
La fin d’une injustice : les mères célibataires peuvent recevoir la communion
La fin d’une injustice : les femmes célibataires peuvent désormais recevoir la communion
Dans une lettre publiée le 14 décembre, par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et approuvée par le pape François, elle encourage les mères célibataires -single Mothers - à recevoir la communion. Le décret met ainsi fin à une injustice qui s’était établie dans certains pays où « des prêtres et des laïcs empêchent les mères qui ont eu un enfant en dehors du mariage d'accéder aux sacrements et même de baptiser leurs enfants », alors qu’au moment les hommes qui ont rendu enceintes ces mères se coulaient une vie tranquille.
Le décret n’est pas une « « grâce bon marché » car il recommande la confession pour ces mères et reconnait qu’il existe « des "situations difficiles" qui doivent être discernées et accompagnées pastoralement ». Loin d’être une approbation du laxisme moral comme certains zélés rigoristes peuvent croire, l’accès de mères célibataires à la communion est une manière de manifester le visage d’une Eglise compatissante et qui se fait révélatrice de la miséricorde divine.
En référence aux propos du pape François, alors archevêque cardinal de Buenos Aires qui qualifiait « d’hypocrites ces prêtres qui ne baptisent pas les enfants de mères célibataires parce qu'ils n'ont pas été conçus dans la sainteté du mariage », la lettre rappelle que c’est souvent avec un courage exceptionnel que ces mères acceptent de porter à terme à leurs grosses. Un courage qui doit être soutenu car ces femmes célibataires doivent élever seules leurs enfants. Une petite bonne nouvelle donc pour tous ceux et celles qui attendent que la conversion missionnaire de l’Eglise chère au bon pape François s’actualise dans de faits concrets. La lettre de la CDF est publiée en anglais, espagnol et italien. Nous rendons ici sa traduction en français. « https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_ddf_doc_20231213_risposta-madri-single_en.html »
Lettre à Son Excellence, le Très Révérend Ramón Alfredo de la Cruz Baldera, Évêque du diocèse de San Francisco de Macorís (République dominicaine)
Concernant l'accès à la communion eucharistique pour les mères célibataires
Le 24 octobre 2023, ce Dicastère a reçu votre courriel exprimant votre préoccupation au sujet des mères célibataires qui "s'abstiennent de communier par peur du rigorisme du clergé et des responsables de la communauté". Plusieurs lettres de laïcs reçues par le Saint-Père reviennent sur le même thème. Il est noté que dans certains pays, des prêtres et des laïcs empêchent les mères qui ont eu un enfant en dehors du mariage d'accéder aux sacrements et même de baptiser leurs enfants.
Le Saint-Père a récemment rappelé que "l'Eucharistie est la réponse de Dieu à la faim la plus profonde du cœur humain, la faim d'une vie authentique, car dans l'Eucharistie, le Christ lui-même est vraiment au milieu de nous, pour nous nourrir, nous consoler et nous soutenir sur notre chemin"[1]. Les femmes qui, dans cette situation, ont choisi la vie et qui mènent une existence très complexe en raison de ce choix, devraient être encouragées à accéder au pouvoir de guérison et de consolation des sacrements.
La question des mères célibataires et des difficultés qu'elles et leurs enfants rencontrent pour accéder aux sacrements a déjà été abordée par le Saint-Père lorsqu'il était cardinal archevêque de Buenos Aires : "Il y a des prêtres qui ne baptisent pas les enfants de mères célibataires parce qu'ils n'ont pas été conçus dans la sainteté du mariage. Ce sont les hypocrites d'aujourd'hui. Ils ont cléricalisé l'Église. Ils détournent le peuple de Dieu du salut. Et cette pauvre fille qui aurait pu renvoyer son enfant à l'expéditeur mais qui a eu le courage de le mettre au monde se rend en pèlerinage de paroisse en paroisse pour le faire baptiser"[2]. Par la suite, le pape François a reconnu le courage de ces femmes à poursuivre leur grossesse : "Je sais qu'il n'est pas facile d'être une mère célibataire. Je sais que les gens peuvent parfois vous regarder de haut. Mais je veux vous dire une chose : vous êtes une femme courageuse parce que vous avez pu mettre au monde ces deux filles. Vous auriez pu les tuer dans votre ventre, mais vous avez respecté la vie : vous avez respecté la vie que vous aviez en vous, et Dieu vous récompensera pour cela, et il vous récompense. N'ayez pas honte, marchez la tête haute : "Je n'ai pas tué mes filles, je les ai mises au monde". Je vous félicite, je vous félicite et que Dieu vous bénisse"[3].
Dans ce sens, un travail pastoral doit être fait dans l'Église locale pour faire comprendre que le fait d'être mère célibataire n'empêche pas d'accéder à l'Eucharistie. Comme pour tous les autres chrétiens, la confession sacramentelle des péchés permet à la personne de s'approcher de la communion. La communauté ecclésiale devrait en outre valoriser le fait que les mères célibataires ont accueilli et défendu le don de la vie qu'elles portaient dans leur sein et qu'elles luttent, chaque jour, pour élever leurs enfants[4].
En effet, il existe des "situations difficiles" qui doivent être discernées et accompagnées pastoralement. Il peut arriver qu'une de ces mères, compte tenu de la fragilité de sa situation, en vienne à vendre son corps pour subvenir aux besoins de sa famille. La communauté chrétienne est appelée à tout mettre en œuvre pour l'aider à éviter ce risque très grave, plutôt que de la juger sévèrement. C'est pourquoi "les pasteurs de l'Église, en proposant aux fidèles le plein idéal de l'Évangile et de l'enseignement de l'Église, doivent aussi les aider à traiter les faibles avec compassion, en évitant de les aggraver ou de porter des jugements indûment sévères ou hâtifs"[5].
Souvent, lorsqu'on commente l'épisode biblique de la femme adultère (Jn 8,1-11), on insiste sur la dernière phrase : "Ne péchez plus". Certes, Jésus nous invite toujours à changer de vie, à répondre plus fidèlement à la volonté de Dieu et à vivre avec plus de dignité. Cependant, cette phrase ne constitue pas le message central de cette péricope de l'Évangile, qui est simplement l'invitation à reconnaître que personne ne peut jeter la première pierre. C'est pourquoi le Pape François, se référant aux mères qui doivent élever seules leurs enfants, rappelle que "dans ces situations difficiles de besoin, l'Église doit être particulièrement soucieuse d'offrir compréhension, réconfort et accueil, plutôt que d'imposer d'emblée un ensemble de règles qui ne font que conduire les personnes à se sentir jugées et abandonnées par la Mère même appelée à leur montrer la miséricorde de Dieu"[6].
Enfin, il est nécessaire de rappeler les paroles du Saint-Père dans son message au Synode. Il a souligné le visage féminin et maternel de l'Église et a dénoncé le "machisme et les attitudes dictatoriales" de ces ministres qui "vont trop loin dans leur service et maltraitent le peuple de Dieu"[7]. Il vous appartient de veiller à ce que ce type de comportement ne se produise pas dans votre Église locale.
En vous communiquant ce qui précède, je profite de l'occasion pour vous souhaiter un joyeux Noël et vous réaffirmer mon affection fraternelle.
Dans le Christ,
Víctor Manuel Card. Fernández
Préfet



