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Les anonymes du dialogue interreligieux


Dernièrement lors d’une visite au studio du père Gabriel Arroyo, j’ai eu la chance de parcourir les innovations portées au site web des xavériens. Le nouveau look met en évidence les différents secteurs d’échange. Quelle fut ma surprise quand Gabriel me fit voir que le dialogue interreligieux était le moins servi de tous les secteurs. Oui, il avait raison, le dossier était vide, pas un seul partage, même par une demi-page de réflexion. Comment serait-ce possible ! Que font les xavériens de religions qui les entourent ? Que font-ils des croyants de ces religions ? N’ont-ils aucun contact avec eux ? Ignorent-ils ces religions et ceux-là qui les professent ? Et s’ils penseraient en faire des étangs d’où l’on pêche des convertis, il faudrait au minimum reconnaitre qu’elles existent.

Quoique aberrant, je crois de prime à bord, que ce silence est loin de refléter l’expérience de confrères, surtout ceux-là qui vivent leur mission en des contextes de diversités religieuses. Ce silence dénote largement d’un malentendu ou des présupposés sur le dialogue interreligieux. On associe et circonscrit le dialogue interreligieux aux rencontres internationales, aux échanges télévisés entre leaders religieux, aux débats intellectuels et théologiques, bref, à des pratiques recherchées et bien loin du commun de la vie quotidienne d’un confrère en mission. Oui c’est vrai que tout cela est aussi le dialogue. Mais à la source, le dialogue est plus que cela.

Pour éviter de tomber dans ce piège, différents documents de l’Église (Dialogue et Mission DM 1984, Dialogue et Proclamation DP 1991), parlent de quatre formes ou (mieux encore quatre niveaux) de dialogue:

  • le dialogue de vie,
  • le dialogue social,
  • le dialogue intellectuel ou théologique et
  • le dialogue spirituel.

Dans le meilleur de cas, ces quatre sont complémentaires. En réalité, elles se fondent toute sur la vie, et ne sont donc que de modalités pour pouvoir l’enrichir. Il y a dialogue du moment qu’on s’intéresser à l’autre, qu’on cherche à le connaitre et l’affirmer dans son altérité; à faire en sorte qu’il realise tous les paramètres de sa dignité humaine. C’est cela qui pousse les théoriciens comme Paul Knitter ou Leonard Swidler, à paraphraser le dialogue comme une convivialité ou croyants de différentes traditions (religieuses, ou philosophiques) partagent à quatre niveaux: dans la vie sociale, dans les débats et actions qui définissent les idélogies qui régissent la société, dans les convictions et pratiques spirituelles (rituelles).

Sans vouloir tomber dans le généralisme, je ne peux m’imaginer que les confrères manquent de témoignages à  partage ou qu’ils ne soient engagés dans l’un ou l’autre de ces domaines où se vit le dialogue interreligieux. Les confrères auront certainement des histoires d’amitié avec un tel ou tel chef musulman ou païen, qu’on aurait sollicité ou impliqué dans la promotion des écoles ou dans la formation des jeunes, dans le rétablissement de la paix ; ou d’un tel ou tel imam avec qui on collabore pour mener de l’avant tel ou tel projet de développement. Ça ne m’étonnerait pas qu’il y ait des histoires d’un marabout dont on scolarise le fils, ou qui serait une bibliothèque vivante où l’on se ressource pour mieux comprendre le contexte culturel de la mission ; ou encore d’une telle infirmière ou telle enseignante musulmane, de proches collaboratrices qui nous auraient demandé de prier pour leurs familles, etc. Tant d’histoires qui sont là et qui serviraient de point de départ pour une réflexion approfondie du dialogue interreligieux. Peut-être qu’elles n’émergent pas parce qu’on n’y voit pas la dimension religieuse. Mais quand on ferme les yeux sur la dimension religieuse de l’autre, et qu’on refuse de le reconnaitre tel qu’il est, en fait c’est nous-mêmes qui par ricochet, récusons d’être reconnus dans ce qu'est pour ce que nous sommes foncièrement. Quand ils viennent vers nous, qu’est-ce qu'ils rencontrent –l’homme au sens général, le chrétien, ou le missionnaire, homme de dialogue ?

Je voudrais, à travers ces quelques lignes, encourager, si pas défier les confrères à voir la dimension dialogale dans leur engagement quotidien. La meilleure façon de le faire est de relater les histoires des convivialités partagées avec les croyants d’autres religions. C'est là que se définit et se façonne l'entendement et le modèle de dialogue dans lequel les confrères sont engagés de manière anonyme.