
Emmanuel Adili : un missionnaire congolais en Italie
Originaire de la RDCongo, je suis missionnaire xavérien en Italie, dans la communauté de Desio. La communauté de Desio est composée de neufs membres. C’est la communauté la plus jeune d’Italie. Cette communauté est particulièrement engagée dans le dialogue interreligieux avec les musulmans, l’animation missionnaire dans les écoles (primaires et secondaires), dans la formation des groupes missionnaires, dans la pastorale paroissiale. Voici en quelques lignes en quoi consiste notre activité missionnaire.
Dialogue interreligieux
Pendant toute l’année, notre communauté en collaboration avec les laïcs xavériens et certaines associations de la Commune, prépare la Festa dei Popoli (fête des peuples). Cette fête est une petite fenêtre ouverte sur le monde. Elle montre – nonobstant de nombreuses difficultés - qu’il est possible que les peuples de la terre vivent ensemble dans le respect mutuel de leurs différences. A cette fête prennent part certains musulmans, certains protestants, certains catholiques et ceux qui se déclarent « non croyants ». Nous organisons aussi des moments de prière interreligieux (rendez-vous mensuel) et œcuméniques. Ce parcours se clôture pendant la fête des peuples qui a lieu au mois de mai. Ces deux dernières années il y a eu aussi la présence de deux communautés protestantes ; une présence qui nous enrichit. Notre communauté ouvre les portes aux frères musulmans pour la prière du vendredi et du ramadân.
L’animation dans les écoles
La communauté de Desio, depuis plusieurs années, se dédie à l’animation missionnaire dans les écoles. Souvent ce sont les écoles qui invitent les missionnaires pour former les jeunes à la « Mondialité », thème particulièrement xavérien. Depuis deux ans nous avons jugé bon de faire un projet à proposer aux écoles.
Cette pastorale n’est pas sans surprises. Contrairement à ce que l’on raconte des jeunes, ces rencontres augmentent en nous la vertu de l’Espérance. Les jeunes en général - enfants, adolescents et adultes - sont intéressés des problèmes du monde et l’échange avec eux se révèle fructueux. Il sied de souligner que le caractère de ces rencontres est celui du témoignage missionnaire et de la curiosité. Pousser les jeunes è la réflexion, à l’étonnement, à se poser des questions.
L’Italie d’aujourd’hui se révèle petit à petit un Carrefour des cultures. Ce métissage culturel oblique le peuple italien de cohabiter avec son semblable. Les écoles sont pleines des jeunes italiens de différentes origines. Nous xavériens nous sommes convaincus que l’éducation à l’interaction entre les cultures est urgente. Notre contribution est de témoigner qu’il est possible de vivre ensemble. La grande surprise est que ce sont eux, ces jeunes qui nous enseignent. C’est beau de découvrir l’internationalité dans les écoles. C’est merveilleux d’écouter la pensée de plusieurs jeunes. C’est pour cette raison que la communauté de Desio ne peut pas renoncer à cette pastorale typiquement xavérienne. L’Italie d’aujourd’hui nous fait découvrir la beauté de notre charisme missionnaire. Cette redécouverte nous redonne l’élan pour être missionnaires, pour être acteurs et non pas spectateurs dans ce processus d’interaction entre les cultures.
Animation missionnaire et vocationnelle
L’Italie connait une baisse remarquable des vocations à la vie consacrée. Cette crise concerne tous les instituts religieux et les diocèses. Tous sont concernés. Certaines causes sont générales: la baisse de natalité, le relativisme religieux, l’opulence qui pousse à adorer d’autres dieux.
La baisse de natalité. Selon le rapport Eurostat, en 2015 l’Italie a été en Europe le pays avec le taux de natalité le plus bas de 28 pays de l’Union Européenne. La population européenne a augmenté passant de 508,3 à 510,1 millions grâce aux immigrés[1]. Aujourd’hui si une famille a un seul enfant, il est difficile de lui assurer les conditions pour écouter la voie de Dieu (qui parle dans le silence). La deuxième raison est la famille. Le relativisme religieux envahit même les familles. Si les parents n’initient pas leurs fils à la prière, à la connaissance de Dieu, si les parents “déposent leurs enfants à la messe, au catéchisme pour accomplir le devoir social, c’est difficile de transmettre aux plus jeunes le témoignage de la foi. Si les parents disent: “il choisira quand il sera grand, il choisira soi-même les valeurs” c’est difficile d’expérimenter l’amour de Dieu. L’enfant est fruit des relations, surtout celles avec ses parents. La troisième et dernière raison est l’opulence. Le psalmiste dit: “L'homme dans son luxe ne comprend pas, il ressemble au bétail muet”(Ps 49,13). À mon humble avis, beaucoup de jeunes (non pas tous) vivent dans le hic et nunc ( “ici et maintenant”) sans se fatiguer.
