aujourd’hui ni les responsables ni les causes.
Dans un pays agité par les troubles politiques, on pourrait vite penser que ce crime avait une motivation politique. Il ne s’agit là que des rumeurs indignées qui circulent de bouche à oreilles sans preuves, selon les mots de Mgr Evariste Ngoyagoye, alors archevêque de Bujumbura au moment du drame. Pourtant, un constat unanime et sans équivoque existe, poursuit le prélat : « les trois sœurs nourrissaient un grand amour pour Dieu et pour les habitants de ce quartier de Kamenge au milieu duquel elles vivaient et se dépensaient depuis des années »[1].
Sur base de ce témoignage et tant d’autres, il ressort que l’assassinat des ces trois bonnes religieuses reste incompréhensible. Il s’agit d’un véritable horreur en face duquel on reste sans mots. On ne peut comprendre que des religieuses qui sont restées solidaires avec le peuple burundais pendant toutes ses années de crise puissent finir par être torturées et assassinées comme des malfrats. Et pourtant, elles étaient des simples innocentes servant le Seigneur au Burundi.
Le récit de leur meurtre fait croire qu’en les arrachant à la vie, le mal avait définitivement triomphé. Loin s’en faut. La foi chrétienne trace une autre perspective. Elle fait briller une petite lumière d’espérance même là où règne l’obscurité du mal qui gendre la mort. Le Christ est notre vainqueur ! Par sa mort, il a détruit la mort. Sa résurrection est notre victoire. Ce cri a accompagné des générations de chrétiens face au péril et surtout face au supplice et au martyre. Et c’est cette même conviction qui semble avoir guidé les sœurs et les missionnaires xavériens travaillant au Burundi lorsqu’il s’agissait de décider que faire de cette maison au triste souvenir.
Au fait, après l’assassinat des sœurs, il fallait choisir entre le désespoir et l’espérance, entre un esprit de vengeance et celui de la miséricorde. Finalement, c’est l’esprit de l’espérance et la miséricorde qui a triomphé. Transformer une maison d’honneur en lieu de prière pour la miséricorde et la paix traduit ce désir d’aller de l’avant, de regarder l’avenir avec les yeux de la foi. C’est réaffirmer que le mal n’a jamais le dernier mot. C’est refuser de se laisser paralyser par la peur. Ainsi, obtenir la conversion des bourreaux qui avaient lâchement assassiné les sœurs et le vœu de voir une paix durable advenir au Burundi, cette terre bien-aimée qui était devenue la deuxième patrie des sœurs Olga, Lucia et Bernadette, tel est le désir ardent des missionnaires xavériens qui continuent sereinement leur service missionnaire au Burundi.
[1] TERESINA CAFFI, Raschietti Olga, Pulici Lucia, Boggian Bernadetta: Vas, donne la vie! Histoire, Paroles, Mort de trois missionnaires Xavériennes au Burundi, Préface de Mgr Evariste Ngoyagoye, Bujumbura, Imobu,2017, p. 1. Le titre original en italien est : Và, dona la vita ! Storia, parole et morte di tre missionarie saveriane in Burundi, EMI, Bologna ; 2016.