Ce qui précède me pousse, provisoirement, à une conclusion. La première animation vocationnelle à faire doit inclure pas seulement les jeunes, mais toute la famille. Eduquer les familles à la vie chrétienne, aux valeurs chrétiennes. Si les parents sont disciples de Jésus, il est probable qu’ils accueillent les enfants que Dieu leur donne comme don précieux. C’est l’expérience de plusieurs groupes de prières. L’animation missionnaire devient donc prière et formation. Jésus face à l’abondance de la moisson, il n’a pas dit aux apôtres “ Animez!”. Il a dit: “Priez le Maître de la moisson pour qu’il envoie des ouvriers dans sa moisson”.
Prier. Témoigner pour que notre vie devienne un parfum qui attire. Comme animateur missionnaire et vocationnel, je reste convaincu que seule la rencontre avec Jésus, le Ressuscité dans la prière, dans le silence, dans la méditation nous donne la grâce d’identifier la voix du Bon Berger au milieu d’autres voix si puissantes, fascinantes et éphémères. C’est ainsi que j’aimerais remercier Dieu pour les vocations qu’il donne à l’Eglise et à notre famille religieuse.
Dieu est généreux avec nous. Il nous donne beaucoup de vocations. Il suffit de regarder avec foi les vocations en Afrique, en Asie, en Amérique latine pour adresser notre remerciement au Seigneur. Le missionnaire xavérien, ayant un regard universel, vit la mission locale en s’ouvrant aux dons que Dieu fait à notre famille missionnaire.
La visite dans les grands séminaires diocésains de la Lombardie.
Les instituts missionnaires d’origine italienne - par demande de la Conférence Episcopale Italienne (CEI) – visitent à tour de rôle les séminaires diocésains d’Italie. L’an 2016- 2017 il a été demandé aux xavériens de visiter les séminaires de l’Emilia Romagna et de la Lombardie. Envoyé par les OPM (Œuvres Pontificales Missionnaires), j’ai pu visité tous les dix séminaires que compte la région, Lodi, Mantova, Cremona, Como, Vigevano, Bergamo, Milano, Brescia, Pavia et Crema. Le séminaire plus grand est celui de Milan qui avait 140 séminaristes (pour 1.107 paroisses). L’autre séminaire riche en vocation était celui de Bergamo qui avait au total 130 séminaristes, petits séminaristes y compris.
L’objectif du visiteur missionnaire est d’animer la communauté du séminaire à voir à cœur la mission de l’Eglise tout entière. Rappelons que notre Fondateur, saint G. M. Conforti a donné le meilleur de lui-même en promouvant une Eglise locale missionnaire. Notre Eglise est catholique c’est-à-dire universelle, « totalité ». Le prêtre, étant le guide de la communauté, a le devoir majeur de rappeler cette vérité au peuple de Dieu en le vivant lui-même. Etre disciple missionnaire ouvre notre esprit à cette grande famille.
Avoir l’esprit qui ouvre les horizons au-delà de son diocèse, de son pays, de son continent. Avoir un cœur missionnaire c’est acquérir la capacité de compatir avec nos frères et sœurs persécutés. C’est voir les besoins de plusieurs frères et sœurs et ne pas fermer les yeux. Le disciple missionnaire diocésain doit avoir un cœur qui brule, doit porter dans son cœur toutes les brebis de Dieu, les porter dans son cœur quand il célèbre la messe. En se stimulant soi-même, il stimule la communauté à la prière et au partage des biens spirituels et matériels. Il dénonce l’injustice. Il prie pour la paix du monde ensemble avec toute la communauté du peuple de Dieu. C’est cela que nous essayons de faire et vivre dans la communauté missionnaire de Desio. Du Congo, mon pays d’origine, j’apporte ma petite pierre à cette mission de l’Eglise qui est en Italie.
[1] http://www.ansa.it/sito/notizie/cronaca/2016/07/08/in-italia-tasso-natalita-piu-basso-dellue_a5415133-fb0d-4a7f-95ba-55eb69445295.html



